jeudi 7 juin 2018

Les Tribulations d'un Lyonnais en Provence. Histoire n°11


 

 

 
La princesse de Saint Cézaire



 


 

 

 

Ce samedi là j'étais parti très tôt pour me rendre au marché provençal de Saint Cézaire sans me douter une seconde de ce qui allait me tomber sur la tête !

Saint Cézaire est un gros bourg des Alpes maritimes qui a conservé  une partie de ses fortifications. Juché à 400m d'altitude, distant de Cannes de 30 kms les flemmards y accèdent en voiture par une route sinueuse qui traverse Mougins et Grasse.
 Moi, du stade de Montauroux j'y monte pedibus jambus en une heure et demie en passant par le pont des Tuves.

 Point de convergence de plusieurs sentiers de randonnée qui rejoignent la rivière en contrebas, le joli village domine toute l'étroite vallée creusée par la rivière "la Siagne". 

A perte de vue on ne voit que la forêt touffue peuplée de chênes, pins, arbousiers, oliviers, lauriers et genêts sauvages odorants. Dans ce sud de la France tout est gourmandise: lumières, parfums, sons.

  Sur les collines au loin on devine certains villages perchés de l'est varois : Mons, Callian, Montauroux, à l’horizon une mince bande bleue, la Méditerranée...

Après avoir fait mes emplettes  mon sac à dos est un peu plus lourd  des menus cadeaux achetés :  miel de lavande,  coquetiers en bois d'olivier, tee-shirts pour Ioda mon petit chien à peau nu et un jean à trous pour ma femme.
 Pour redescendre le chemin passe devant le beau cimetière  ensoleillé  où  j'aimerais être enterré en quittant  ce monde mais rien ne presse.

J'entre dans l'enceinte funéraire pour me recueillir sur la butte d'un camarade  m'ayant précédé avec allégresse sur le chemin des célestes félicités, pas fâché d'échapper enfin à une compagne épouvantable qui, après lui avoir concocté hypocritement  une rubrique nécrologique officielle élogieuse, nous fit en aparté ce méchant commentaire  :

"Ce sera bien la seule fois où il pourra se vanter d'avoir été raide  "

Sur une autre tombe récente, coincé sous un livre en marbre estampillé d'une épitaphe édifiante un panneau en carton porte cette inscription :

"ici repose une femme qui aima beaucoup le sexe, mais pas trop le mien."

Je sors en catastrophe, secoué par un fou-rire incompatible avec la solennité du lieu. Les gens n'ont même plus de respect pour leurs morts.

Dans la chapelle adjacente un sarcophage romain mis au jour lors de travaux d'adduction d'eau potable fait l'orgueil du village.

Plus loin, près du sentier rocailleux et glissant, une ancienne bergerie se dore au soleil parmi les restanques, petits murets de soutien en pierres sèches. 

 La piste pénètre dans la forêt, tourne à droite, à gauche. A un embranchement, sur un rocher taillé grossièrement en forme de  cube des lettres peintes sont censées donner des indications, presque totalement effacées par la pluie et le vent elles sont illisibles, peu m'importe je connais la bonne direction.

 Manifestement tout le monde n'est pas dans ce cas, au moment de dépasser un groupe de marcheurs, une femme glisse sur un gros caillou rond dans une courbe et s'étale de tout son long sur le sol devant moi, je  la prends par la main et la relève.

- Rien de cassé ?

 La marcheuse d'une cinquantaine d'années verse un peu d'eau sur les écorchures de ses mains  :

- Rien de cassé mais je crois bien que nous sommes perdues.

- Où voulez vous aller?

- On voudrait rejoindre la rivière.

- Vous n'en êtes pas très loin.

Une jolie blonde plus jeune sort du groupe et interpelle son ainée:

- C'est ta nouvelle technique de drague ?

Nous échangeons quelques mots, elle est très mignonne avec ses cheveux blonds, son petit nez retroussé et ses taches de rousseur.

Elle me propose :

- Laissez moi votre numéro de portable, si nous nous perdons encore vous pourrez nous faire un radioguidage...

Poussé par un démon de passage j'accepte, réflexe inconscient de vieux séducteur impénitent.

 Elle crée un contact sur son I phone.

- Je peux vous demander votre prénom ?

- Michel Ange.

- Michel Ange c'est très beau j'adore, moi c'est Eve.

- Eve, c'est original. Bon ok, eh bien… mesdames, bon retour.

  Je les perds de vue après quelques enjambées. Pourquoi ai-je dis que je m'appelais Michel Ange? c'est mon second prénom, je le trouve plus romantique que Serge, de plus Eve n'est certainement pas le vrai prénom de la jolie blonde.

Je rentre chez moi après mes 3 heures de randonnée  dominicale. Les autres jours de la semaine, en plus de mes marches sportives, une heure d'abdos et de musculation maintient mon corps en capacité de séduction. Pour moi c’est un capital santé important et une politesse à rendre à celle avec qui je vis.

 
Une douche brûlante, un déjeuner rapide, un bon café noir, je m'installe à l'ombre sous un olivier près de ma piscine en forme de haricot avec un petit soupir d'aise.

Je note précieusement quelques alexandrins qui me viennent à l'esprit, l'inspiration ne nous visite pas tous les jours.
 
L'odeur d'herbe coupée du bon café qui fume
la voix de l'être aimé et ses mains sur ma peau
César pour être heureux aurait voulu la lune
mes plaisirs sont plus simples mon quotidien plus beau
/ 

 
La jeune femme  rencontrée ne quitte pas mon esprit.

   je me vois  près d'elle, caressant ses cheveux, me grisant de ses parfums, goûtant le sucré de sa peau, l'imagine serrée contre moi, réanimant des sens que je croyais défunts.   L' assoupissement me gagne peu à peu avec cette vision sans espoir, les vers de Victor Hugo dans la tête:
 
Le roi disait en la voyant si belle
à son neveu
pour un regard pour un sourire d'elle
pour un cheveu
infant Don Ruy je donnerai l'Espagne
 et le Pérou
le vent qui vient à travers la montagne
me rendra fou. 
 

 

 

   Après quelques instants les vibrations de mon portable me réveillent, un message accompagné d'une photo d'Eve posant près du pont romain :

 
  Merci de votre aide 
sommes bien arrivés
au petit pont romain
la preuve en image
à bientôt peut-être                                                                                                                                                            
 
 

 Je réponds
 
A votre disposition pour vous guider
lors de vos prochaines ballades
il faut absolument que vous découvriez
la chapelle Saint Saturnin

 

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                    
 
immédiatement sur l'écran s'affiche la répartie :

Je vous prends au mot, quand ?

Dimanche prochain ?

Ok, on se retrouve où?

9 h stade du défens à Montauroux ?

Parfait pour dimanche                                                                                                                                       
 on confirme samedi au cas où…

 

  Je  relis régulièrement mes textos pour m’assurer que je n’ai pas rêvé.

Lundi , nouveau sms :

 

Bonjour c'est Eve

 j’ai regardé la météo il va faire

 très beau dimanche

 

            Bonjour c'est Michel Ange  

vivement dimanche

 

 

    Toute la semaine nous avons gardé le contact par sms, lien fragile et rassurant, échangeant des banalités.
 
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 Dimanche. 

 Je suis venu avec  un quart d'heure d'avance juste pour le plaisir de la voir arriver. Une angoisse me tord le ventre, « si elle ne venait pas ? »  J'ai mis  un jean serré, une chemise noire effrangée sans manche avec un scorpion blanc imprimé sur le cœur qui, je crois, met en valeur mes épaules et mes bras musclés mais sans excès.

 Cette chemise noire va avoir un effet que j'étais loin d'imaginer.

Les minutes se trainent :

 8h 50, 8h 55, 9h « Viendra-t-elle ? » les minutes s'étirent interminablement.

 9h10 « Enfin ! » un cabriolet BMW noir déboule dans un nuage de poussière. Derrière les vitres teintées je la devine et me précipite pour lui ouvrir la portière.

- Mille excuses pour mon retard, je ne trouvais pas le stade.

 Mon souvenir ne m'a pas trompé, elle est ravissante.
Ses jambes nues émergent de la voiture. Vêtue d'un short court en jean, d'un débardeur moulant ses courbes sensuelles, ses cheveux sont tressés, une seule tresse qui sublime  un cou gracieux appelant le baiser.
Un discret maquillage souligne ses yeux que je vois verts, mais étant daltonien je me méfie de mes perceptions visuelles, peut-être sont-ils marron . 
J'ai l'impression d'être le chevalier servant d'une princesse, une Belle au bois dormant qui serait toutefois bien réveillée vous allez le constater.

 

- Bienvenue dans mon paradis Eve, êtes vous en forme?

- Bonjour Michel Ange, je suis toujours en forme, c'est ma nature. Où m’emmenez-vous ?

- Laissez vous guider.

- Ok

   Elle se laisse prendre en charge, confiante comme si elle me connaissait depuis  toujours, comportement rarissime chez un membre du sexe prétendument faible.

Nous partons. Après quelques minutes elle me demande:

- Etes vous marié ?

A cette époque je posais de grosses dalles dans ma cour et par précaution avais retiré mon alliance, me privant bêtement d'une arme supplémentaire de séduction. Ce symbole éclatant d'appartenance à une épouse déclenche souvent chez les filles célibataires ou non  une irrésistible tentation de piquer le mec des copines. Le mari des amies ou d'une inconnue est si charmant, beau comme le mâle d'une autre.

 - Oui, depuis 35 ans avec la même femme, elle mérite une médaille non? ( J'ai triché un peu par coquetterie, notre union dure depuis 40 ans)

- Mais vous vous êtes marié à quel âge?

- A 21 ans.

 - La vie est injuste, vous  les hommes avez de la chance, vous vous bonifiez en vieillissant et nous pauvres femmes nous contenterons de survivre en regrettant notre jeunesse.

Pour illustrer sa pensée et jouer au gars cultivé, je lui sors quelques vers de Corneille, le dramaturge pas le chanteur. A 63 ans il pensait séduire une jeunette ainsi, moi je trouve cela un peu maladroit, jugez-en par vous-même:

 
Marquise si mon visage
a quelques traits un peu vieux
souvenez-vous qu'à mon âge
vous ne voudrez guère mieux
 
le même cours des planètes
règle nos jours et nos nuits
on m'a vu ce que vous êtes
vous serez ce que je suis
 
le temps au plus belles choses
se plait à faire un affront
et saura faner vos roses
comme il a ridé mon front
 
Quant à moi j'ai quelques charmes
qui sont assez éclatants
pour n'avoir pas trop d'alarmes
sur ces ravages du temps
 
Pensez y belle marquise
quoiqu'un grison fasse effroi
il vaut bien qu'on le courtise
quand il est fait comme moi
 
 
 Certains mauvais esprits souhaitèrent qu'il ait pris un méchant râteau et  imaginèrent cette réponse cruelle :
 
Peut-être que je serai vieille
répond Marquise cependant
j'ai 26 ans mon vieux Corneille
et je t'emmerde en attendant.
                                                                                   

Nous sommes maintenant au bas d'une  pente raide qu'il s'agit de gravir. Eve  glisse, je  lui tends la main, la relève. Je garde sa main serrée plus qu'il n'est nécessaire, la relâche à regret. Je n'ose pas aller plus loin elle pourrait se fâcher,  restons lucide, mon âge est proche de celui de son père.

   Essoufflée elle quête mon secours

-  Aidez - moi, s’il vous plaît.

- Avec plaisir.

   Je passe derrière elle, la pousse doucement à la taille en rigolant comme un gosse en se gardant bien de lui effleurer les fesses. Riant également elle me lance :

- N’en profitez pas pour vous rincer l'œil,

   Le petit derrière malicieux qui se tortille devant moi fait ressurgir de ma mémoire quelques vers de Georges Brassens tirés de son fameux poème La Fessée :
 
" Quand je levai la main pour la troisième fois
le cœur n'y était plus , j'avais perdu la foi
surtout qu'elle s'était enquise la bougresse
avez-vous remarquez que j'avais un beau cul
et ma main vengeresse est retombée vaincue
et mon troisième coup ne fut qu'une caresse "

 

A mon tour je demande si elle est mariée.

- Mon Dieu non, on dit que le mariage transforme une fée en sorcière, je préfère rester Mélusine que devenir Carabosse. Je ne supporterais pas un homme chez moi, je suis bien trop indépendante et fière de l’être. Cependant j’aimerais bien avoir un homme dans ma vie et l’aimer éperdument, du moment qu’il accepterait de partager ma vie mais pas mon appartement. Je ne veux pas du quotidien, je ne veux pas appartenir à qui que ce soit je rêve d’éternelles fiançailles.

 

Mignonne comme elle est j'imagine qu'elle ne doit pas manquer de fiancés. Après réflexion je me dis que la manière dont elle m'a harponné l'autre jour est très surprenante, j'ai beaucoup de chance d'avoir été remarqué par une si belle créature.

 

.- Qui est la charmante dame qui vous accompagnait l'autre jour ?

- Ma tante Christiane, elle habite à Cannes près du square Mistral deux étages au-dessous de moi, c'est elle qui m'a élevée, nous adorons randonner ensemble.

- Vous êtes orpheline ?

- Non

Elle se tait un instant puis me dit :

-  Pardonnez moi mais je n'ai pas envie d'en parler aujourd'hui.

- Excusez ma curiosité et mon indiscrétion.

Elle change de sujet :

- Vous aimez Beethoven ? Sa musique est mon refuge, mon jardin secret.

J'aurais dû me méfier, une femme jeune qui connait et aime Beethoven, c'est plutôt louche, non ?

- J'adore, connaissez vous les adaptations enregistrées dans les années 70 par le groupe hollandais "les Exceptions" ?

- Oui bien sûr, c’est intéressant mais je préfère de loin l'original.

- François Cavanna disait " Beethoven était tellement sourd que toute sa vie il a cru faire de la peinture "

   Nous éclatons de rire, heureux d'être ensemble.
 
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Nous arrivons enfin et entrons dans la chapelle déserte.
 Immédiatement elle referme la lourde porte, se colle à moi sans respect pour le regard éteint du plâtre de la statue de Notre Dame et déboucle fiévreusement ma ceinture.
D'habitude je ne montre mes organes procréateurs à personne excepté mes femmes et mes docteurs mais là je ne maîtrise plus rien.

Ce qui se passe ensuite est du domaine de ma vie privée, ne comptez pas sur moi pour vous confier des détails croustillants, n'insistez pas. Sachez seulement qu'après avoir défait la chevillette de mon pantalon ma bobinette ne choit pas, le traître membre qui me sert de sexe monte à l'assaut de sa propre initiative comme un vaillant petit soldat part en guerre sans réflexion ni protection, je suis bien obligé de le suivre.

Il est à espérer qu'après avoir fermé les yeux la statue se soit également bouchée les oreilles, la belle est exubérante.

 Après ce doux moment de folie je m'assieds sur un banc, essoufflé. J'ai gardé ma chemise noire, ma camarade de jeux m'a juste laissé le temps d'ôter mon jean.

Encore ébloui, émerveillé par ce qui vient de se passer je murmure, en conservant le vouvoiement que je trouve délicieusement érotique dans le contexte et propice à une récidive de l'évènement :

- Vous  êtes diabolique ! Je ne sais pas si le paradis existe, mais s'il existe et que  vous n'y soyez pas je préfère aller avec vous en enfer.

 

Tout allait si bien j'aurais pu me taire mais non, toujours mon besoin maladif de faire des phrases, malheur qu'avais-je dit là !
Sous le regard réprobateur  de Jean Paul Premier, à moitié nue elle fouille fébrilement dans son sac, en sort un poignard de 20 cms de long et se jette sur moi avec des yeux de démente. Heureusement mon propre  sac à dos est à mes pieds, je le  brandis devant moi en guise de bouclier, il me sauve la vie. Ayant pratiqué le Taekwondo pendant plusieurs années j'arrive à la désarmer, non sans quelques éraflures. Elle éclate en sanglots puis se blottit contre moi.

- Pardonnez-moi je ne sais pas ce qui m'est arrivé.

 
En fait elle le savait très bien, écoutez bien ce qu'elle m'a raconté.

- Lorsque j'avais une douzaine d'années j'ai subi de la part d'un religieux des agressions sexuelles pendant plusieurs mois, personne ne voulait me croire, mes parents même, trop bigots, n'ont rien fait pour me protéger, je ne leur ai jamais pardonné.
Cet enfoiré commençait toujours ses saloperies en me disant "si tu ne te laisses pas faire tu iras en enfer " il y avait bien longtemps que j'avais compris que l'enfer était sur terre. Ne pouvant compter sur personne pour me défendre un jour j'ai emmené un couteau avec moi et je l'ai poignardé. J'ai à moitié raté mon coup il n'est pas mort mais a écopé d'une semaine d'hôpital, pour tous ses paroissiens il avait été agressé par un voyou qui voulait lui voler son portefeuille.
Par la suite ayant pris mes parents en horreur je suis allée vivre chez ma tante. Depuis je vis une situation impossible presque schizophrène, je suis paradoxalement attirée par les hommes plus âgés que moi, ceux de mon âge ne m'intéressent pas mais dès que j'ai terminé je me dégoûte.
 Aujourd'hui tous les éléments rappelant mon histoire étaient réunis: la pénombre, la statue, la fraîcheur du lieu, les odeurs de la chapelle, vous avec votre chemise noire. Lorsque vous avez  prononcé le mot enfer j'ai eu un déclic, une voix dans ma tête s'est déchainée et m'a ordonné :

- C’est lui, c’est lui, c’est l’homme en noir, souviens-toi de ce qu'il t'a fait quand tu étais petite fille, tue le ! " Alors j'ai sorti mon couteau…

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Elle avoue ingénument entendre des voix et dit " alors j'ai sorti mon couteau" comme si c'était une conséquence normale de notre délire érotique, inespéré pour moi, dont elle assura pourtant la maîtrise d'œuvre. Je n'avais encore jamais rencontré un tel problème. Je savais les femmes compliquées et perverses mais celle-ci dépassait tout ce que je pouvais imaginer.

 

Elle a rajouté comme si rien ne s'était passé :

- Maintenant j'aimerais sortir d'ici j'ai un peu froid.

Nous nous sommes rhabillés, j'ai couvert ses épaules avec le coupe-vent qui ne quitte jamais mon sac à dos, elle m'a remercié d'un sourire, moyen de paiement que j'apprécie d'habitude mais là échaudé je craignais une arnaque.

Cinq minutes plus tard nous sommes repartis en longeant un moment le canal. Le cœur n'y était plus, je surveillais ses mains. Un peu plus loin elle s'est faite câline comme une petite fille, les femmes savent d'instinct dès la naissance que leur force provient principalement de cette impression de fragilité apparente  savamment étudiée derrière laquelle elles se dissimulent adroitement.

- J'aimerais vous demander quelque chose mais promettez moi d'abord que vous ne vous moquerez pas de moi.

- Promis.

- Sûr ?

- Promis juré, demandez moi ce que vous voulez.

- Racontez-moi une histoire.

- Pardon ?

- J'ai envie d'entendre une histoire de princesse, aucun homme ne m'a jamais raconté d'histoire. S'il vous plaît, vous avez promis.

 Elle veut me tuer, maintenant elle exige que je lui raconte une histoire de princesse, et quoi encore ! Par contre si je peux éviter de la contrarier, gagner du temps et la distraire de ses pulsions meurtrières le temps que nous retournions aux voitures… Tous les moyens sont bons aux médecins de l'âme.

En la guettant du coin de l'œil je dis : d'accord.
 
 
Jadis au lieu du jardin que voici
c'était la zone et tout ce qui s'ensuit
des masures, des taudis insolites
des ruines pas romaines pour un sou
quant à la faune habitant là-dessous
c'était la fine fleur, c'était l'élite.
 
La fine fleur l'élite du pavé
des besogneux des gueux des réprouvés
des mendiants rivalisant de tare
des chevaux de retour des propres à rien
ainsi qu'un croque-notes un musicien
une épave accrochée à sa guitare.
 
Adoptée par ce beau monde attendri
une petite fée avait fleuri
au milieu de toute cette bassesse
comme on l'avait trouvée près d'un ruisseau
abandonnée en un somptueux berceau
à toute hasard on l'appelait princesse
 
or un soir dieux du ciel protégez nous
princesse monte sur les genoux
du croque-notes et doucement soupire
en rougissant quand même un petit peu
"c'est toi que j'aime et si tu veux tu peux
 m'embrasser sur la bouche et même pire "
 
Dis donc princesse arrête un peu ton tir
je n'ai pas encore l'étoffe du satyre
tu as treize ans j'en ai trente qui sonnent
grosse différence et je ne suis pas chaud
pour tâter de la paille humide du cachot
" mais croque-notes je ne dirai rien à personne "
 

   Je m'interromps, sollicitant silencieusement un encouragement, je redoute toujours de lasser mes interlocuteurs avec ma culture d'un autre âge et ma mémoire encyclopédique.

- Qu'arrive t il après ?

 
 
 N'insiste pas fit - il d'un ton railleur
d'abord tu n'es pas mon genre et d'ailleurs
mon cœur est déjà pris par une grande
alors princesse est partie en courant
alors princesse est partie en pleurant
chagrine qu'on ait boudé son offrande.
 
Elle m'interrompt
 
Cette histoire est certainement écrite par un homme ? Une femme amoureuse se fout totalement de la différence d'âge, elle aime, un point c'est tout. Rien d'autre n'a d'importance.



   Je me tais un instant, réjoui par sa remarque. Elle demande.


- L'histoire est déjà finie?


- Non.
 
Il n'y a pas eu détournement de mineure
le croque-notes au matin de bonne heure
à l'anglaise a filé dans la charrette
des chiffonniers en grattant sa guitare
passant par là quelques vingt ans plus tard
il a le sentiment qu'il le regrette
 


    
Le silence qui suivit  me parut  chargé de menaces, j'avais toujours peur de dire ce qu'il ne fallait pas et de déclencher un drame. Heureusement elle fut enthousiaste:

- Merci d'avoir cédé à mon caprice, vous êtes adorable. Ce poème est extraordinaire, de qui est ce ?

- C'est un secret mais vous seriez surprise de connaître le nom de l'auteur, c'est sans doute un des plus talentueux du 20 e siècle.

- C'est vous !

- Non malheureusement, j'en écris aussi beaucoup, mais celui là non.

Avec Internet on ne peut plus tricher et s'attribuer la paternité de l'œuvre d'un autre, c'est bien regrettable.

  Nous avons rejoint les voitures je l'ai embrassée sur les deux joues, des lueurs que j'interprétai, peut-être à tort, comme menaçantes flottaient dans ses yeux.

Redoutant une nouvelle crise poliment je dis :

- Bon et bien au revoir ce fut un vrai bonheur.

-  Je ne veux pas que vous partiez, encore cinq minutes monsieur le bourreau.

Elle était cultivée, capable de citer les ultimes mots de la du Barry, dernière maîtresse de Louis XV, sur l'échafaud révolutionnaire. N'ayant nulle intention de lui couper le cou je réponds simplement:

- Il faut que j'y aille, on m'attend à la maison.

- On se rappelle ?

- Bien sûr.

Je suis  rentré chez moi en faisant lâchement mais prudemment  des détours de peur qu'elle ne me suive.
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Quinze jours plus tard je fis un test de dépistage du SIDA, tout était positif, ouf, non je plaisante rien à signaler. Pas même le moindre petit gonocoque susceptible de me conférer une chaude pelisse ou me mettre sur une chaude piste et me faire regretter ce tendre péché pour lequel je réclame votre indulgence, ayant succombé sous la contrainte ( oui, bon si on ne peut même plus être de mauvaise foi !)

 Eve me transmit donc uniquement de nombreux textos réclamant d'autres randonnées polissonnes et de nouvelles histoires de princesse.
Avant de  répondre je recherchai sur Google : meurtres non élucidés d'hommes âgés dans une église, j'en répertoriai deux sur les trois dernières années, ce qui me donna à réfléchir.

J'avais perdu ma vertu, épisodiquement  la tête mais ayant maintenant retrouvé toute ma raison, pas fou je consultai la seule autorité florale reconnue compétente en matière de prédiction et décision amoureuses :

J'effeuillai vingt fois la marguerite
elle tomba vingt fois sur " pas du tout"
notre petite idylle a fait faillite
il est des jours où Cupidon s'en fout.

 
 
Alors j'ai fait courageusement le mort.
 
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Vous ne saurez bien sûr  jamais si cette histoire est authentique, issue de mon imagination ou des profondeurs d'un rêve.
 Sachez seulement que je  me suis inspiré du personnage de la belle foldingue pour créer en partie l'héroïne de la trilogie d'Eden ( que je vous conseille de lire ).

Si vous allez aux bois conter fleurette, beaux galants  méfiez-vous des jolies femmes rencontrées, vous n'êtes pas à l'abri d'un coup de couteau, surtout si vous portez une chemise noire.

A tout hasard préparez aussi une histoire de princesse ...


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Cette histoire est extraite du livre :


 
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 Pour un exemplaire dédicacé, un contact ou accéder aux liens marchands :

 site web - http://serge.boudoux.fr

 

vendredi 25 mai 2018

Bonne fête maman !



Il est un âge dans la vie où la honte d'être vu en certaines circonstances pourrit notre existence et nous pousse aux pires extrémités.
Les plus belles victoires sont celles que l'on remporte sur soi-même. Une de nos plus importantes  conquêtes consiste à se libérer de la peur ou de l'influence  du regard des autres.

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Morestel ( Isère ) Janvier 1960.

L'hiver 1959-1960 n'était pas particulièrement froid, mais du 9 au 17 janvier 1960 la situation se dégrada brutalement. Les gelées puis la neige se généralisèrent à tout le pays, les températures atteignirent près de –20° en Lorraine et dans le Morvan, -18° à Limoges et –14° à Grenoble.

 Mon père étant interné dans un service psychiatrique je vivais une relation fusionnelle avec ma mère, petite femme amaigrie  par les privations mais si fière de son garçon de douze ans qui trustait tous les premiers prix au collège. Elle me disait souvent :

- Tu seras mon bâton de vieillesse.

Je dois avouer que la signification de cette phrase m'échappait un peu. Maintenant tout est clair, elle comptait sur ma future protection lorsque l'âge adulte me serait venu.

 Douze ans c'est le mauvais âge. Pas encore ado plus vraiment enfant, les premières montées d'hormones surprenaient et  torturaient mon corps de chenille qui deviendrait peut-être un jour papillon. Certaines raideurs inexplicables me gênaient souvent j'en rougissais, aujourd'hui elles font mon orgueil le mâle est vaniteux et veut toujours pisser plus loin que les autres.

  Sans ressources ( le RSA n'existait pas encore) nous survivions grâce à quelques allocations et secours humiliants, mais  ce jeudi là nous étions arrivés au bout de nos réserves du charbon qui alimentait la vieille cuisinière tiédissant le gite et réchauffant le couvert.

 Jeudi étant  jour de repos pour les écoliers à cette époque Maman emprunta une vielle charrette  à un voisin compatissant. Bien qu'ayant invoqué toutes les excuses possibles et imaginables pour échapper à la corvée récurrente et redoutée qui se profilait à l'horizon, vers 13h elle réussit à  me traîner avec elle  en direction de la forêt pour ramasser un maximum de ce bois mort qui nous assurerait quelques jours de survie supplémentaires.

La pauvrette souffrait du froid même en été, alors l'hiver....  Elle s'était emmitouflée  dans un ancien manteau troué et, comme une momie égyptienne,  entourée le visage d'un très vieux cache-nez en laine. Persuadée que tout le monde pâtissait de la même intempérie, sur son insistance pour la rassurer et lui faire plaisir je m'affublai d'un vieux passe-montagne d'enfant à oreilles de chat censé me protéger de la bise glaciale.

Nous voila partis.
 L'aller ne me posait jamais de problème, il suffisait de descendre la rue Blanche très pentue où l'on ne croisait presque jamais personne puis nous diriger  près de la propriété Revol pour ramasser le bois mort.

Par contre le retour  me terrorisait, il n'était pas question d'essayer de remonter  la rue Blanche ainsi chargés, les lois de la gravité sont implacables. Il nous fallait donc traverser toute la grand-rue du village jusqu'à la place Saint Symphorien avant de grimper la rue Auguste Ravier, chemin beaucoup plus long mais infiniment moins pénible.

 Le problème pour moi se situait justement sur cette place Saint Symphorien, carrefour de toutes mes angoisses.

Là se situait l'animation du village : cafés, boulangerie, banque, arrêt de cars.
Ici se tenaient en embuscade chaque jeudi à 16 h mes copains de classe en goguette guettant les internes féminines de l'école catholique se promenant ce jour béni en rangs serrés, surveillées par  quelques institutrices, vieilles filles intraitables confisquant  les billets doux échangés entre leurs protégées et les suppôts de Satan fréquentant l'école communale rebaptisée école du diable.

 Les jeunes demoiselles faisaient quelque effort de toilette pour l'occasion. Parées de leurs plus beaux atours elles parlaient et riaient fort, gloussant  tels des volatiles déchaînés à la vue des séduisants Bad boys.

L'une d'elles, la jolie et timide Anne-Marie me plaisait particulièrement.

 Je l'avais remarqué au catéchisme, interface et lieu de rencontre entre monde religieux et univers laïc.

 De moins en moins croyants mais toutefois soucieux  de ne pas indisposer un hypothétique créateur bougon comptable de nos manquements, à tout hasard nous faisions notre communion solennelle puis la confirmation, cérémonie pendant laquelle l'évêque nous  sommait gravement de renoncer au démon et à ses pompes.

 Je ne comprenais pas trop ce que les appareils destinés à faire circuler un fluide avaient à voir avec le Diable jusqu'au jour où je découvris, en creusant un peu le sujet, que ce mot dérivé du grec Pompé et du latin Pompa,  signifiait escorte, cortège
 Il me fallait donc renoncer à Satan et à tous ses accompagnateurs qui ne manqueraient pas de m'induire en tentation, étalant devant mes yeux éblouis les mille vanités et  plaisirs du monde.
 Justement, le Malin avait déjà infiltré  des disciples  chez l' ennemi :

Un confesseur épisodique insistant lourdement pour savoir si je me touchais souvent la zigounette je me demandais s'il avait vraiment renoncé à la tentation de me la toucher lui-même. N'ayant aucune envie d'avoir la réponse et déjà farouchement hétéro je décidai dorénavant de me passer  du coup d'éponge absoluteur et post-confessionnel  censé nettoyer mon âme de toute pollution.

 Revenons à Anne-Marie. Nous avions déjà échangé des regards  et je lui avais écrit quelques alexandrins auxquels elle n'avait pas répondu :

Il y a de ces soirs où les fleurs ont une âme

Une âme merveilleuse car une âme de femme

Mais jamais une fleur sous un ciel étoilé

N'aura l'âme aussi douce que ton âme adorée.

 A douze ans on croit encore que les femmes sont douces…

 Mon petit talent de rimailleur était très utilisé en sous-traitance par mes copains. Se servant de moi comme écrivain publique ils troquaient quatre vers promptement troussés contre quatre jolies billes en verre ou la moitié d'un goûter.

 Combien de mes quatrains ont enflammé le cœur de belles qui n'ont jamais su d'où provenaient ces mots enchanteurs mais devaient remâcher leur déception face à leur poète supposé ne sachant pas prononcer deux phrases correctes en direct live  devant elles ?

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Einstein avait déjà démontré que l'univers ne comportait pas trois dimensions mais quatre, la quatrième étant le temps ! ( " étant le temps " formulation amusante ). 

Moi, plus modestement, j'avais beau calculer plusieurs fois dans ma tête le résultat était toujours le même, terrifiant :

Que j'accélère ou diminue le pas, la distance à parcourir divisée par notre allure me donnait toujours le même résultat, nous arriverions peu ou prou sur la place à 16 h, heure fatidique de la rencontre de tout ce beau monde.

Essayez d'imaginer l'horreur de cette synchronisation implacable qui allait démolir  inexorablement mon image  aux yeux de  tous et anéantir tout espoir de séduire Anne-Marie !
Vous rendez-vous compte ? J'allais traverser cette place au vu et su de mes copains et des filles de l'école libre,  poussant une charrette remplie de bois mort en compagnie d'une mère ressemblant à une vieille momie égyptienne, ma tête surmontée d'un passe-montagne d'enfant avec des oreilles de chat qu'elle m'interdisait d'enlever.

 Regardez-les passer, eux ce sont les sauvages. Si le ridicule tuait j'étais mort. La honte !

- Ma vie est fichue, pensais-je certain de ne jamais me remettre d'une telle humiliation.

 Nous avancions, malgré le froid la transpiration coulait dans mon dos, le visage fatigué de ma mère se creusait sous l'effort.
Un dernier virage et nous arrivions  au carrefour redouté.

La situation était pire que ce que j'avais imaginé : Le cortège féminin arrivait juste à l'instant,  tous mes potes commencèrent à manifester leur admiration par moult sifflets, hurlements, cris d'animaux et de plus au même moment un car déversait sa cargaison humaine, la totale ! Il me sembla qu'Anne-Marie ne me quittait pas des yeux, moqueuse et dédaigneuse, cauchemar ou réalité ?

 C'en était trop, malgré ses cris désespérés j'abandonnai lâchement ma mère et la charrette qui se coucha sur le côté en répandant  son chargement de bois en plein milieu de la route, interrompant la circulation, puis me réfugiai pathétique et en pleurs dans un petit espace entre deux vieux immeubles, cherchant un trou de souris pour m'y glisser.

 Honteux d'avoir été vu dans cet équipage mais surtout désespéré de cette infamie incontrôlable : abandonner lâchement ma pauvre mère qui se battait quotidiennement pour que je ne manque de rien, j'aurais voulu mourir.

 Quelques copains charitables relevèrent  la charrette, ramassèrent le bois mort et portèrent assistance à ma mère.

Piteux  je la rejoignis un peu plus tard. L'expression de son visage douloureux, celui de Marie au pied de la croix, est gravée à jamais dans ma mémoire.

Elle me dit simplement :

- Je n'avais jamais eu l'impression d'être une merde, maintenant c'est fait.
Les larmes coulaient doucement de ses yeux, elle rajouta:
- Et il a fallu que cela vienne de toi, toi que j'aime plus que tout au monde !

 Cinquante ans plus tard je repense souvent à cet épisode monstrueux de ma vie méritant tous ces qualificatifs applicables à mon comportement : traîtrise, ignominie, vilénie, bassesse, lâcheté, indignité, abjection.

 Quelqu'un s'est-il déjà demandé si Marie avait pardonné à son Jésus bien-aimé les douleurs occasionnées par  son sacrifice ?
Maman  m'a-t-elle vraiment absous d'avoir eu honte d'elle ?
Sûrement, les mères pardonnent tout !

 Si l'on  pouvait revenir en arrière et remonter le temps, orgueilleusement je  pousserais la charrette de bois mort à ses côtés, l'entourant de mon affection tel un chevalier protégeant sa belle.  Nos deux têtes bien droites nous aurions proclamé ainsi à la face du monde notre amour  indéfectible et porté comme un étendard notre fierté de nous battre pour vaincre la misère.

Ainsi unis nous aurions dit merde au monde entier !

 Aimez, gâtez, protégez votre mère au temps heureux de sa présence sur terre sans vous préoccuper du regard des autres, après sa mort les regrets ne serviront à rien.

 Maman pardonne-moi, j'ai tellement honte d'avoir eu honte de toi !

Maman là dans mon cœur est un livre suprême

Ta vie est dans ce livre je l'espérais très long

Sur des milliers de pages j'aurais écrit " je t'aime"

La mort m'a devancé en inscrivant son nom.

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 Où que tu sois maintenant : Bonne fête maman !

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  • Cette histoire, lue par 1 259  personnes, est tirée de mon prochain livre :

 

    Des monstres ordinaires

   et
 autres histoires extraordinaires

 Visitez mon site Web : http://serge.boudoux.fr

mercredi 9 mai 2018

Histoires décapantes : parution n° 9 par Serge Boudoux




 

Qu'as-tu fait de mes rêves ?
  
 
 

Un craquement de branche sèche, le sifflement d'une respiration, j'entrouvre mes paupières et  l'aperçois…


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Aujourd'hui c'est " relâche " comme on dit dans le monde du théâtre.

Un peu saturé de toutes mes marches je vais faire le minimum, deux ou trois kilomètres de décrassage et basta ! Je gare mon auto près du stade du défens, siffle Happy que vous connaissez déjà et en route !

Je ne tourne pas comme d'habitude après la citerne mais continue tout droit. Après quelques centaines de mètres un panneau enjoint aux promeneurs de rester sur le sentier et de ne pas s'approcher des ancêtres feuillus. L'interdiction me fait l'effet inverse du résultat escompté, en bon français râleur et indiscipliné je m'empresse de sortir du chemin et  m'assois au pied  du plus imposant des monstrueux géants verts.

jeudi 3 mai 2018

Les saints ont le sens de l'humour, enfin je l'espère



La grotte miraculeuse



Je vais encore me faire des copains, surtout des copines.

 D'aucuns et certaines n'aiment pas que l'on se moque des choses de la religion, des gens bien placés à la droite du Père pourraient se fâcher, il faut se méfier !

On prête beaucoup de mérites à notre créateur hormis celui du sens de l'humour, pourtant le seul fait d'avoir donné vie aux humains, surtout à ceux censés le représenter sur notre terre, témoigne de sa part d'une solide aptitude à la dérision !


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Les journaux m'apprennent que la fréquentation de la grotte de Lourdes est en baisse de   24 %, les marchands du temple sont obligés de brader leurs images pieuses, bouteilles d'eau miraculeuse, médailles mariales, vierge dans la boule de neige etc…

 Vous allez comprendre pourquoi je vous parle de cela.

En 1980, lors de la dernière grossesse de ma femme, à l'occasion d'une prise de sang les médecins se rendirent compte qu'elle présentait un taux élevé d'anticorps contre la toxoplasmose, sans pouvoir discerner s'il s'agissait d'une ancienne maladie passée inaperçue ou d'une infection en cours de développement.

 Il nous fut signalé que dans cette seconde hypothèse le bébé attendu pouvait à sa naissance présenter des handicaps graves : cécité, hydrocéphalie ou pire, devenir plus tard agent immobilier, assureur ou informaticien.

La situation étant préoccupante on nous conseilla d'interrompre le développement du futur monstre pendant qu'il était encore temps.

Après mûres réflexions et comptant sur l'aide de Saint Antoine de Padoue et de la vierge Marie dûment sollicités nous décidâmes de conserver l'enfant.

Il faut reconnaître que nous avions mis le paquet pour obtenir l'aide céleste, Antoine et Marie reçurent de notre part la garantie que nous leur ferions brûler un cierge gros comme mon bras musclé.

 Appâtés par le gain ils voulurent bien intervenir. Un fils beau comme un dieu, j'allais dire comme son père, nous naquit, malheureusement les médecins ne s'étaient pas trompés il avait un handicap, il devint informaticien.

 Quinze ans plus tard, étant rappelés à l'ordre par quelques rêves prémonitoires et comminatoires remémorant la fameuse promesse nous nous sommes enfin décidés à payer cette dette. Les saints ne sont pas pressés, ils ont l'éternité devant eux mais il faut bien admettre qu'ils sont tout de même près de leurs cierges dont ils tiennent une comptabilité méticuleuse.


Ayant appris que la ville de  Lourdes comptait, outre celle de la vierge, de très belles statues de Saint Antoine, notre sens pratique nous porta à faire deux dévotions d'un coup et nous voici en route pour la petite ville pyrénéenne.

Arrivés là, une chandelle épaisse comme trois fois mon pouce fut allumée devant chaque statue en signe de reconnaissance et, déshydraté par le voyage, je bus un grand verre d'eau miraculeuse.

Je ne sais pas si c'est la grosseur un peu décevante des bougies qui  indisposa les sphères célestes, Notre Dame de la chapelle Saint Saturnin qui fut fâchée de nous voir porter notre reconnaissance aux pieds de sculptures concurrentes ou l'eau qui était chargée en bactéries surnaturelles, le fait est que j'eus pendant cinq jours une gastro carabinée, de celle qui compte dans la vie d'un homme.

Je pensais naïvement que la rancune était un défaut réservé aux mortels, il faut croire que non, les saints eux-mêmes ont leurs humeurs et des ressentiments. J'aurais bien dû me douter qu'on ne dupe pas Saint Antoine de Padoue comme certains ministres trompent le service des impôts en prétendant souffrir de phobie administrative.

Moi il ne faut pas me chercher, je ne vais pas laisser les saints faire la loi ici-bas, chacun doit rester sur son territoire comme disent les mafieux dans les films sinon c'est le bazar. De retour à la maison et guéri de ma tourista je décidai d'organiser une contre-attaque vengeresse dans le domaine que j'affectionne, la communication statistique :

Comptons ensemble : 

La grotte de Lourdes, lieu de pèlerinage incontournable mondialement réputé est ouvert aux fidèles depuis 1864.

 Le total cumulé des pèlerins s'étant rendus sur les lieux en 150 ans est proche de          320 000 000 ( trois cent vingt millions) six millions pour la seule année 2012 .

Les gestionnaires du site admettent généralement que seuls 1 % des pèlerins sont des malades ou des invalides, la ville aurait donc reçu trois millions deux cent mille patients venus chercher là une solution définitive à leurs maux.

Et là je pose la question qui fait mal, combien de guérisons miraculeuses authentifiées depuis 1864?

- 70 .

 soit 0.002 %

Le vrai miracle est donc là devant nos yeux, il est miraculeux qu'il n'y ait pas eu plus de guérisons.

N'importe quel hôpital ayant de tels résultats aurait fermé depuis longtemps, hé hé !


J'espère que Saint Antoine de Padoue et Marie ont le sens de l'humour !

Si je n'ai pas d'autres gastros dans les dix prochaines années je promets de leur faire brûler un cierge, cette fois il sera vraiment gros comme mon bras, surtout qu'il est beaucoup moins musclé

 J'en allumerai même un aux pieds de Saint Jacques, celui de Compostelle, bien que couverte d'or comme l'est sa statue il n'en soit plus à une bougie près.


Au diable l'avarice, on ne mégote pas avec sa santé !



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Cette histoire, lue par 2 411 personnes sur ce blog est extraite du livre :



Pour un exemplaire dédicacé, un contact ou accéder aux liens d'achat :

 site web - http://serge.boudoux.fr