jeudi 26 juillet 2018
jeudi 19 juillet 2018
Les Tribulations d'un Lyonnais en Provence. Histoire n°16
Le petit homme du barrage de Malpasset
- Essaie de nous trouver un petit
parcours plat, mon copain insiste pour marcher avec nous mais il n'a pas fait
de sport depuis bien longtemps et comme c'est un bon vivant …
Effectivement l'ami présente une
cinquantaine largement enrobée, il semble avoir le souffle court et la jambe
traînante. Exceptionnellement j'accepte de les cornaquer (un cornac étant le
maître et le guide d'un éléphant).
Nous garons notre auto sur la place
des Estérêts du lac, gros hameau lointain de Montauroux presqu'aussi
important que le cœur du village et nous voilà partis.
Du parking il faut grimper une
dizaine de mètres pour rejoindre le sentier, l'ami est déjà essoufflé, deux
cents mètres plus loin il a un point de côté, ça commence fort.
Si le but de la promenade dont je
vais vous parler est spectaculaire, le chemin qui y mène, quatre
kilomètres de piste poussiéreuse plate, sans ombre et sans intérêt parait toujours très long .
L'objectif de notre randonnée est le
barrage de Malpasset, enfin ce qu'il en reste, mais le sujet de l'anecdote que je veux raconter est moins dramatique.
Un peu d'histoire selon Wikipédia :
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Au début de l'hiver 1959, des pluies torrentielles
vinrent remplir pour la première fois le nouveau barrage d'irrigation de
Malpasset, en amont de Fréjus. Lorsque celui-ci céda soudainement, le 2
décembre 1959, près de 50 millions de mètres cubes d'eau déferlèrent, ravageant
campagnes et villages jusqu'à la mer. C'est la plus grande catastrophe de ce
genre qui ait jamais touché la France.
Le
barrage est donc rempli à ras bord lorsqu'il cède, à 21 h 13 exactement. Le
bruit du craquement de sa voûte alerte en premier le gardien de l'ouvrage, qui
se réfugie en haut de sa maison, à 2 km et demi en aval. Bien lui en prend :
une gigantesque vague de 40 m de haut déferle dans l'étroite vallée à la
vitesse de 70 km/h. Balayant tout sur son passage, elle débouche sur Fréjus 20
minutes plus tard, avant de se jeter dans la mer.Le plan ORSEC - plan d'organisation des secours - est immédiatement déclenché. Les militaires des bases locales ainsi que des hélicoptères de l'armée américaine basés dans les environs s'occupent de porter secours aux survivants, mais aussi de dégager les corps des victimes. Le général de Gaulle, président de la République, venu sur place quelques jours plus tard, découvre une zone totalement sinistrée. La catastrophe a fait 423 victimes humaines, sans compter les voies ferrées arrachées, les fermes soufflées, les animaux déchiquetés.
Qui croire ? Mais là n'est pas le sujet de cette histoire.
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Après une bonne heure et demie de marche ponctuée de pauses
et de plaintes finissant toutes par " on arrive bientôt ?" nous voici rendus sur les lieux.
Le site du cataclysme ayant été laissé en l'état, l'arrivée est toujours très impressionnante.
De la rive gauche du petit défilé sur lequel s'appuyait le barrage sortent des barres de fer tordues grosses comme un bras d'homme, d'énormes blocs de béton emportés par la vague meurtrière barrent la vallée en contrebas.
Le site du cataclysme ayant été laissé en l'état, l'arrivée est toujours très impressionnante.
De la rive gauche du petit défilé sur lequel s'appuyait le barrage sortent des barres de fer tordues grosses comme un bras d'homme, d'énormes blocs de béton emportés par la vague meurtrière barrent la vallée en contrebas.
Seul le côté gauche a cédé, le côté droit lui est intact
dominant du haut de ses 60 m les 4 ou 5 m de murs rabotés par la fureur des
eaux.
Mes compagnons
commencent à mitrailler le site, tirer des selfies ( petite masturbation
photographique) , prenant la pose devant les blocs.
Une jeune femme noire court sur le sommet des ruines du
barrage, un petit homme dégarni et nanti d'un ventre confortable la couve d'un
regard attendri. Elle n'est pas très
belle de visage mais sa peau café au lait et son joli corps presque juvénile attire
le regard. Elle crie:
- Ven
conmigo mi ángel, viens avec moi mon
ange!
Je tourne la tête pour contempler le destinataire de ce
qualificatif, il n'y a là que moi et le petit homme donc c'est à lui qu'elle
s'adresse. Elle doit être myope ou très imaginative pour conférer à ce gars un
attrait un tant soit peu angélique. J'ai subitement et inexplicablement un
accès de cruauté envers lui alors je l'interpelle en soulignant lourdement la
différence d'âge :
- Je crois que votre fille vous appelle.
- Ce n'est pas ma fille, c'est ma femme.
Il répond fièrement à son épouse, puisqu'épouse il y a :
- No, no es que yo estoy cansado, pero cuidar de sí mismo, es peligroso,
que je traduis approximativement - Non, je ne viens
pas je suis fatigué mais fais attention à toi, c'est dangereux.
Je regrette déjà la méchanceté de mon intervention
consistant à insinuer que sa femme soit sa fille alors je lui tends une barre
de chocolat un peu molle et engage la discussion d'un ton plus aimable.
Je dois avoir un don d'empathie pour pousser ainsi les
inconnus à la confidence, voilà ce qu'il me raconte après quelques minutes
d'échanges informels mais amicaux.
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" Je suis directeur
général adjoint d'une multinationale qui s'occupe d' environnement. Mes fonctions
m'amènent à voyager partout dans le monde. Il y a une dizaine d'années j'ai
travaillé et résidé quelques mois à Cuba.
Ce pays est très pauvre mais les
habitants sont chaleureux surtout les femmes. Elles sont prêtes à tout pour
échapper à leur misère, en peu de temps j'étais entouré de créatures plus
belles les unes que les autres, à ma grande surprise elles me trouvaient terriblement
séduisant.
J'en ai ramené une avec moi et l'ai épousée, sous le régime de la séparation des biens, pour qu'elle puisse rester officiellement en France. Elle avait vingt deux ans, moi quarante cinq.
J'en ai ramené une avec moi et l'ai épousée, sous le régime de la séparation des biens, pour qu'elle puisse rester officiellement en France. Elle avait vingt deux ans, moi quarante cinq.
Trois ans plus tard elle
parlait parfaitement français, avec l'espagnol sa langue maternelle plus
l'anglais qu'elle pratiquait à la perfection elle se retrouva ainsi trilingue
comme moi. Elle a trouvé un boulot dans le tourisme et un jour elle m'a quitté
pour un chat de gouttière passant là.
Quelques mois plus tard j'ai ramené une jolie blonde aux yeux bleus de Donetsk en Ukraine. Elle m'a adoré pendant deux bonnes années, le temps d'apprendre notre langue, puis m'a quitté après trois ans de vie commune.
Quelques mois plus tard j'ai ramené une jolie blonde aux yeux bleus de Donetsk en Ukraine. Elle m'a adoré pendant deux bonnes années, le temps d'apprendre notre langue, puis m'a quitté après trois ans de vie commune.
J'ai ensuite épousé une colombienne et le même scénario se déroula.
Ayant bien conscience que je ne suis pas un apollon, finalement au lieu de me lamenter je me suis dit : " d'un inconvénient faisons un avantage".
On dit que le mariage transforme les fées en sorcières alors moi je ne vis qu'avec des fées qui n'ont pas le temps de se métamorphoser.
Maintenant j'ai pris l'habitude de changer de femme régulièrement, je me suis organisé une petite vie douillette. Je n'ai pas besoin de me casser la tête pour les distraire, je fais toujours avec elles les mêmes promenades, les emmène dans les mêmes restaurants etc…puisque pour chacune c'est la première fois.
Ayant bien conscience que je ne suis pas un apollon, finalement au lieu de me lamenter je me suis dit : " d'un inconvénient faisons un avantage".
On dit que le mariage transforme les fées en sorcières alors moi je ne vis qu'avec des fées qui n'ont pas le temps de se métamorphoser.
Maintenant j'ai pris l'habitude de changer de femme régulièrement, je me suis organisé une petite vie douillette. Je n'ai pas besoin de me casser la tête pour les distraire, je fais toujours avec elles les mêmes promenades, les emmène dans les mêmes restaurants etc…puisque pour chacune c'est la première fois.
Il jette un coup d'œil vers sa princesse noire pour vérifier qu'elle soit hors de portée de voix et prononce cette phrase ahurissante :
- Si certains renouvellent leur voiture tous les deux ans
moi j'ai une nouvelle femme jeune dans mon lit tous les trois ans, c'est quand même plus agréable d'avoir
régulièrement un modèle récent, non ?
La compagne actuelle que vous voyez
sur le barrage vient de Punta Cana, pour le moment comme elle ne parle pas très
bien notre langue elle m'adore, je lui
apporte ce que toutes les femmes recherchent en priorité, la sécurité. Elle me
quittera dans quelque temps quand j'en aurai bien profité mais ce n'est pas
grave, c'est prévu, mon scénario est bien rôdé.
Pour la prochaine j'ai envie de tâter un peu de l'asiatique, il parait que les cambodgiennes ou les thaïlandaises sont très dociles."
Pour la prochaine j'ai envie de tâter un peu de l'asiatique, il parait que les cambodgiennes ou les thaïlandaises sont très dociles."
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J'ai abandonné la quatrième mais provisoire épouse aux bons
soins et sollicitudes triennales du petit homme délicatement romantique.
Nous sommes repartis
et rentrés difficilement, l'ami de mon ami avait des ampoules aux pieds grosses
comme mon pouce.
En route je me suis fait la réflexion suivante:
Je suis marié depuis
quarante huit ans avec la même femme, en imaginant avoir adopté un style de vie
analogue à celui de mon éphémère copain du barrage j'en serais donc à ma seizième épouse, seize redémarrages de
vie commune etc…
Se pose alors la question suivante: vaut - il mieux vivre
toujours la même chose avec des femmes différentes ou vivre des choses
différentes toujours avec la même femme
? Vaste débat.
Moi j'ai choisi, mais parfois j'en ai marre qu'on m'aime
pour moi-même, j'aimerais bien être aimé aussi de temps en temps pour mon
argent (pour les grognons, attention plaisanterie du second degré).
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Un de mes voisins enclin à la soumission vit un enfer avec
une sorcière n'ayant vraisemblablement jamais été fée et ne sachant qu'inventer
pour lui pourrir la vie, demandant justification de chaque centime dépensé,
reprochant chaque minute de retard, écoutant chaque communication téléphonique,
confisquant bouteilles d'apéro et cigarettes.
Lorsque je lui ai expliqué cette
histoire gravement il a suggéré cette conclusion :
- Si je comprends bien ton gars de Malpasset et moi avons
loupé tous les deux nos mariages, lui parce que ses femmes sont parties, moi
parce que la mienne est restée.
Il disait cela très sérieusement, moi j'étais mort de rire
mais finalement il n'avait pas tort.
LOL comme on dit sur
les réseaux prétendument sociaux
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Cette histoire est extraite du livre :
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samedi 7 juillet 2018
Les tribulations d'un Lyonnais en Provence : Histoire n° 15
La recluse du vieil Antibes.
Paul, un vieil ami à moi presqu'un
frère, habite un quartier chic d'Antibes depuis une vingtaine d'années.
Il est
cité et présenté par celles et ceux qui le connaissent comme le spécimen du mari modèle.
Marié depuis
45 ans avec Thérèse pour laquelle je n'ai pas une estime incommensurable chaque
matin il fait les courses, ramène une rose en gage d'amour immortel à son
épouse, passe l'aspirateur, de plus il jouit depuis toujours d'une réputation
de fidélité et de vertu absolues.
Aux yeux de tous par rapport à lui Saint Augustin ou Jean-Paul Deux étaient de grands débauchés.
Aux yeux de tous par rapport à lui Saint Augustin ou Jean-Paul Deux étaient de grands débauchés.
Cette quasi sainteté
n'est pas sans générer des comparaisons pas forcément flatteuses pour ceux qui
pâtissent d'une notoriété plus douteuse, suivez mon regard dans le miroir.
Un jour, il m'annonça d'un ton de
commandement inhabituel:
- Je t'emmène " faire un tour
" dans le vieil Antibes.
Après avoir longé les remparts nous
sommes arrivés sur la jolie placette du Safranier, et avons descendu les petites
ruelles étroites et moyenâgeuses. Avec leur
pavage de pierre, leurs murs tapissés de bougainvilliers colorés de
plantes grimpantes et odorantes, les ombres, le silence, on a vraiment
l'impression d'être projeté dans un autre monde plusieurs siècles en arrière.
J'adore !
La vérité me force toutefois à
reconnaître qu'il y a bien quelques crottes de chiens au sol et une odeur
d'urine persistante dans l'air mais j'ai décidé de ne voir que le bon côté des
choses.
Dans un discret renfoncement Il a
sonné à une vieille porte en bois cloutée percée d'un petit judas grillagé,
après un léger bourdonnement et un bruit sec la porte s'est entrouverte, sans
doute actionnée par un mécanisme invisible.
Un petit chemin avec des pas japonais
menait à une maisonnette basse. Sous un arbre de Jérusalem planté devant la
terrasse une femme était assise dans un fauteuil en osier, je
l'appellerai Emmanuelle pour la circonstance.
Il était difficile de lui donner un âge, peut-être cinquante ou cinquante cinq ans, les femmes d'aujourd'hui ne vieillissent plus. Son physique ne m'a pas laissé une impression inoubliable mais il se dégageait d'elle, je ne sais pourquoi je l'ai ressenti ainsi, une grande tendresse.
Il était difficile de lui donner un âge, peut-être cinquante ou cinquante cinq ans, les femmes d'aujourd'hui ne vieillissent plus. Son physique ne m'a pas laissé une impression inoubliable mais il se dégageait d'elle, je ne sais pourquoi je l'ai ressenti ainsi, une grande tendresse.
Mon ami l'a embrassée sur la bouche
en disant :
- Bonjour mon cœur.
Il s'est tourné vers moi, très
cérémonieux :
- Emmanuelle, je te présente mon ami
Serge l'écrivain dont je t'ai déjà parlé, Serge voici Emmanuelle, l'amour de ma
vie.
Un silence embarrassé s'installa, je
ne comprenais pas ce qui se passait, j'ai pourtant l'habitude des situations
ambigües mais imaginez que vous découvriez que le Pape a une maîtresse.
Dans
l'histoire, de nombreux souverains pontifes en eurent plusieurs, mais c'était
il y a longtemps on en a perdu l'habitude et maintenant souvent les religieux préfèrent les jeunes garçons.
Les femmes sont moins harcelées par les curés de nos jours, peut-être un Evêque ou un Cardinal de temps à autre taquine -t-il encore un peu quelque bourgeoise, mais cela reste très marginal…
Les femmes sont moins harcelées par les curés de nos jours, peut-être un Evêque ou un Cardinal de temps à autre taquine -t-il encore un peu quelque bourgeoise, mais cela reste très marginal…
Emmanuelle me regardait, des larmes
coulaient lentement de ses yeux.
D'une petite voix douce elle a prononcé ces
mots qui sont restés gravés dans mon esprit :
- Je suis trop heureuse, depuis toutes ces années c'est la première fois
que je sors de l'ombre.
Mon ami agacé
a demandé sèchement:
- Pourquoi pleures-tu? C'est bien ce
que tu voulais, non ? tu n'es jamais contente !
Gêné, je suis resté muet. Vous savez
que je ne suis pas le dernier à me moquer de mes contemporains et de moi-même,
mais là je ne savais que penser.
J'avais envie de la serrer dans mes bras pour
la consoler du mal que cet homme lui faisait, manifestement sans s'en rendre
compte.
Nous avons bu un café corsé
accompagné de navettes provençales, biscuits oblongs à l'anis, parlé de tout et
de rien, Emmanuelle jetait de petits regards inquiets vers mon ami.
Lorsque nous sommes repartis Paul m'a
expliqué:
- " Emmanuelle et moi sommes amants
depuis une dizaine d'années, j'ai toujours fait très attention à ce que
personne ne se doute de cette liaison. Depuis le premier jour j'ai été clair
avec elle, elle savait que j'étais marié et que je ne quitterai jamais Thérèse,
cela lui ferait trop de peine.
Je la vois chaque jour, je lui apporte une rose, j'ai organisé ma vie en conséquence.
Je la vois chaque jour, je lui apporte une rose, j'ai organisé ma vie en conséquence.
Tu es le seul à la connaître, elle avait envie d'exister un tout petit peu
aux yeux du monde, alors comme je n'ai confiance qu'en toi je te l'ai
présentée, ça va la calmer pour quelque
temps, tu sais comment sont les femmes."
Il a réfléchi puis prononcé cette
phrase dévastatrice:
- En fait, passés les premiers mois
de grande passion une maîtresse pose plus de problèmes qu'elle n'en résout,
aussi maintenant je me sers de l'une pour supporter l'autre, et vice-versa.
Je ne lui ai posé aucune question et
fait aucun commentaire, je ressentais une grande culpabilité, toute
l'hypocrisie, la lâcheté et l'égoïsme des hommes m'explosaient au visage. Cette
femme vivait ainsi ignorée de tous,
recluse volontaire, combien de Noëls solitaires, de vacances désespérantes,
d'attentes angoissées d'un appel qui n'arrive pas, d'anniversaires sans joie
a-t-elle supportés ?
Ne vous trompez pas, je ne voudrais
pas donner de leçon à qui que ce soit mais croyez- le ou non, j'ai espacé mes
rencontres avec Paul, je l'aime moins parce que je m'aime moins. Pourquoi ai-je
éprouvé une telle humiliation ? Il n'y avait aucune misère, s'il y en avait une
elle n'aurait pas dépendu de moi, et Paul semblait se satisfaire de cette
situation.
C'est sûrement la faute à Saint-Exupéry, ne
manquant par ailleurs pas une occasion de faire dire des conneries à son sale
gosse de petit prince insupportable qui m'a toujours gonflé, il pontifiait :
- être homme c'est sentir la honte en face d'une misère qui ne semblait
pas dépendre de soi.
C'est sans doute ça, je suis un homme donc je sens bien la
honte.
Je pense souvent à Emmanuelle, à tous ceux et
celles dont nous piétinons la vie, nous braves gens sûrs de notre bonne foi et
en paix avec notre conscience assurant que nous n'avons rien à nous reprocher .
Quand revient le temps de l'automne
je pense à tout ce temps perdu
je n'ai fait de mal à personne
je n'ai pas fait de bien non plus
et j'ai ...le cœur gros.
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Et je vais me faire encore des
copains:
- Mesdames méfiez- vous des maris trop parfaits! En particulier ceux qui vous offrent des roses sans raison…
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jeudi 28 juin 2018
Les Tribulations d'un Lyonnais en Provence. Histoire n°14
La fourmi de L'Estérel
La fourmi n'est pas joueuse.
Lors de sa venue au monde la probabilité qu'avait ce petit hyménoptère
de croiser un jour ma route et de subir par ma faute ce léger désagrément était
sans doute proche de zéro mais pas nulle puisque ceci s'est réalisé.
Il me
vient un vertige à l'idée de penser que les quelques secondes passées à
observer ce fait suffiront à modifier irrémédiablement mon existence en
m'évitant peut-être d'être percuté par un véhicule fou dans l'avenir ou au
contraire causeront mon anéantissement, minuscule cause énorme effet, parfois
un dixième de seconde fait toute la différence entre la vie et la mort.
Je me suis alors demandé si notre
rencontre était fortuite où si elle relevait d'une fatalité que l'on pourrait
appeler : La Destinée.
Vous allez penser que j'ai du temps à perdre, mais un peu de réflexion philosophique par les temps qui courent nous changera des flatulences verbales des intellectuels de la télé réalité.
Vous allez penser que j'ai du temps à perdre, mais un peu de réflexion philosophique par les temps qui courent nous changera des flatulences verbales des intellectuels de la télé réalité.
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Dans la mythologie grecque (les Grecs
ont tout inventé avant de faire faillite) les Moires, appelées Parques chez les
Latins qui ne se gênaient pas pour copier, étaient les trois divinités chargées
de mesurer la vie des hommes écrite par
avance. La première fabriquait le fil de la vie, la seconde déroulait ce
fil et la troisième le tranchait avec ses ciseaux.
On peut concevoir et admettre le fait suivant : les mêmes raisons
produisant les mêmes résultats la vie d'un individu suit à peu près une voie
libre que sa génétique, son inné, ses acquis, ses qualités, ses défauts, son
environnement et ses choix lui tracent si aucun évènement extérieur grave ne se
met en travers de sa route.
Par contre, de nos jours mais rejoignant ainsi nos antiques ancêtres,
beaucoup de gens croient encore dur comme fer au destin préconçu c'est à dire à
une existence déjà organisée, manipulée par une entité supérieure et cheminant
de façon inéluctable.
Essayons de comprendre si ce concept de prédestination forgée par les
anges gardiens très à la mode, les saints, les dieux ou tout autre esprit
dominateur pourrait fonctionner et comment.
Pour vous donner un ordre de grandeur de l'unité de mesure que nous
allons employer, sachez qu'il faut à peu près 31 ans pour compter de 0 à un
milliard à raison d'un chiffre par seconde, sans dormir, sans manger, sans
boire.
Des supers amas de galaxies s'éloignant les unes des autres à plus de
200 kms/seconde entraînées par l'expansion croissante de l'univers, comptant
chacune des milliards d'étoiles promenant dans leur sillage des milliards de
planètes abritant vraisemblablement un nombre incommensurable d'êtres vivants
peuplent l'univers et parmi ce nombre hallucinant d'existences VOUS ETES
UNIQUE, il n'y a jamais eu et il n'y aura plus jamais d'être totalement
similaire à vous, c'est dingue non ?
Revenons sur terre. Comme chacun des sept milliards d'humains vivants
sur notre minuscule planète, vous êtes l'aboutissement d'une chaîne
ininterrompue de millions d'aïeux et d'un nombre inimaginable et astronomique
de circonstances qui font que vous êtes aujourd'hui cet être irremplaçable en
train de lire mes élucubrations.
- Ponce Pilate libère Jésus arrêté par le
Sanhedrin, le Romain nargue ainsi Caïphe le grand prêtre et montre qui est le
Boss. Le Nazaréen n'est pas crucifié.
Echaudé par l'aventure il rentre dans son
village, épouse Marie Madeleine, s'associe avec Judas le plus intelligent et le
plus affairiste de ses disciples ( on dit du mal de Judas pourtant il avait d'excellentes
fréquentations) reprend l'entreprise de son père, devient un charpentier
prospère, ne rencontre pas Paul sur le chemin de Damas.
Que serait le monde
aujourd'hui sans le formidable apport intellectuel et humaniste du
christianisme ?
A contrario il faut reconnaître aussi qu'on n'aurait pas eu les
guerres de religion ni les croisades qui nous sont encore reprochées de nos
jours par nos amis arabes mais on ne peut pas gagner sur tous les tableaux et
nous aurions sûrement trouvé d'autres bonnes raisons de nous entretuer !
- Le 14 mai 1610 François Ravaillac, de sa
propre initiative ou manœuvré par de
hauts personnages, poignarde Henri IV qui s'apprête à partir en guerre contre
l'Espagne. Imaginons le régicide arrêté in-extremis par un garde, où se trompant
de cible dans le carrosse immobilisé par un embouteillage rue de la Ferronnerie
à Paris, le Roi ne meurt pas, déclenche le conflit dans lequel un de vos ancêtres est
tué, vous ne naissez jamais, vous ne lisez pas cette œuvre magistrale ( ah, la modestie de l'auteur !) ce
qui est dommage.
Dans notre dernier exemple ce grand manitou machiavélique aurait mis
sciemment en relation au cours des millénaires précédents les aïeux successifs
maternels et paternels qui donnèrent naissance au père et la mère de Ravaillac
pour que celui-ci existe un jour, tue le roi et évite à votre ancêtre de mourir
à la guerre pour que vous puissiez naître et que le monde soit exactement ce
qu'il est parmi la multitude des possibles, vous imaginez le boulot ?
Les lois de la physique quantique et de la conservation de l'énergie
sont alors incontournables, pourquoi une telle débauche de moyens alors que le
hasard fait aussi bien le travail et gratuitement, sans dépense
thermodynamique ? Qu'importe à l'univers que vous viviez ou non, que vous
rencontriez ou non telle personne ou une autre, que vous soyez riche ou pauvre,
face au Cosmos nous ne sommes pas plus importants que la fourmi de l'Estérel.
Les dinosaures dominent la terre pendant des millions d'années puis
disparaissent en ne laissant que quelques ossements, des civilisations se
développent et meurent en abandonnant quelques pierres entassées les unes sur
les autres, les humains naissent, aiment, souffrent, persécutent leurs
contemporains, font trois petits tours puis s'en vont pendant que les planètes orbitent
inlassablement autour du soleil qui brille indifférent jusqu'à l'anéantissement
final.
Notre vie paraissant être plus dépendante de nos choix que
d'hypothétiques maîtres de notre destinée, un autre débat consisterait à
montrer que si nous avons la liberté de prendre telle ou telle décision celle-ci est singulièrement réduite par le
poids de notre éducation, entourage, culture, religion, peut-être n'avons-nous
que l'illusion de cette liberté ?
Pour l'instant, force est de constater que, sauf à penser que la
mécanique implacable et follement complexe de la fatalité s'applique à chaque
être vivant de l'univers il existe des rencontres aléatoires donc non
programmées qui sont un carrefour où se télescopent inopinément des existences
qui n'étaient pas destinées à se connaître telles que la mienne et celle de la
petite fourmi !
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Je parlais de cela à mon voisin après
le repas. En buvant son café à l'ombre de sa glycine, il a soulevé sa casquette
à carreaux, s'est gratté la tête et m'a dit :
- Et si Hasard
était le mot derrière lequel Dieu se cache pour intervenir incognito ?
Il a rajouté:
- C'est bien beau tout ça mais tu ne
te rends pas compte des problèmes que tu me causes avec ta philosophie de
comptoir .
Déjà la difficulté pour un retraité c'est avoir une bonne
synchronisation tu le sais bien, quand on se lève trop tard on se met en retard
pour se coucher l'après-midi, si en plus tu m'embrouilles les idées tu fais
obstacle à l'accomplissement de mon destin, écrit sans doute pour moi depuis
l'aube des temps… ma sieste.
Un peu fâché de la légèreté avec
laquelle il traitait mes pensées profondes, avant de lui tourner le dos je lui
assénai méchamment :
- Bientôt ta sieste sera éternelle,
tu n'auras même plus besoin de te réveiller, voilà ton destin de vieux débris
en cours de liquéfaction !
Depuis deux jours on ne se parle
plus.
La philosophie, mot signifiant pourtant " amour de la sagesse ",
mène à tout même à la déraison. Quand je vous disais que cette rencontre avec
la petite fourmi changerait ma vie !
Lorsqu'on sera réconciliés j'éviterai la philo je lui parlerai macro-économie, par exemple de l'augmentation de la CSG sur nos retraites.
C'est notre destinée commune et c'était écrit !
Pour un exemplaire dédicacé, un contact ou accéder aux liens marchands :
Lorsqu'on sera réconciliés j'éviterai la philo je lui parlerai macro-économie, par exemple de l'augmentation de la CSG sur nos retraites.
C'est notre destinée commune et c'était écrit !
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