jeudi 18 juillet 2019

Monstres Ordinaires : Histoire n° 6



Le complot français

Savez-vous que vous êtes complice d'une conjuration ?


Vous ne me croyez pas ? Suivez mes réflexions : 
 16 décembre 1997. 5 membres du PS (parti de gauche) sont condamnés pour divers délits financiers touchant des détournements de fonds publiques. La Gauche dénonce un complot ourdi par la droite.
15 décembre 2011. Jacques Chirac (droite) est condamné à deux ans de prison avec sursis pour détournement de fonds public et abus de confiance. La gauche est soupçonnée de manigances.
2014. Affaire Bygmalion. Le 16 février 2016 Nicolas Sarkozy (droite) est mis en examen pour financement illégal de campagne électorale. Il est scandalisé et crie « au complot »
2017. La campagne présidentielle est polluée par « les affaires » de Monsieur Fillon (droite) et de Madame Le Pen (droite de la droite). Offensés d’avoir été découverts ils crient « au complot ».
Juin 2017. La justice enquête sur des emplois fictifs au MODEM (centre). François Bayrou crie « à la machination » 
Octobre 2018. Jean Luc Mélenchon (gauche de la gauche), hystérique, s’oppose à une perquisition dans le cadre de deux enquêtes sur des emplois présumés fictifs et sur ses comptes de campagne présidentielle. Il est choqué et crie « au complot » en accusant nommément  Emmanuel Macron.
Etc…

 Les hommes politiques trouvent scandaleux que les lois votées par leurs assemblées s’appliquent à tous (donc à eux-mêmes, quelle horreur).
Tous ces gens jouent avec notre argent et ont le culot de nous prendre à témoin de leur indignation d’avoir été démasqués, nous mettant dans la même situation que l’amant d’une femme demandant au mari trompé de le défendre contre les mauvaises langues l’ayant vu sortir de son appartement à moitié nu.
 Ils feignent d’ignorer la réalité de la séparation des pouvoirs nous prenant ainsi pour des demeurés, se prétendent victimes et comme Guillot criait « au loup » dans la fable de La Fontaine, lorsque la justice leur fait l’affront de demander des comptes ils crient « au complot ».
 Ce mot revenant sans cesse dans la bouche de la majorité des gens, j'ai donc fait des recherches pour essayer de donner une explication susceptible d'éclairer ce concept à géométrie variable derrière lequel tous se cachent, voici mes réflexions.

Complot.

  Définitions :

1/ Appelé aussi cabinet noir, justice politique ou vérité alternative.
 Excuse utilisée en dernier recours par tout homme politique français pris la main dans le sac. Eléments de langage communément employés suite à la découverte d'une malversation :
- « Je suis victime d'un complot ». Variante : « je suis l’objet d’une machination ».
 Les enquêtes touchant tous les partis, de la gauche de la gauche à la droite de la droite en passant par le centre il n’y a, me semble-t-il, que deux hypothèses crédibles :
- soit une entité ésotérique sectaire et mystérieuse, nommée le complot, veut la peau de tous nos élus pour en faire une collection. Curieuse idée !
- soit une justice indépendante, conforme à l’esprit des lois de Montesquieu ayant préconisé dans sa grande sagesse une séparation des pouvoirs, fait son travail et sanctionne les abus.
Je vous laisse choisir l’explication qui vous semble la meilleure.

2/ Théorie imbécile expliquant que des sociétés secrètes manipulent notre destin individuel ou collectif par la désinformation voire le mensonge. Ce concept commode permet d'expliquer tous les échecs de l'existence et exonère les perdants de la vie de toute responsabilité personnelle.
 Selon cette doctrine, Auschwitz était une aimable colonie de vacances, les Américains ne sont pas allés sur la lune, les avions du 11 septembre 2001 n'ont pas fait tomber les Twin Towers, les pyramides furent construites par des extraterrestres, Elvis Presley et Michael Jackson sont toujours vivants, les attentats islamistes sont fomentés par le gouvernement et les services secrets, etc…  Tous ceux qui pensent le contraire font partie d'un vaste dessein à la finalité obscure, c'est Le Complot !

Albert Einstein avait une idée forte parfaitement applicable à ces élucubrations : « Deux choses sont infinies, l'univers et la bêtise humaine mais en ce qui concerne l'univers je n'en n'ai pas encore acquis la certitude absolue. » 
Sacré Albert ! Toujours le mot juste et la formule assassine, mais il n'avait pas forcément raison, les complots existent réellement, je vous le garantis. J'en ai découvert un tout à fait extraordinaire mais il n'est pas là où on pourrait s'attendre à le trouver.

 La plus grande conjuration de ces trente dernières années va maintenant vous être révélée, elle est pourtant passée inaperçue c'est dire si elle est habile, les victimes n'ont rien vu., et nous en sommes tous complices !

Première phase :
Les Français (les méchants) portent au pouvoir leur victime (le gentil), femme ou homme politique se croyant providentiel et disant ce qu'ils ont envie d'entendre, à savoir :
- Dormez en paix, demain c'est moi qui réglerai tous vos problèmes.
Le jeu cruel consiste ensuite à l'élire pour cinq ans et lui pourrir la vie après les 100 premiers jours appelés " état de grâce " dès que, confronter aux évidences (la réalité est têtue, la gueuse) il est bien obligé de faire le contraire de ce qu'il a promis et que préconisaient d'ailleurs les courageux qui, eux n'ont pas été élus puisqu'ils ne promettaient rien. Vous avez suivi ?

Deuxième phase du complot :

 Les Français, taquins, adorent les slogans du type :   
                
- Le changement c'est maintenant,
- Le président du vrai changement,
- La relève, le changement,
- Le changement sans risque,
- Le renouveau c'est Bruno …

pour persuader leur victime qu'ils attendent impatiemment des réformes puis, schizophrènes descendent dans la rue pour s'opposer à toute modification et adaptation au monde qui les entourent.

Troisième malice : Les Français étant donc prompts à se contredire eux-mêmes, leur cerveau droit est hostile aux immigrés et pousse à voter pour ceux qui promettent de les renvoyer chez eux, mais leur cerveau gauche commande de faire obstacle aux forces de l'ordre quand elles font ce qu'ils demandent.
 Voyez par exemple en 2013 l'affaire Léonarda. Reconduite avec sa famille en toute légalité dans son Kosovo natal des manifestations de lycéens se déroulèrent immédiatement pour réclamer son retour en France, à l'appel de la Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDL) une cinquantaine de lycées furent bloqués et 7 000 manifestants défilèrent selon la FIDL fière de l'exploit. 
En parlant de renvoyer les étrangers chez eux je vous fais remarquer au passage que ma grand-mère était italienne, les aïeux de mon épouse vinrent d’Espagne fertiliser par leur sueur l’Algérie territoire Français à l’époque, mon ophtalmo s'appelle Mohamed, des chirurgiens de Mougins se prénomment Tarik, Pouya ou Dung N'Guyen et je n'aimerais pas qu'on les renvoie chez eux ils ne tuent pas plus de patients que Pierre ou Paul.

Sacrés Français comploteurs, ils ont bien monté leur coup, la prochaine victime aveuglée par ses espérances de prise de pouvoir s'obstine à croire qu'elle peut les gouverner.
Quand un politique promet la lune il ne regarde que l'Elysée. (Le proverbe original étant : quand on montre la lune à un imbécile il ne regarde que le doigt)

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Tant qu'à rigoler, rigolons, mais sans moquerie aucune, ce n'est pas le style de la maison.
Dans le casting des candidats à la dernière élection présidentielle (à part notre jeune président, nouvelle victime du complot, soupçonné par des forcenés d'armer le bras des terroristes ou de bouter le feu à la cathédrale pour détourner l'attention, martyr masochiste dont nous aurons sans doute l'occasion de nous gausser plus tard abondamment) nous avons eu :

- Une professeure d'économie qui aurait pu en faire une (économie), celle de ne pas se présenter, cela lui aurait évité de débiter des âneries que même Georges Marchais dans les années 70 n'osait pas proférer, ce qui est quand même un signe ! Si vous êtes parents d’étudiant apprenant la finance grâce à elle je plains votre progéniture, prévoyez des cours de soutien !

- Un trotskiste bon teint réclamant le désarmement de la police afin que les casseurs et les Djihadistes puissent ne pas être gênés dans leurs actions. Pour les plus jeunes je rappelle que Léon Trotski fut contraint par ses amis (sans doute peu séduits par ses idées) d'émigrer au Mexique où il fut rejoint par d'autres bons copains qui l'envoyèrent rejoindre Lénine Ad Patres d'un coup de pic à glace dans sa grosse tête bolchevique.
J'imagine que ce brave trotskiste serait le premier à chercher du réconfort chez les flics honnis s'il se faisait voler son vélo.

- Un bonimenteur talentueux conseillant à ses insoumis de ne pas écouter les bonimenteurs. Boniment est un nom masculin du 18e siècle caractérisant un propos dont l'objectif est de plaire, convaincre, séduire et faire baisser la vigilance.
J'ai vérifié aussi la définition du mot insoumis. Contrairement à ce que je croyais, insoumis n’est pas vraiment le contraire de soumis (docile, respectueux), il signifie : déserteur, désobéissant, dissident, infernal, rebelle, réfractaire etc… loin de moi l'idée d'insulter qui que ce soit, je cite uniquement le dictionnaire. 
Ayant d'autre part appris que le bateleur en question avait pour maîtres à penser l'aimable démocrate Fidel Castro ainsi que Hugo Chavez et Nicolas Maduro, grands économistes ayant réussi, non sans peine, à ruiner leur pays (le Venezuela) malgré ses énormes richesses naturelles, j'ai donc suivi ses conseils et changé de chaîne à chacune de ses apparitions.

- Un candidat de droite, gai comme un croque-mort apprenant qu'il n'aura pas son 13e mois, appliquant la règle " faites ce que je dis mais pas ce que je fais " devant ses amis éberlués, prétendant contre toute évidence ressembler à Monsieur Propre avant d'être pris la main dans le sac et demandant à sa fille de lui rembourser les frais engagés lors de son mariage.
Alors là chapeau, moi je n'y avais pas pensé, c'est lui qui aurait dû être prof d'économie                               (sordide.)

- Un candidat socialiste charismatique comme une huître et ayant la même profondeur de vue que le bivalve, disposé à dépenser sans compter de l'argent que nous n'avons pas. Les générations suivantes apprécieront sans doute de rembourser les dettes laissées par leurs ascendants capricieux et irresponsables.

- Une candidate de droite, pas extrême mais presque, appelant les patriotes à la rejoindre délivrant ainsi un message subliminal suggérant que les autres ne le sont pas (patriotes), voyant des immigrés partout et proposant de revenir "au bon vieux temps du Franc". J'en viens moi de ce vieux temps pas si bon que ça et n'ai aucune envie d'y retourner…

Je me suis fait sans doute des copains. Que les candidats non cités me haïssent quand même à tout hasard, je parlerai d'eux une prochaine fois.
Qu'il me soit permis, avant de recevoir une avalanche d'injures provenant de tous bords, de préciser que tous ces candidats ont un point commun :
  Ils croient régler nos problèmes compliqués avec des solutions simples voire simplistes du type : ya qu'à, faut qu'on. Ils ont tous envie de ressusciter la lutte des classes qui semblait disparue dans les oubliettes de l'histoire.

 Au 20e siècle certains régimes ont appliqué également des solutions rudimentaires, elles furent catastrophiques. L'échec ne pouvant évidemment pas venir de leurs idées on trouva quelques responsables :
- Les juifs. On commence toujours par accuser les hébreux de tous les maux de la terre, c'est un peu normal ils ont inventé le concept du bouc émissaire.
- Les bourgeois,
- Les intellectuels,
- Les journalistes,
- Les riches,
- Les pauvres,
- Les syndicalistes,
- Les paysans.
- Les artisans
- Les commerçants
 Malheureusement on n'avait plus de Templiers sous la main, Philippe le Bel étant passé par là bien avant nous.

Je souhaite bonne chance à notre nouveau président, sa réussite serait la nôtre, pour lui le plus dur est fait, le plus difficile reste à faire,
Je me permets de rappeler la phrase de Kennedy :
 Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays.
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 Le président nouvellement élu ayant tout juste pris ses fonctions, avant toute décision de sa part certains appelèrent à tout hasard et immédiatement à descendre dans la rue, démontrant ainsi la justesse de cette analyse.

 Quelques jours plus tard je fus sidéré de constater que des ministres furent poussés vers la sortie pour des actes légaux mais pas moraux ?!
Si j'ai bien tout compris il est interdit de faire des choses autorisées sous prétexte que la morale réprouve ce que la loi approuve, bon alors que fais-je si m’arrêtant à un feu rouge quelqu’un trouve cela immoral ?  Ne cherchez pas c'est nouveau, ça vient de sortir. 

Depuis, chaque samedi, on pille allègrement les villes sans plus trop savoir pourquoi, sans doute par jeu ( ne riez pas c'est vous qui payez), les politiques sont condamnés, non par la justice comme l'ont été ceux dont nous parlions au début, mais par un simple article de journalistes qui font, défont les réputations et ne s'excusent pas lorsqu'ils se sont trompés.
 Aujourd'hui on ne demande plus à un ministre d'être compétent, mais d'être pauvre, de rouler dans une voiture d'occasion pourrie et de manger des sandwichs. Il me semble, mais je me fourvoie peut-être, qu'il serait préférable que le pays soit managé par un vrai homme d'état, même s'il a quelques défauts et petites faiblesses, plutôt que poussé vers le déclin par un incompétent vertueux. 

La loi est rigide la morale sera élastique, et comme chacun juge avec sa propre conception du bien et du mal on va bien rigoler, mais à force de chercher la vertu absolue sur la tête de nos dirigeants nous risquons de la trouver et personne ne va plus s'amuser.

 Robespierre (ce nom vous évoque quelque chose ?) personnage vertueux concentra entre ses mains tous les pouvoirs. Tout homme ayant du pouvoir étant porté à en abuser il dirigea le pays à sa guise en n’écoutant que sa vertu.
 Celle-ci lui conseilla un aimable premier ministre : la Terreur (40 000 morts) qui accoucha de Bonaparte qui devint Napoléon (4 000 000 de morts), l’homme qui demandait à un ambassadeur russe si son maître le Tsar avait comme lui 6 000 hommes à dépenser par jour !

je viens de relire la fable : Les grenouilles qui demandent un roi.

 Vous devriez la lire à votre tour.





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Une autre histoire la semaine prochaine ? Rendez-vous ici même !


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mercredi 10 juillet 2019

Monstres ordinaires : Histoire n° 5



Les idéologies en " isme " :


Le diable en rit encore...mais dégoûté  il rit jaune




Massieu (Ain) 1980.

Âgé de 32 ans je vends des maisons individuelles et les affaires marchent très bien.            
 A cette époque, les commerciaux payés à la commission travaillaient tous les jours surtout le dimanche et les jours fériés. Les trente - cinq heures, dont heureusement personne ne parlait, nous auraient paru être une fâcheuse utopie, castratrice de nos revenus confortables mais aléatoires car dus uniquement à nos mérites et nos résultats.
   Dimanche 11 mai, un couple de retraités entre dans mon pavillon exposition. La femme, sans grand attrait si ce n'est un doux regard qui pétille, tient par la main un grand gaillard au visage marqué et très ridé surmonté d'une tignasse fournie et neigeuse. Une vilaine cicatrice barre son arcade sourcilière gauche.
Nous avons rapidement sympathisé et au terme d'une recherche rapide mais efficace j'ai trouvé le terrain idéal pour eux sur lequel nous construirons la petite maison de leurs rêves.
Élaboration et modification des plans, demande de permis de construire, montage du dossier financier, les rendez-vous se succèdent, des liens se créent entre nous. Nous finissons par nous appeler par nos prénoms, sans toutefois aller jusqu'au tutoiement. Le mari se prénomme André, l'épouse Monique.
André a parfois un comportement bizarre, à certains moments, sans raison apparente il tremble et gémit en rentrant la tête entre ses larges épaules comme un enfant qui craindrait un père brutal, sa femme prend alors gentiment sa main entre les siennes et lui dit :
- Tout va bien André, je suis là.
Il serre son grand corps contre elle, quêtant manifestement une sécurité et la douce chaleur de sa tendre épouse, puis il se calme et nous reprenons nos discussions.
Sans comprendre l'origine de son désarroi, attendri devant une telle manifestation d'amour réciproque j'attends silencieusement et affectueusement la fin de la crise en feignant de ne rien voir et de ranger des papiers. Comment ne pas être admiratif devant ces couples qui savent vieillir ensemble en s'acceptant et se soutenant dans le pire après avoir profité du meilleur ?
J'arrive un jour chez eux avec un peu d'avance à un rendez-vous. Monique est seule, me servant un café et guettant mes réactions du coin de l'œil elle dit :
- Vous êtes surpris me semble-t-il de certains comportements de mon mari ?
- Oui, j'avoue.
- J'apprécie votre patience et votre discrétion, alors si vous le voulez je vais vous raconter ce qui lui est arrivé et l'a perturbé à un tel point.
- Je ne voudrais pas être importun.
- C'est moi qui vous le propose, cela me fera du bien, personne n'est au courant de cette histoire qui me pèse.
Voilà : en 1944 il avait 18 ans, étant d'origine juive il fut arrêté et déporté à Auschwitz. Comme il était jeune et fort il eut la " chance " d'être affecté à un des Sonderkommandos ou Arbeitsjuden qui étaient des unités de travail dans les camps d'extermination, composées de prisonniers,  juifs dans leur très grande majorité.
 Forcés de participer au processus de la solution finale ils sortaient les corps des chambres à gaz, rasaient les cheveux des femmes, extrayaient les dents en or des bouches des cadavres avant de les brûler dans les fours crématoires.
Les Arbeitsjuden étaient régulièrement exécutés, ayant vu beaucoup trop de choses ils devaient absolument être éliminés. Lors de l'avancée de l'armée rouge il fut un des rares qui, profitant de la panique des SS, arriva à se glisser dans les rangs des prisonniers " normaux ".
Auschwitz étant en Pologne les détenus furent évacués vers l'Allemagne pour travailler comme esclaves. Ils marchèrent d’abord 70 kms, souvent  pieds nus dans la neige par un froid glacial, je crois qu'on appela leur calvaire " les marches de la mort ".
Ils furent ensuite emmenés en camions en direction du camp de Bergen-Belsen sans nourriture et sans eau. Après deux jours d'avance incertaine entrecoupée d’arrêts interminables ils furent autorisés à sortir des camions quelques minutes, alignés avec interdiction de bouger.
Affamés et surtout assoiffés, certains dont André se jetèrent au sol pour avaler de la neige et quelques touffes d'herbe.
En représailles de leur désobéissance le gardien SS tira une balle dans la tête de chaque prisonnier sorti de l'alignement. Quand il posa le canon de son revolver sur la tempe d'André et appuya sur la gâchette, rien ne se passa, l'arme était vide. Le SS lui asséna un coup de crosse qui lui ouvrit l'arcade sourcilière et fit remonter tout le monde dans le camion.
Je vous épargne la suite, vous ne me croiriez pas. Que des hommes puissent être à ce point inhumains, le diable en rit encore…jaune, malade de jalousie, conscient d'être un petit joueur ! Doté d'une vitalité exceptionnelle André a survécu à tout, apparemment intact physiquement mais démoli psychiquement.
En rougissant un peu elle a poursuivi :
- Il a trop souffert, complètement bloqué il n'est plus tout à fait un homme vous me comprenez ? mais je l'aime comme il est. Presque chaque nuit depuis près de quarante ans il se réveille en hurlant, je suis la seule à pouvoir le rassurer. Parfois dans la journée ses angoisses surgissent, alors je lui prends la main et il se serre contre moi. Je suis tout pour lui je crois, sa femme, son amie, sa mère, son refuge, moi je le câline comme le bébé que je n'ai pas eu…

 André est arrivé, a posé une baguette de pain sur la table, s'est assis à côté de sa Monique héroïque, aimante, fidèle et dévouée. Ils ont regardé et signé les calques des plans de leur futur nid douillet où ils pourraient se reposer enfin, loin de la méchanceté des hommes.
J'avais les larmes aux yeux.


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1984
 Par suite d'un concours de circonstances (remporté haut la main) je me suis retrouvé actionnaire d'une société anonyme et associé avec un sexagénaire très distingué. Par une coïncidence extraordinaire il se prénommait également André.
Nous nous entendions à merveille mais un détail dans son comportement me paraissait curieux, à certains moments il fuyait ostensiblement mon regard et fixait obstinément la pointe de ses chaussures.
Très impressionné par son élégance, sa classe naturelle, son expérience de la vie et un air de mystère flottant autour de lui je n'osais l'interroger sur la signification de cette bizarrerie et puis un jour, le connaissant mieux, la curiosité fut la plus forte. Avec moultes précautions oratoires, en le priant de m'excuser de mon outrecuidance je lui demandai l'autorisation de poser une question indiscrète, vous savez laquelle.
L'autorisation fut accordée.
Voici sa réponse :
- En octobre 1944, j'avais 17 ans, je fus arrêté à Lyon par la police française pour des faits de résistance, remis à la Gestapo, torturé puis déporté vers le camp de Buchenwald.
 En février 1945 je fus transféré dans les souterrains de Dora pour travailler à la construction des V2.
Vous avez entendu parler de l'enfer de Dante ? Dora était le tout dernier cercle de l'enfer, l'espérance moyenne de vie ici ne dépassait pas six mois, même Satan n'aurait pas osé se comporter comme les nazis l'ont fait.
Pour répondre à votre interrogation, comme pour eux nous n'étions pas des hommes il nous était rigoureusement interdit de croiser le regard d'un SS sous peine de la plus abominable mise à mort immédiate, souvent à coups de pelle. Nous ne pouvions marcher que les yeux baissés. A la libération du camp en avril 1945 je pesais moins de 40 kg. Près de 40 ans plus tard j'ai toujours le réflexe de baisser les yeux en certaines circonstances. Je n'avais jamais raconté cette atrocité à personne, on ne m'aurait pas cru, aujourd'hui certains salopards nient même le fait qu'une telle horreur ait pu exister.
Il s'est redressé, m'a regardé droit dans les yeux, son regard était insoutenable, j'ai baissé la tête et regardé mes chaussures.
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Plus tard j'ai fait des investigations complémentaires sur cette période et découvert l'inimaginable.
 Le nazisme fut l'aberration la plus inhumaine de tous les temps, le diable en rit encore comme disait Monique.
  J'ai alors cherché à comprendre pourquoi et comment des hommes avaient pu traiter d'autres hommes comme ils n'auraient pas traité leurs animaux et j'ai découvert ce qui suit :
 Au 20e siècle fleurirent nombre d'idéologies se terminant par " isme "
 Nationalisme, Fascisme, Nazisme, Racisme, Communisme, Marxisme teinté ou non de Léninisme, Stalinisme, Franquisme, Maoïsme, Castrisme, Socialisme, Islamisme, Salafisme, Wahhabisme, Totalitarismes religieux ou non, Impérialismes, Eugénisme etc… que les "ismes" oubliés me pardonnent.
Résultat : des souffrances abominables, et 100 millions de morts …
Toutes ces idéologies en "isme" ont, me semble-t-il, un point commun en ce qui concerne leur fonctionnement.
Les chefs de guerre envoyant sciemment leurs soldats au massacre dans la boue sous la mitraille, les gardiens des camps nazis, ceux des goulags soviétiques, les Einsatzgruppen allemands (commandos de la mort SS  assassinant les civils et les juifs  après les combats ), les médecins nazis pratiquant leurs expériences abominables sur des humains ( elles étaient interdites sur les animaux), les juges des procès staliniens, les exécuteurs de la révolution culturelle chinoise admirateurs de Mao, les Khmers rouges aux ordres du frère n°1 Pol Pot "génocidant" la moitié de la population cambodgienne pour créer l'homme nouveau, tous ces bourreaux diaboliques et ceux que j'oublie ou ne connais pas n'étaient généralement pas des  brutes épaisses à part quelques sadiques ordinaires.
C'étaient souvent des gens sensibles et cultivés.  Les officiers SS possédaient généralement un bagage intellectuel impressionnant, mélomanes, lecteurs de Goethe et des fameux philosophes allemands. D'autres grands criminels de masse avaient fait leurs " humanités " en France, en Suisse, ou en Amérique.
Alors, me direz-vous comment expliquer cette abomination ?
J'ai peut-être une explication.
- Sur la forme : les initiateurs de ces atrocités mettent toujours en place une "chaîne d'irresponsabilité personnelle" utilisée par toute tyrannie soucieuse du confort moral de ses exécutants. Chacun des maillons de cette chaîne se sent responsable uniquement de sa petite part de monstruosité, jamais de la totalité des horreurs commises. Celui qui arrête les gens les transmet à un anonyme qui se borne à conduire un train, comment se sentiraient-ils responsables de ce qui se passe en finalité ?
- Sur le fond permettez-moi d'oser une hypothèse :
Dans la nature l'espèce est tout, l'individu n'est rien.
Chez les humains c'est ou ce devrait être radicalement différent. Ce qui permit à l'homme de transcender son animalité et fit la grandeur de notre race est là : chaque individu est sacré, il renferme en lui toute l'humanité, aboutissement de milliards et demie d'années d'évolution de la matière et de l'esprit il est la chose la plus précieuse de notre univers. (J'utilise sciemment le mot chose qui signifie : réalité concrète ou abstraite perçue ou concevable comme un sujet unique.)
Suite à une étrange perversion intellectuelle et dogmatique tous les totalitarismes reviennent aux sources animales et inversent le sens du sacré.
Je le répète, le peuple, dieu, le parti, la "race", l'idéologie ou la foi sont tout, l'individu n'est rien. Le déviant malgré lui à l’idéologie majoritaire à la mode est l'ennemi du Peuple, de Dieu, du Parti, entités fourre-tout prétextes à toutes les ignominies. Celui qui est différent par sa naissance, sa nationalité, sa classe sociale, ses croyances, sa religion, son athéisme, sa sexualité, devient un parasite qu'il faut éliminer comme un non-homme alors que c'est justement sa particularité qui fait de lui un être humain porteur de tous les espoirs d'évolution. Sa capacité de s'extraire de la masse et de douter des certitudes toutes faites étant pour moi le plus haut niveau de civilisation.
Sans doute les grands esprits se moqueront -ils de ma psychologie de comptoir ou de café du commerce mais la tentative de compréhension est aussi respectable autour d'une table que sur les bancs de l'Académie ou à la Sorbonne. Dans ces lieux prestigieux on ne rencontre pas tous les jours des "André " entendant chaque nuit le claquement du percuteur d'une arme vide contre son front ou revenant de l'enfer en baissant les yeux comme un sous-homme.

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Un autre fait m'est revenu en mémoire, ces deux personnes que j'ai eu le privilège de côtoyer ne pouvaient et ne voulaient pas parler de leur calvaire, ils savaient qu'on ne les croirait pas. Ils avaient malheureusement raison en partie.
 Aujourd'hui certains individus ont fait de la négation de cette horreur ou de l'affirmation qu'il ne s'agissait que d'un point de détail leur fonds de commerce.
 Pauvres types méprisables ayant besoin de nier la douleur des autres pour exister.
 Ils nomment leur honteuse idéologie le révisionnisme, les gens normaux appellent ça le négationnisme.
Inconsistants comme l'écume des vagues se brisant sur les écueils de la vérité ils passeront, disparaîtront sans laisser de traces … et les violons de l'automne ne sangloteront pas longuement pour eux.

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 Celui qui ne se souvient pas de l'histoire est condamné à la revivre.
 On voudrait que cela ne recommence jamais, malheureusement cela a déjà recommencé et ne finira jamais.
 " Le 21ème siècle sera religieux ou ne sera pas " prophétisait Malraux qui ne manquait jamais une occasion de se prendre pour un grand intellectuel.
 Il ne risquait pas de se tromper. Le 21ème siècle est bien là, avec lui comme toujours les religions, les idéologies en isme sont présentes et servent de prétextes à toutes les saloperies.
 Déjà (en attendant pire) l'Islamisme meurtrier, monstruosité devenue ordinaire, parcourt nos rues couteau de cuisine à la main.
Bien sûr tous les "ismes" ne sont pas à mettre dans le même panier.
Le patriotisme, amour de sa patrie n'a rien de commun avec le nationalisme, méfiance voire haine envers les patries étrangères.
 Les monothéismes :  christianisme, islamisme éclairé, judaïsme, porteurs originellement d'un message d'amour universel ont malheureusement rapidement été trahis par tous les fanatismes.
De la lumière aux ténèbres il n'y a qu'un pas que les fondamentalismes enragés ont rapidement franchi : Comme la nuit se fait lorsque le jour s'en va !

Aussi lorsque l'on me propose d'adhérer à un groupe, un parti, une religion, une idéologie dont le nom se termine par " isme ", je fuis sans me retourner de peur d'être contaminé par toutes ces monstruosités. L'inhumanité s'attrape comme la grippe !
Les prochains grands hommes : Führer, Petit père des peuples, Roi de droit divin,  Duce, Caudillo, Généralissime,  Maréchal nous voilà, Empereur, Prophète, Calife, Gourou, Génie des Carpates, Frère n°1, Kaiser, Chef suprême, Président à vie,  Ayatollah, Révérend, Fakir, Antéchrist, Archimandrite, Dalaï Lama, Pape, Deus ex machina, Sauveur de l'humanité pécheresse ou autres immenses personnages indispensables se passeront de moi, je n'ai aucune envie de sacrifier ma petite et si courte vie pour leur plus grande gloire, mon insignifiance me convient très bien.

Le jour du Quatorze juillet
je reste dans mon lit douillet
la musique qui marche au pas
cela ne me regarde pas 
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