mercredi 14 mars 2018

Cancer gentil cancer













Cancer, gentil cancer




Ave Cancer morituri te salutant
 « Salut Cancer, ceux qui vont mourir (ou pas) te saluent ».

Cancer tue !
Qu'enserres-tu ?
Quand cerf tue
Quand sers-tu ?
Quand serf tue
Quand serres tuent.
Quand serres-tu ?
Khan, serres-tu ? (Khan : souverain mongol)
Khan sers-tu ?
Camp, sers-tu ?
Kant, serres-tu ?  (Kant : philosophe allemand)
Kant, sers-tu ?
Kant, erres-tu ?
Qu'en sais-tu ?
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Tout d’abord régalons-nous de quelques citations se rapportant au problème abordé, le sujet est trop grave pour ne pas s’en moquer : 
- La recherche a besoin d'argent dans deux domaines prioritaires : le cancer et les missiles antimissiles. Pour les missiles antimissiles, il y a les impôts. Pour le cancer, on fait la quête.


- Le cancer ça coûte cher et on n’est même pas sûr de mourir guéri.

- Quand il lut quelque part que fumer provoquait le cancer il cessa de lire.

- Horoscope
    Balance : perdez du poids
    Poissons : vous nagez entre deux eaux
    Cancer : faites un dépistage

Dans les années 80 Desproges ironisait :
- Moi le Cancer je ne suis pas pour ! Il avait raison d’être contre, il en est mort.
 Aujourd’hui cette maladie est si commune qu’elle en est presque banale, sans être devenue bénigne pour autant :
- Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés (La Fontaine, parlant d’une autre peste).
 Pour parodier Séguéla affirmant :
- Si à 50 ans on n’a pas une Rolex c’est qu’on a raté sa vie (montrant ainsi une curieuse conception de la syntaxe et d’une existence réussie), on pourrait presque dire :
- La personne ne s’étant pas découvert de cancer à 70 ans a mal cherché.

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Jocelyn

Lorsque mon médecin m'appela après une biopsie pour me proposer d'acheter ma maison en viager je commençai à me douter de quelque chose. (Vieille plaisanterie incontournable.)
  Un PSA dosé à 13 me donnait déjà depuis quelque temps une autorité indéniable sur mes voisins, petits joueurs qui ne dépassaient pas 4 ou 5.
" PSA à 13 ça sent mauvais " m'avait dit mon généraliste, pourtant je n'avais aucun symptôme aucune douleur ni gêne, peut-être se trompait-il ?
Huit jours plus tard les résultats tombèrent, moi qui n'avais jamais réussi aucun examen cette fois j'étais comblé, reçu haut la main avec mention bien : cancer de la prostate avec score de Gleason 3 + 4, donc moins agressif que ceux notés 4 + 3 bien que les résultats des additions soient identiques.

L'urologue m'annonça avec un brin de sadisme :
- Nous allons vous castrer chimiquement puis vous aurez droit à deux mois de radiothérapie, vous paraîtrez sans doute vingt ans de plus que votre âge d'ici peu et serez impuissant quelque temps mais rassurez-vous c'est normal !
Vingt ans de plus que mon âge c'est normal ? En bon négociateur à la retraite j'ai proposé un marché :
- On coupe la poire en deux ? Dix ans de plus que mon âge me parait suffisant, et s'il ne me restait que trois mois à vivre pourrais-je avoir juin, juillet et août ?
 Vous n'allez pas me croire mais l'annonce de cette maladie ne me faisait ni chaud ni froid, j'ai survécu à bien d'autres catastrophes alors ce n'est pas un cancer qui allait me terroriser ou faire disparaître mon sens de l'autodérision !
 J'écris sciemment : un cancer et non pas mon cancer comme le nomme la plupart des gens mordus par la bête.
Utiliser le possessif mon m'exposerait à être atteint du syndrome de Stockholm, phénomène psychologique observé chez des otages ayant vécu durant une période prolongée avec leurs geôliers et qui ont développé une sorte d'empathie, de contagion émotionnelle vis-à-vis de ceux-ci selon des mécanismes complexes d'identification et de survie (d’après Wikipédia).
Il est important de bien identifier et qualifier ses ennemis. Je n'ai rien de commun avec ce parasite, il ne m'appartient pas il n'est pas mon mais un. On dit : un étranger et non mon étranger et comme je n'ai pas de sympathie particulière pour les immigrants illégaux souhaitant abuser de mon hospitalité j'utilise le pronom indéfini un, j'éviterai ainsi de m'attacher à lui et si je le traite avec brutalité et mépris peut-être partira -t-il vers d'autres corps plus accueillants.


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 Josie la Tumeur.
 Je vivais au chaud, entourée de milliers d'amies. Elles faisaient leur boulot quelque temps et disparaissaient rapidement, moi je poursuivais mon bonhomme de chemin en voyant bien que je n'étais pas comme les autres, j'étais immortelle et heureuse de l'être.
Seule de mon espèce je m'ennuyais un peu alors j'ai décidé de me diviser.  Contrairement à la majorité des organismes vivants qui utilisent une solution complexe appelée reproduction sexuée, nous, humbles cellules, utilisons la scissiparité pour nous reproduire, fonctionnement simple et efficace.
Les hormones de notre sympathique hôte me nourrirent un peu au début mais au bout de quelques jours de division intense nous étions déjà un groupe important, soudé et très affamé.
Nous avons créé alors notre propre réseau d'alimentation que les humains appellent angiogenèse.
Je n'avais pas d'animosité particulière à l'encontre de celui chez qui nous étions installées, après tout il nous faisait vivre. Je m'évertuais à expliquer aux jeunes que sa mort serait la nôtre, pour vivre heureuses il valait mieux vivre cachées disais-je, mais les cellules adolescentes se croient toujours plus intelligentes que les anciennes, elles sont malignes mais peu futées. Nous avons pu retenir un temps les plus agitées d'entre nous, les métastases, mais elles voulaient absolument voir d'autres paysages, à force d'agitation il arriva ce qui devait arriver, on découvrit notre existence, ce fut le début de nos ennuis.

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 Jocelyn.
 Je dois le reconnaître, ma surprise fut totale. Pendant des années j'ai suivi à la lettre toutes les instructions du corps médical, mangeant des quintaux de tomates et très peu de viande rouge, buvant des hectolitres de jus de grenade, me tenant à l'écart du tabac, de l'alcool et de toute drogue, saupoudrant ma nourriture avec du Curcuma, marchant une heure et demie chaque jour et surtout veillant à respecter les 21 éjaculations mensuelles consécutives à autant de pénétrations (les émissions séminales dues à la masturbation ne comptent pas), respectant ainsi scrupuleusement les préconisations des pervers en blouse blanche.
 Vingt et une éjaculations mensuelles, c'était déjà trop peu et frustrant pour moi, vaillant descendant d'homo-erectus le bien-nommé. Maintenant que voulez-vous, s'il faut absolument réduire quelque temps ma libido pour mon traitement je me délesterai de quelques maîtresses, tant pis, soyons raisonnable la santé avant tout ! De toutes façons la castration chimique m’a bien calmé. Les bouddhistes ont raison : toute souffrance existentielle procède du désir, je n’ai donc plus aucune souffrance autre que physique.

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 Josie la Tumeur.
 Je suis inquiète, malgré tous mes efforts pour rester cachée la prostate a secrété l'antigène spécifique appelé PSA, révélateur de ma présence.
Suite à cela Jocelyn mon bienfaiteur a passé une IRM, je crois que la machine m'a vue distinctement, huit jours plus tard une aiguille a arraché des petits bouts de tissu mou tout autour de moi, je me suis fait toute petite mais après quelques tâtonnements elle a piqué juste là où il ne fallait pas.
 Heureusement la scintigraphie qui suivit ne révéla pas de migration de métastases, on avait réussi à les raisonner, peut-être va-t-on nous laisser tranquilles mais je crains la suite…
 Quelques semaines plus tard une injection de Decapeptyl m'a anesthésiée, on ne peut pas dire que ce fut douloureux mais la testostérone qui contribuait à ma croissance a totalement disparue, l'angiogenèse se bloque alors je me suis mise en hibernation en attendant des jours meilleurs.

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 Jocelyn.
 C'est très amusant, lorsque que j'annonce :
-  J'ai un cancer de la prostate
Mon interlocuteur, quel qu'il soit, prononce toujours les deux mêmes phrases :
- Oh, merde !
Puis
- Mais c'est un cancer qui se soigne bien.
Tu parles s'il se soigne bien, absence de testostérone et irradiation commencent sérieusement à me fatiguer, j'ai vieilli je ne me reconnais pas, le plus déstabilisant reste cette impression de vivre dans le corps d'un autre mais la situation est réversible. Mon charme irrésistible reviendra, m’a-t-on dit, comme au temps de mon ignorance du problème.
En ce temps-là je m'entendais carrément bien avec la bête, aucun signe, aucune douleur, finalement le remède est pire que le mal, c'est en cela qu'on le reconnait.
Pour me consoler je me dis que cela aurait pu être plus ravageur, un AVC ou un infarctus laisse parfois certaines séquelles difficiles à digérer.

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 Josie la tumeur
 Je crois que je ne passerai pas l'hiver. Les rayons sont terriblement destructeurs, j'ai commencé à maigrir, je ne me sens pas très bien, j'ai peur de la mort. J'espère qu'il y a un paradis pour les gentils cancers ayant très peu péché.

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Ce cancer a toujours maudit sa destinée
Et quand vient le moment de mourir il faut voir
Cette tumeur en pleurs " c'est là que je suis née
Je meurs sur ta prostate et j'ai fait mon devoir ".


Elle a fait son devoir c'est-à-dire que oncques
Elle n'eut de souhait impossible, elle n'eut
Aucun rêve de lune aucun désir de jonque
Voguant sur des artères dans un corps inconnu

Toutes sont ainsi fait, vivre la même vie
Pour cellules malignes cela n'est point hideux
Ce cancer n'a qu'un but : vivre en mangeant ma vie
Nous verrons à la fin qui gagnera des deux.


Pauvre cancer avant d'atteindre ta chimère
Ta membrane rompue, du sang plein ton noyau
Toi qui n'a jamais eu de ta vie père ou mère
Tu mourras comme un chien ou bien comme un idiot


 Craignez donc les humains tumeurs terrifiantes
Jamais vous ne pourrez vivre plus longtemps qu'eux
Ils savent désormais vous transformer en fiente
Les bourgeois sont contents d’éliminer les gueux !

 Texte inspiré de Jean Richepin

Mort, où serait ta victoire ?



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Cette histoire est extraite du livre vendu sur Amazon, Fnac, Cultura etc...


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lundi 12 mars 2018

Un Lyonnais en Pays de Fayence ? Pas triste !


 
 

Une belle histoire commence toujours par : Il était une fois ! disait notre mère.
 Je l'entends encore raconter avec gourmandise les crimes de la bête du Gévaudan, les forfaits des tenanciers de l'auberge de Peyrebeille ou nous révéler sa vérité sur le mystérieux masque de fer.
 
 Dès qu'elle prononçait les mots magiques " il était une fois ", un grand silence se faisait.
Assis en rond autour de la table nous retenions notre souffle, ses yeux lançaient des éclairs, des frissons parcouraient ma peau.
Depuis elle est morte et les choses ont bien changé. Les veillées devant la cheminée où chacun dévoilait ses petites peines et les grandes joies de la journée ont disparu.

 Maintenant on participe à Koh Lanta pour connaître la faim, la soif, le froid, découvrir la manipulation, les trahisons, certains partent pour  un Rendez-vous en terre inconnue où ils rencontrent des gens épatants, un gars sans-gêne annonce : J'irai dormir chez vous,  des citadines en talons aiguilles pensent naïvement que L'amour est dans le pré, d'autres éprouvent une grande jouissance à préparer Un dîner presque parfait pour des convives hypocrites et quelques masochistes rampent  à l'intérieur du Fort Boyard parmi les serpents, les araignées, les cafards affolés afin de finalement déchiffrer parfois difficilement les fables fines et quelquefois foireuses du fieffé fantasmagorique, fantomatique mais  fidèle, familier, fou et  fameux père Fouras. (Fichtre, quelle phrase !)  

Pourquoi aller si loin et se compliquer la vie ? Tout près de nous, au plus profond de la mémoire de chaque être humain, dans la vôtre sûrement, se cachent des histoires troubles, drôles, tristes, dramatiques, touchantes, toujours surprenantes.


   Au cours de mes longues promenades dans les bois du pays de Fayence j'ai croisé des gens ordinaires qui m'ont raconté leurs aventures extraordinaires, moi-même en ai vécu d'incroyables qui valent le détour et le contour.

 Accompagnez-moi et je vous les conterai, je vous mets toutefois en garde elles commencent souvent tranquillement mais le pire n'est jamais loin.

De tels voyages se préparent, abandonnez vos écrans addictifs, éteignez votre télé, vos ordinateurs, tablettes et autres portables, là où nous allons il n'y a pas de réseau.  Chaussez vos baskets, endossez votre sac et promenons nous ensemble dans la forêt.
 Nul loup ni bête du Gévaudan  n'y rôde mais restons vigilants, nous ne sommes pas à l'abri d'autres mauvaises rencontres, quelques unes de nos délicieuses compagnes permanentes ou passagères et certains contemporains au-dessus de tous soupçons sont plus pervers que ces sauvages animaux.

Les Romains disaient:  Homo homini lupus est   " L'homme est un loup pour l'homme",  ce qui n'est pas un compliment pour le loup.
Ils auraient dû rajouter : Femina est vita hominis lupus " La femme est une louve pour l'homme " , affirmation guère plus flatteuse pour la louve.

jeudi 8 mars 2018

Eden, livre troisième : Ainsi soit-elle .



 

Mardi 5 juillet 2011.

Hôtel Campanile, Grasse,  Alpes maritimes

12h30. La femme de ménage, Véronique, vérifie que tout est parfaitement en ordre, jette un dernier coup d'œil et ferme derrière elle la porte n°18. Encore deux chambres à nettoyer et sa matinée commencée très tôt sera terminée, elle pourra enfin rentrer chez elle.
 Sa vie est dure, le gentil compagnon partageant son existence l'a courageusement abandonnée avec un enfant à charge, sans doute timide  il n'a pas laissé d'adresse. Heureusement sa mère n'habite pas loin de son modeste logement et peut s'occuper du petit garçon en cas de nécessité, en cette période de vacances Véronique a bien besoin d'aide.

Elle frappe deux fois à la porte de  la chambre 19 malgré l'affichette portant  la mention " ne pas déranger " pendue à la poignée, sans réponse elle contacte la réception qui lui donne le feu vert, elle déverrouille la serrure avec sa carte magnétique, pénètre dans le sas, pousse la seconde porte… et horrifiée s'évanouit.

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Ames sensibles refermez vite ce livre, esprits téméraires préparez-vous à un voyage dans lequel Eden n'est pas du tout synonyme de paradis.
 
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Lire la suite ?


 
Site auteurs : http://serge.boudoux.fr




 

lundi 5 mars 2018

L’interview décoiffante de Serge Boudoux


J'ai lu des livres de Serge Boudoux. C' est un auteur  "bouillonnant", à la fois décapant, sans tabou,  cynique mais toujours drôle. Ces trois dernières années il a co-écrit un thriller en trois tomes et écrit un recueil de nouvelles. On a pu se demander comment lui venait l'inspiration ou pour quelles raisons le pays de Fayence lui tenait tant à coeur.
L'interview décoiffante par Vanessa Lunardelli : c'est maintenant !

Bonjour, qui se cache derrière serge Boudoux ?

Tout d'abord permettez-moi de préciser un point, le cynique est celui qui fait, non celui qui dénonce. Quelquefois je choque parce que je ne cache rien et dis ce que je vois...
Je ne dissimule aucun mystère, j'ai simplement vécu plusieurs vies,  frôlé deux fois la mort, connu une expérience de vie après la vie qui m'a conféré une mémoire monstrueuse. Toutes ces  années hyperactives m'ont permis de découvrir toute la complexité de l'âme humaine, réservoir inépuisable du meilleur et du pire, de la grandeur et de la bassesse.

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire sur le tard ? Vous n’aviez jamais écrit auparavant ?

Sur le tard ? J'ai commencé à écrire à 65 ans, donc à peine sorti de l'adolescence hé hé . A l'école je rendais déjà mes devoirs de français en vers. Une multitude d'histoires bouillonnait dans la chambre magmatique de mon cerveau et un jour de 2013 il y eut l'éruption.

Avez-vous des rituels d’écriture ?

Oui. Je marche dix kms dans la forêt puis installé devant mon ordinateur, écouteurs vissés dans les oreilles j'écoute Cesaria Evora, Omar Bashir, Jehro, du jazz manouche, un frisson monte dans mon dos et je passe dans un autre monde où chaque mot m'entraîne loin.

Vos histoires se déroulent toutes dans le pays de Fayence, qu’a-t-il de si fascinant ?

Lyonnais d'origine, j'ai découvert tout à fait par hasard le pays de Fayence et j'en suis tombé amoureux. Ici tout est magique : la lumière, le lac de Saint  Cassien dans lequel se reflètent les forêts de chênes, de mimosas, les gorges de la Siagne, rivière extraordinaire entrecoupée de petits ponts sublimes, même  le goût de l'air est  ici  différent. Toutefois il ne vous a pas échappé que les aventures d'Eden se déroulent également en Auvergne, en Isère, à Cannes, New York, dans le Gers, sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle que j'ai parcouru trois fois (à pieds).

Certains ont pu vous reprocher des scènes trop crues dans Éden. Qu’avez-vous envie de leur répondre ?

La pornographie est à l'érotisme ce que le fastfood est à la gastronomie, ne me dites pas qu'un bon hamburger ne vous fait pas saliver de temps en temps.
Maintenant je vais vous surprendre, dans ces livres  tout est vrai, les agressions sexuelles subies par une petite fille, les meurtres téléguidées par la voix dans la tête, Michel Ange, le vieil Henri, tout est vrai. J'ai rencontré ces personnages et contrairement à ce que pensent certains esprits chagrins les scènes décrites dans les livres ne sont pas gratuites, elles sont toutes authentiques à la base : la réalité est souvent difficile à admettre car elle est pornographe, l'amour ne l'est pas, quelle que soit sa forme. La laideur comme la beauté est dans l'œil de celui qui regarde ! 

Violence, sexe et religion reviennent beaucoup dans vos ouvrages. Pourquoi ?

Celui qui n'a jamais eu envie de se moquer des obscurantismes religieux ou de tuer son prochain ou son lointain me jettera la première pierre.
Nos sociétés ont été façonnées par des religions qui ont utilisé le meurtre et la violence pour construire leur pouvoir.
Je suis profondément pacifique, montrer la violence ordinaire ne contredit pas cette aspiration. Paradoxalement,  pour moi  les religions ont inventé le meurtre ( voyez Caïn, le Christ sur sa croix, les crimes religieux ) et sont responsables  d'une brutalité inouïe, (l'actualité ne me démentira pas).
De tous temps les  représentants terrestres autoproclamés du Grand Manitou n'ont cessé d’asseoir leur totalitarisme sur le peuple en édictant  des obligations ou des interdits alimentaires, vestimentaires ou sexuels qui leur ont donné du pouvoir ( tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser) et pourri l'existence du plus grand nombre.
Pour moi religion égale violence, sexe librement vécu égal bonheur. Les religions sont indissociables du sexe dont elles ont peur  puisque c'est la seule plage de liberté individuelle qu'elle ne peuvent contrôler et l'une des grands moteurs de chaque être vivant.
La particularité de l'être humain est d'être corps et esprit comme la lumière est onde et corpuscule, ôter un de ses composants c'est ôter son humanité . Les religions ont trahi leur mission, elles devaient relier l'homme à Dieu, elles n'ont su que détruire et mutiler  la créature sous prétexte de  plaire au créateur, atroce philosophie. La France est actuellement un ilot de tolérance et de liberté de conscience, pourvu que cela dure !

Quel est le secret de votre forme/de votre créativité ?

Il n'y a pas de secret, seulement une formidable envie de vivre comme tous ceux qui sont revenus de l'autre côté du miroir,  une grande auto dérision et une immense tendresse envers mes contemporains que je respecte trop pour ne pas me moquer d'eux . Des histoires fabuleuses se vivent à tous moments tout près de nous, il suffit de les voir et les entendre.
Einstein disait: " deux choses sont infinies, l'Univers et la bêtise humaine, pour l'univers je n'en ai pas encore acquis la certitude absolue."
Il se trompait, les humains ne sont pas bêtes, ils tentent de survivre et recherchent le bonheur à tout prix ce qui n'est pas illégitime. Je suis en train d'écrire un recueil d'histoires courtes montrant nos petites monstruosités ordinaires employées dans cette recherche.

Serge, puis-je vous demander : slip ou caleçon ?

Slip jusqu'à 55 ans puis caleçon. Il faut bien s'adapter à l'intelligence artificielle hé hé.

Merci !

Retrouvez les ouvrages de Serge Boudoux sur son site : www.serge.boudoux.fr

La trilogie d'Eden


Les tribulations d'un Lyonnais en Provence 








dimanche 4 mars 2018

Ode à ma grand-mère





Ma grand-mère était là, le soir à la chandelle
assise auprès du feu, tricotant et cousant
je regardais ses mains tout en m'émerveillant
lui ai-je dis alors combien elle était belle ?

Lui ai-je dis assez: ton allure de gazelle
a dû faire jadis rêver plus d'un galant
tes cheveux couleur or ta bouche sensuelle
ont rendu fou je crois naguère plus d'un amant.

Quand elle riait ses yeux lançaient des étincelles
et moi je l'admirais, du haut de mes treize ans
je jalousais grand- père d'avoir femme si belle
et d'avoir su l'aimer si fort et si longtemps.
 

vendredi 2 mars 2018

Une telle histoire peut-elle exister ?


 

Moi, le vieil Henri

 Bonjour, je m'appelle Henri. Aujourd'hui nous sommes le 22 octobre 2015, jour de mon anniversaire.
Je viens d'atteindre mes 92 ans et ma vie ne tient qu'à un fil.
 Bien sûr vous allez me dire : à cet âge toute existence est terriblement précaire. Le danger n'est pas dû à mon état de nonagénaire avancé,  dépositaire d'un secret dont je n'aurais jamais dû parler à personne je suis mêlé bien malgré moi à une histoire hallucinante.

   J'ai décidé d'écrire mes mémoires pour la raconter,  quelqu'un les lira peut-être un jour, partager tout ceci avec un lecteur hypothétique me donnera l'impression d'être moins seul

 Ne vous méprenez pas sur le caractère paisible du début de mes narrations, depuis quelques années j'ai peur, pourtant pour inquiéter le vieil Henri il faut se lever tôt. Et si je donne l'impression parfois de m'amuser, je ne fais qu'appliquer ce que me disait mon père : il faut rire avant d'être heureux de peur de mourir sans avoir ri.

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  Tout commence pour moi le 17 mai 2010, un lundi dont je me souviendrai toute ma vie, enfin ce qu'il en reste. Comme tous les jours je lisais tranquillement mon journal,  installé devant chez moi sur mon vieux banc en pierre. J'habite une coquette petite maison à Lamothe-Goas, le joli village du Gers ou  mon parcours sur cette terre aurait dû se finir tranquillement, seul comme tout célibataire indécrottable.

   La région était en effervescence, toutes les infos écrites et télévisées parlaient du meurtre d'un curé à Aumont d'Aubrac en Lozère, de celui d'un employé municipal à Gréalou dans le Lot, le cadavre d'une femme poignardée venait d'être découvert près de Moissac Tarn-et-Garonne  et un séminariste avait été retrouvé sans vie dans la collégiale de La Romieu, département du Gers, apparemment victime d'une mauvaise chute… ou d'autre chose. Ces morts violentes avaient un point commun, elles s'étaient toutes produites le long du chemin qui passe près de chez moi et mène les pèlerins à Saint Jacques de Compostelle, le Camino Francès, rebaptisé par un journaliste inspiré : Le chemin meurtrier.

   Après mon repas, comme tous les jours je suis allé faire un tour sur la place de l'église et là… sur le banc vert où mes vieux potes, enfin ceux encore vivants me retrouvent habituellement à mon âge les copains disparaissent peu à peu, une jeune femme était assise et mangeait un sandwich. Vous me direz jusque-là il n'y a rien d'exceptionnel. Si vous aviez vu cette femme, j'en frissonne encore !

   Je vais essayer de la décrire. Elle avait les cheveux coupés courts, blonds, vraisemblablement teints et le plus joli visage que je n'avais jamais vu, un peu celui de Brigitte Bardot dans le film " Et dieu créa la femme". Mes références cinématographiques datent de plusieurs décennies mais j'ai peu d'exemples récents à vous proposer, il y a bien longtemps que je ne vais plus au cinéma.

   Ce qui m'a fasciné chez cette apparition ce fut son regard. Ses beaux yeux en amandes, fenêtres de son âme, étaient deux émeraudes. Ce n'était ni leur forme ni leur couleur qui était extraordinaire, mais leur expression. Cette femme n'était pas de notre monde. Une vieille chanson d'Aznavour disait : « Avec ton regard comme empli de fièvre. » Voilà le mot juste, elle avait un regard fiévreux, elle semblait voir au plus profond de mon être, j'ai eu envie de pleurer de bonheur dès qu'elle a posé les yeux sur moi, l'impression inouïe de la connaître depuis toujours.

   Instantanément, malgré mon grand âge je voulais la garder pour moi, j'aurais voulu… Pur délire, que pourrais-je bien vouloir d'une telle créature au début de l'été de sa vie, moi qui aurais uniquement rides, laideur, faiblesses, douleurs, froidure et hivers humains à lui offrir. Cet envoûtement a occulté provisoirement un fait important que j’ai toutefois enregistré inconsciemment. J'ai compris un peu plus tard  pourquoi j'avais cru voir un ange en elle, mais l'ange de la mort.

J'avais envie de pimenter un peu ma petite vie de retraité, je m'ennuyais tellement, alors comme un enfant, inconsciemment j'ai improvisé un jeu dans ma tête je me suis raconté des histoires : Cette femme était dangereuse, mais moi j'étais en sécurité près d'elle. Peut-être encore sous l'influence des propos des journalistes j'ai imaginé qu'elle était responsable de tous les crimes commis ces derniers jours sur le chemin meurtrier.

   Pour moi elle était AZRAËL l'ange de la mort et je l'adorais d'autant plus. J'ai toujours été attiré par l'ésotérisme et le satanisme ne me fait pas peur. Pour moi Satan est un aimable plaisantin à côté des Hitler, Mao, Staline, Pol Pot et un doux amateur face aux fanatiques religieux, politiques ou autres salopards inhumains qui se cachent derrière la prétendue existence du Malin. Aucun démon ne sera jamais aussi méchant que certains hommes ni plus pervers que certaines femmes.

   Je n'avais pas complètement réalisé qu'il ne s'agissait pas d'un divertissement. Nous sommes tellement habitués à voir des images ultra violentes à la télé que nous banalisons le mal et ne faisons plus la différence entre le fantasme et la réalité. Je me suis tout de même traité de vieux gâteux mythomane. Comment et pourquoi une créature aussi sublime aurait-elle tué tous ces gens ?

   Je me suis assis près d'elle sur le banc et je lui ai dit :

   - Mon dieu que tu es belle.

   Vous n'allez sans doute pas me croire, j'avais 87 ans à cette époque, elle m'a souri et  je suis tombé raide amoureux de cette femme. Jusqu'à ce jour je n'avais jamais vraiment saisi le sens de cette formule, tomber amoureux ! Et là j'ai enfin compris, pour moi ça voulait dire aimer jusqu'à la tombe. Je ne savais pas alors à quel point cette expression allait se révéler malheureusement totalement adaptée à la situation.

   Un sourire et j'étais déjà malade d'elle ! Les vieux ne devraient jamais être amoureux cela leur fait trop mal, ils ne peuvent pas espérer de réciprocité mais c'est toute la grandeur de la race humaine de vouloir aimer et être aimé jusqu'à son dernier souffle. A ce moment j'ai pensé au sonnet de Félix Arvers.
Mon âme a son secret ma vie a son mystère :
Un amour éternel en un instant conçu.
Le mal est sans espoir aussi j'ai dû le taire
et celle qui l'a fait n'en a jamais rien su.
 Le mal était sans espoir mais je n'ai pas su me taire, pour la première fois de ma vie j'étais prêt à prendre le risque de faire la confidence interdite à quelqu'un malgré le danger. Je ne sais pas ce qui m'a pris, je lui ai proposé :

   - Si tu me montres tes seins je te dirai un secret.

   Elle m'a répondu gentiment.

   - Vous n'avez pas honte, vous ne préférez pas une petite pipe de bienvenue ?

   Elle employait l'ancien terme, il parait qu'aujourd'hui on dit fellation, c'est moins convivial mais c'est pareil hé hé. J'ai failli m'étrangler de rire. Elle avait une voix douce un peu enrouée, très sensuelle. Depuis ce jour, comme disait Paul Eluard, j'entends vibrer sa voix dans tous les bruits du monde. Je lui ai répondu bêtement.

   - Alors toi tu es unique.

   Je lui ai alors fait un commencement de révélation, presque rien. J'avais à la fois peur de la mettre en danger, à la fois besoin de me faire valoir, d'exister à ses yeux, envie qu'elle me voit différent de ce que je suis devenu au terme d'une vie bien remplie : un vieillard. J'ai chuchoté.

   - Allez, je te dis le début du mystère, il y a une bombe dans l'église.

 Elle s'est étonnée.

   - Une bombe ?

   J'ai précisé

   - Pas une bombe qui saute, mais il y a là, bien cachée, une information incroyable qui, mise entre de mauvaises mains, ferait exploser l’occident chrétien. Tu imagines ?

   Elle parut intéressée lorsque j'ai évoqué le moment où le soldat romain donne à boire à Jésus sur sa croix. Elle connaissait quasiment le nom du soldat ce qui m'a sidéré.

   - Longibus ou Logibus présente au supplicié une éponge imbibée de vin, instantanément celui-ci remit l'esprit, on ne lui brise pas les jambes et on met son corps dans un tombeau, en fait un trou creusé dans un rocher, Ponce Pilate doute de sa mort.

   J'ai rectifié doucement.

   - le soldat s'appelait Longinus.

   Elle me regardait tendrement comme si j'étais beau, mon vieux cœur battait vite et fort  j'étais ivre d'elle, j'aurais voulu que ce moment dure toujours…Je lui ai dit ce que je n'aurais jamais dû lui dire.

   - Paul a vu la vérité, la vérité est dans le corps du Christ.

   - C'est tout ?

   - C'est tout et c'est suffisant pour mettre un monde à feu et à sang.

   J'ai eu peur de l'ennuyer avec mes vieilles histoires mais elle semblait m'écouter avec curiosité, elle a voulu enregistrer mes paroles. J'étais un peu surpris, des yeux je cherchais un magnétophone mais elle m'a expliqué qu'avec les téléphones modernes surnommés smartphones on pouvait enregistrer des discussions ou des chansons, prendre des photos, envoyer des messages au monde entier, des mails comme ils disent. Moi je ne parle déjà pas beaucoup à mes voisins alors expédier des messages au monde entier je n'en n'ai rien à foutre. On peut aussi transmettre des SMS et avoir accès à internet, a-t-elle dit, je n'ai pas bien compris à quoi ça pouvait servir.
Je lui ai répondu en rigolant.

   - Si ça se trouve on peut même téléphoner avec ces smartphones.
Elle me regardait tendrement comme si j'étais beau, mon vieux cœur battait vite et fort, j'étais fou d'elle, j'aurais voulu que ce moment dure toujours. Je l'ai déjà dit ? Ah bon !
 J'ai fait tourner ma grosse chevalière autour de mon annulaire droit, vieux réflexe de séduction. Mes potes me charrient toujours sur ce bijou qui me fait ressembler, disent-ils, à un évêque ou à un parrain de la Mafia. Il est vrai que lorsque j'étais plus jeune cette bague mais surtout ma carrure et mes yeux bleus ont fait chavirer la vertu de plus d'une fille. J'avais une devise " la femme d'un copain c'est sacré… il faut qu'elle y passe" hé hé. J'ai eu des tas de maîtresses mais aucune n'arrivait à la cheville de ma compagne de banc. Cette expression me fait marrer car même si on utilise la formule "prendre son pied" ce n'est pas cet endroit que l'on vise chez une femme, souvent la caresse qui démarre à la cheville voyage vite et se termine plus haut.

La merveille finissait son sandwich, elle fit une petite moue adorable qui me fit monter les larmes aux yeux.

   - Je n'ai rien compris à vos paroles, dites-moi la suite de votre secret, allez, juste à  moi !

   Je m'en voulais déjà d'avoir trop parlé.

   - C'est dangereux pour toi, tu en sais déjà bien assez.

   - Pourquoi ?

   - Ce qui est caché dans l'église est explosif, deux milliards de chrétiens seraient déstabilisés et des milliers de fous furieux voudraient brûler ta jolie peau.

   - Dommage j'aurais bien aimé savoir mais si c'est dangereux tant pis, je ne suis qu'une femme seule et désarmée.

   J'avais beaucoup de mal à la considérer comme une femme fragile, il se dégageait d'elle la force tranquille de ceux qui ne craignent personne. J'appris plus tard qu'elle était vice-championne de France de Taekwondo, un sport de combat coréen.

   Je commençais à me sentir mal, ma prostate me taquinait, il fallait d'urgence que j'aille pisser. Elle s'est levée pour m'embrasser, j’ai tendu mes lèvres à tout hasard, elle a ri et a déposé un gros baiser sur chacune de mes joues. Elle m'a promis de revenir bientôt me voir pour en savoir plus. Je n'avais encore jamais vu chez une femme une telle perfection de formes, si j'avais eu ne serait-ce que trente ans de moins je lui aurais sauté dessus, mais la vieillesse est un naufrage. Au lieu de ça je suis parti en catastrophe en essayant de retenir mon urine et de rester digne à ses yeux, les jambes tremblantes, le cœur gonflé de tendresse mais désespéré de la voir s'en aller. Elle est entrée dans l'église, lorsque je suis revenu vingt minutes plus tard elle disparaissait au loin sur la route qui va à Eauze.

Le surlendemain j'ai appris que deux écossais qui tenaient une maison d'hôte à Eauze avaient été retrouvés poignardés, une vraie boucherie...





 

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