dimanche 17 mai 2026

 EXTRAIT

Nice. Promenade des Anglais. Samedi 15 novembre 2025
Un homme est assis sur un banc face à la mer. Le soir vient de tomber, un petit vent frais fait frissonner son dos. Il consulte sa montre, son rendez-vous ne devrait pas tarder à arriver. Derrière lui le Negresco brille de mille feux. Une ombre s’approche. En voyant son vieux jean informe troué, le pan déchiré d’une chemise à carreaux dépassant d’un blouson en cuir bien fatigué et ses gros godillots crottés aux pieds, on pourrait supposer qu’il s’agit d’un clochard ! L’apparition se rapproche plus près, tout près de l’homme assis sur le banc qui dut être surpris puis amusé : – De loin qui aurait pu imaginer que cette silhouette tordue soit celle d’une femme ? Petite, grosse, très laide, mal fagotée… avec son épaule gauche un peu plus haute que la droite elle ressemble plus à Quasimodo s’apprêtant à sonner les cloches de Notre-Dame qu’à une femme ! pense-t-il peut-être.
Il détourne les yeux et l’oublie instantanément. Quand on a 43 ans, une belle villa avec vue sur mer, une Lamborghini dans son garage, un compte en banque à6 ou 7 chiffres et l’habitude de tenir dans ses bras les plus jolies filles de la Côte d’Azur le regard ne s’attarde pas sur un « laideron mal habillé ».
Après un rapide coup d’œil circulaire l’inconnue s’assoit à côté de lui, esquisse un sourire qui se voudrait engageant et demande :
– Vous êtes seul ?
L’apparition a une voix surprenante, envoûtante, presque sexy.
Etonné il répond :
– Oui pourquoi ?
– Je me prénomme Adrienne et j’ai un message pour vous.
– Un message pour moi ?
– Oui. Aux termes de la session extraordinaire du Tribunal de l’ombre qui s’est tenue le 12 novembre dernier vous avez été condamné pour association de malfaiteurs en vue d’une action terroriste, trafic d’armes, fourniture illégale d’explosifs et atteinte à la sûreté de l’état.
Elle poursuit en se levant :
– Pour ces motifs, le tribunal vous a condamné à la peine capitale et le verdict, immédiatement applicable, est sans appel.
Elle répète :
– Je me prénomme Adrienne… et je suis chargée d’exécuter la sentence !
Julien n’a jamais été arrêté ni même soupçonné pour ses activités délictueuses. Il est (ou se croit) bien trop malin. On peut imaginer qu’à ce moment il a dû se dire :
– Cette fille est complètement folle !
Le bord de mer étant régulièrement parcouru par des gens étranges qui parlent seuls, prophétisent la fin du monde, annoncent le retour vainement espéré de Jésus (précautionneux fils de dieu qui selon toute vraisemblance a dit à son père « tout ce que tu veux mais pas la Terre. Revenir chez ces fous-furieux, non merci bien ! J’ai déjà donné ! ») ou mille autres bizarreries, Julien Pascalini ne semble pas s’inquiéter. Il a tort.
D’un geste rapide la petite femme grosse et laide lui décoche un coup de poing d’une extrême violence dans le sternum. Il vomit et perd immédiatement connaissance puis se tasse sur le banc. Tout s’est déroulé en quelques secondes, personne n’a rien vu… quelques minutes plus tard un passant curieux, intrigué par sa posture bizarre et ses vomissures le secoue doucement puis plus fort. Le corps inanimé de Julien glisse sur le côté. Affolé le bon samaritain appelle immédiatement les pompiers qui ne peuvent que constater le décès.
En voyant toute cette agitation un homme qui s’approchait fit demi-tour discrètement. Il ne remarqua pas qu’il était suivi par la femme petite et grosse qui ressemblait à une clocharde avec son vieux jean informe troué, sa chemise à carreaux dont un pan déchiré dépassait d’un blouson en cuir bien fatigué et ses gros godillots crottés. Les caméras de surveillance installées à grand frais par la municipalité étant en panne ce soir-là personne ne comprit « par qui et pourquoi » ce Julien Pascalini qui se disait architecte, payait ses impots comme tout bon citoyen et homme apparemment sans histoire fut agressé gratuitement ce soir-là. Gratuitement car son portefeuille, son argent et ses cartes de crédit n’avaient pas été dérobés. « Mort due à une agression, sans doute un coup violent porté dans la poitrine » conclut la police. Un des policiers, adepte d’arts martiaux, remarqua un détail curieux et en toucha deux mots à un tout jeune journaliste de ses amis nommé Valentin Lemercier pigiste pour Nice Matin, un peu chien fou, toujours le premier sur les bons coups et les affaires crapuleuses de la Côte d’Azur :
– L’agression a été menée avec une grande violence et une extrême précision sur un point létal appelé je crois, « suigetsu » en Japonais.
Le journaliste fit immédiatement la relation avec plusieurs crimes similaires applaudis par le grand public et commis par ce qui semblait être un homme surnommé sans grande originalité « le justicier » par les médias ! Quelques jours plus tard, en compilant les articles de journaux, en consultant internet et les réseaux sociaux une autre singularité lui tomba sous les yeux : plus d’une dizaine de « sortants », surnom donné aux radicalisés islamistes ayant « payé leur dette à la société » et libérés de prison, étaient morts de la maladie du charbon, maladie provoquée par « Bacillus anthracis » pourtant non transmissible d’homme à homme, moins de vingt jours après leur remise en liberté. Deux autres avaient succombé au tétanos et un dernier à une forme gravissime d’hépatite fulminante.
Se sentant sur le point de dénicher la toute belle affaire qui boosterait sa carrière et changerait sa vie il appela un de ses anciens maîtres nommé Benjamin Brocka, grand journaliste d’investigation et son idole, pour lui faire part de sa découverte. À peine eut-il abordé le sujet qu’il fut interrompu par un catégorique :
– Tu tiens à la vie ?
– Comme tout le monde.
– Alors oublie !
Pour comprendre ce qui s’est passé il nous faut revenir un peu en arrière. Suivez-moi vous ne serez pas déçu…

Aucun commentaire: