jeudi 19 juillet 2018

Les Tribulations d'un Lyonnais en Provence. Histoire n°16


 

 
 
 
 

Le petit homme du  barrage de Malpasset

 

 Pour une fois je ne suis pas seul, mon voisin médecin a voulu m'accompagner avec un de ses amis. Discrètement il m'a demandé :

- Essaie de nous trouver un petit parcours plat, mon copain insiste pour marcher avec nous mais il n'a pas fait de sport depuis bien longtemps et comme c'est un bon vivant …

Effectivement l'ami présente une cinquantaine largement enrobée, il semble avoir le souffle court et la jambe traînante. Exceptionnellement j'accepte de les cornaquer (un cornac étant le maître et le guide d'un éléphant).

Nous garons notre auto sur la place des Estérêts du lac, gros hameau lointain de Montauroux presqu'aussi important que le cœur du village et nous voilà partis.

Du parking il faut grimper une dizaine de mètres pour rejoindre le sentier, l'ami est déjà essoufflé, deux cents mètres plus loin  il a un point de côté, ça commence fort.

Si le but de la promenade dont je vais vous parler est spectaculaire,  le chemin qui y mène, quatre kilomètres de piste poussiéreuse plate, sans ombre et sans intérêt parait toujours très long .

L'objectif de notre randonnée est le barrage de Malpasset, enfin ce qu'il en reste, mais le sujet de l'anecdote que je veux raconter est moins dramatique.

 

Un peu d'histoire selon Wikipédia :

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Au début de l'hiver 1959, des pluies torrentielles vinrent remplir pour la première fois le nouveau barrage d'irrigation de Malpasset, en amont de Fréjus. Lorsque celui-ci céda soudainement, le 2 décembre 1959, près de 50 millions de mètres cubes d'eau déferlèrent, ravageant campagnes et villages jusqu'à la mer. C'est la plus grande catastrophe de ce genre qui ait jamais touché la France.
Le barrage est donc rempli à ras bord lorsqu'il cède, à 21 h 13 exactement. Le bruit du craquement de sa voûte alerte en premier le gardien de l'ouvrage, qui se réfugie en haut de sa maison, à 2 km et demi en aval. Bien lui en prend : une gigantesque vague de 40 m de haut déferle dans l'étroite vallée à la vitesse de 70 km/h. Balayant tout sur son passage, elle débouche sur Fréjus 20 minutes plus tard, avant de se jeter dans la mer.

Le plan ORSEC - plan d'organisation des secours - est immédiatement déclenché. Les militaires des bases locales ainsi que des hélicoptères de l'armée américaine basés dans les environs s'occupent de porter secours aux survivants, mais aussi de dégager les corps des victimes. Le général de Gaulle, président de la République, venu sur place quelques jours plus tard, découvre une zone totalement sinistrée. La catastrophe a fait 423 victimes humaines, sans compter  les voies ferrées  arrachées, les fermes soufflées, les animaux déchiquetés.

 
Selon Arte, les services secrets allemands auraient une preuve contredisant formellement les résultats de l'enquête française concluant à l'origine naturelle de  la  catastrophe de Malpasset. En 1959, en pleine guerre d'Algérie le front de libération national algérien aurait posé une bombe au pied du barrage.

Qui croire ? Mais là n'est pas le sujet de cette histoire.

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Après une bonne heure et demie de marche ponctuée de pauses et de plaintes finissant toutes par " on arrive bientôt ?"  nous voici rendus sur les lieux.

 Le site du cataclysme ayant été laissé en l'état, l'arrivée est toujours très impressionnante.
De la rive gauche du petit défilé sur lequel s'appuyait le barrage sortent des barres de fer tordues grosses comme un bras d'homme, d'énormes blocs de béton emportés par la vague meurtrière barrent la vallée en contrebas.

Seul le côté gauche a cédé, le côté droit lui est intact dominant du haut de ses 60 m les 4 ou 5 m de murs rabotés par la fureur des eaux.

 Mes compagnons commencent à mitrailler le site, tirer des selfies ( petite masturbation photographique) , prenant la pose devant les blocs.

Une jeune femme noire court sur le sommet des ruines du barrage, un petit homme dégarni et nanti d'un ventre confortable la couve d'un regard  attendri. Elle n'est pas très belle de visage mais sa peau café au lait et son joli corps presque juvénile attire le regard. Elle crie:

- Ven conmigo mi ángel,  viens avec moi mon ange!

Je tourne la tête pour contempler le destinataire de ce qualificatif, il n'y a là que moi et le petit homme donc c'est à lui qu'elle s'adresse. Elle doit être myope ou très imaginative pour conférer à ce gars un attrait un tant soit peu angélique. J'ai subitement et inexplicablement un accès de cruauté envers lui alors je l'interpelle en soulignant lourdement la différence d'âge :

- Je crois que votre fille vous appelle.

- Ce n'est pas ma fille, c'est ma femme.

Il répond fièrement à son épouse, puisqu'épouse il y a :

 - No, no es que yo estoy cansado, pero cuidar de sí mismo, es peligroso, que je traduis approximativement - Non, je ne viens pas je suis fatigué mais fais attention à toi, c'est dangereux.

Je regrette déjà la méchanceté de mon intervention consistant à insinuer que sa femme soit sa fille alors je lui tends une barre de chocolat un peu molle et engage la discussion d'un ton plus aimable.

Je dois avoir un don d'empathie pour pousser ainsi les inconnus à la confidence, voilà ce qu'il me raconte après quelques minutes d'échanges informels mais amicaux.

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" Je suis directeur général adjoint d'une multinationale qui s'occupe d' environnement. Mes fonctions m'amènent à voyager partout dans le monde. Il y a une dizaine d'années j'ai travaillé et résidé quelques mois à Cuba.
Ce pays est très pauvre mais les habitants sont chaleureux surtout les femmes. Elles sont prêtes à tout pour échapper à leur misère, en peu de temps j'étais entouré de créatures plus belles les unes que les autres, à ma grande surprise elles me trouvaient terriblement séduisant.
 J'en ai ramené une avec moi et l'ai épousée, sous le régime de la séparation des biens, pour qu'elle puisse rester officiellement en France. Elle avait vingt deux ans, moi quarante cinq.
Trois ans plus tard elle parlait parfaitement français, avec l'espagnol sa langue maternelle plus l'anglais qu'elle pratiquait à la perfection elle se retrouva ainsi trilingue comme moi. Elle a trouvé un boulot dans le tourisme et un jour elle m'a quitté pour un chat de gouttière passant là.
 Quelques mois plus tard j'ai ramené une jolie blonde aux yeux bleus de Donetsk en Ukraine. Elle m'a adoré pendant deux bonnes années, le temps d'apprendre notre langue, puis m'a quitté après trois ans de vie commune.
J'ai ensuite épousé une colombienne et le même scénario se déroula.

Ayant  bien conscience que je ne suis pas un apollon, finalement au lieu de me lamenter je me suis dit : " d'un inconvénient faisons un avantage".
 On dit que le mariage transforme les fées en sorcières alors moi je ne vis qu'avec des fées qui n'ont pas le temps de se métamorphoser.
 Maintenant j'ai pris l'habitude de changer de femme régulièrement, je me suis organisé une petite vie douillette. Je n'ai pas besoin de me casser la tête pour les distraire, je fais toujours avec elles les mêmes promenades, les emmène dans les mêmes restaurants etc…puisque pour chacune c'est la première fois.

Il jette un coup d'œil vers sa princesse noire pour vérifier qu'elle soit hors de portée de voix et  prononce cette phrase ahurissante :

- Si certains renouvellent leur voiture tous les deux ans moi j'ai une nouvelle femme jeune dans mon lit tous les trois ans, c'est quand même plus agréable d'avoir régulièrement un modèle récent, non ?
 La compagne actuelle que vous voyez sur le barrage vient de Punta Cana, pour le moment comme elle ne parle pas très bien notre langue elle m'adore,  je lui apporte ce que toutes les femmes recherchent en priorité, la sécurité. Elle me quittera dans quelque temps quand j'en aurai bien profité mais ce n'est pas grave, c'est prévu, mon scénario est bien rôdé.
Pour la prochaine j'ai envie de tâter un peu de l'asiatique, il parait que les cambodgiennes ou les thaïlandaises sont très dociles."

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J'ai abandonné la quatrième mais provisoire épouse aux bons soins et sollicitudes triennales du petit homme délicatement romantique.

 Nous sommes repartis et rentrés difficilement, l'ami de mon ami avait des ampoules aux pieds grosses comme mon pouce.

En route je me suis fait la réflexion suivante:

 Je suis marié depuis quarante huit ans avec la même femme, en imaginant avoir adopté un style de vie analogue à celui de mon éphémère copain du barrage j'en serais donc à ma seizième épouse, seize redémarrages de vie commune etc…

Se pose alors la question suivante: vaut - il mieux vivre toujours la même chose avec des femmes différentes ou vivre des choses différentes toujours avec  la même femme ? Vaste débat.

Moi j'ai choisi, mais parfois j'en ai marre qu'on m'aime pour moi-même, j'aimerais bien être aimé aussi de temps en temps pour mon argent (pour les grognons, attention plaisanterie du second degré).

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Un de mes voisins enclin à la soumission vit un enfer avec une sorcière n'ayant vraisemblablement jamais été fée et ne sachant qu'inventer pour lui pourrir la vie, demandant justification de chaque centime dépensé, reprochant chaque minute de retard, écoutant chaque communication téléphonique, confisquant bouteilles d'apéro et cigarettes.
 Lorsque je lui ai expliqué cette histoire gravement il a suggéré cette conclusion :

- Si je comprends bien ton gars de Malpasset et moi avons loupé tous les deux nos mariages, lui parce que ses femmes sont parties, moi parce que la mienne est restée.

Il disait cela très sérieusement, moi j'étais mort de rire mais finalement il n'avait pas tort.

 LOL comme on dit sur les réseaux prétendument sociaux

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Cette histoire est extraite du livre :


 
 

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samedi 7 juillet 2018

Les tribulations d'un Lyonnais en Provence : Histoire n° 15


 

La recluse du vieil Antibes.

 

 

Paul, un vieil ami à moi presqu'un frère, habite un quartier chic d'Antibes depuis une vingtaine d'années.
 Il est cité et présenté par celles et ceux qui le connaissent comme le spécimen du mari modèle.
Marié depuis 45 ans avec Thérèse pour laquelle je n'ai pas une estime incommensurable chaque matin il fait les courses, ramène une rose en gage d'amour immortel à son épouse, passe l'aspirateur, de plus il jouit depuis toujours d'une réputation de fidélité et de vertu absolues.
 Aux yeux de tous par rapport à lui Saint Augustin ou Jean-Paul Deux étaient de grands débauchés.
Cette quasi sainteté n'est pas sans générer des comparaisons pas forcément flatteuses pour ceux qui pâtissent d'une notoriété plus douteuse, suivez mon regard dans le miroir.

Un jour, il m'annonça d'un ton de commandement inhabituel:

- Je t'emmène " faire un tour " dans le vieil Antibes.

Après avoir longé les remparts nous sommes arrivés sur la jolie placette du Safranier, et avons descendu les petites ruelles étroites et moyenâgeuses. Avec leur  pavage de pierre, leurs murs tapissés de bougainvilliers colorés de plantes grimpantes et odorantes, les ombres, le silence, on a vraiment l'impression d'être projeté dans un autre monde plusieurs siècles en arrière. J'adore !
La vérité me force toutefois  à reconnaître qu'il y a bien quelques crottes de chiens au sol et une odeur d'urine persistante dans l'air mais j'ai décidé de ne voir que le bon côté des choses.

 

Dans un discret renfoncement Il a sonné à une vieille porte en bois cloutée percée d'un petit judas grillagé, après un léger bourdonnement et un bruit sec la porte s'est entrouverte, sans doute actionnée par un mécanisme invisible.

Un petit chemin avec des pas japonais menait à une maisonnette basse. Sous un arbre de Jérusalem planté devant la terrasse une femme était assise dans un fauteuil en osier, je l'appellerai Emmanuelle pour la circonstance.
Il était difficile de lui donner un âge, peut-être cinquante ou cinquante cinq ans, les femmes d'aujourd'hui ne vieillissent plus. Son physique ne m'a pas laissé une impression inoubliable mais il se dégageait d'elle, je ne sais pourquoi je l'ai ressenti ainsi, une grande tendresse.

 

Mon ami l'a embrassée sur la bouche en disant :

- Bonjour mon cœur.

Il s'est tourné vers moi, très cérémonieux :

- Emmanuelle, je te présente mon ami Serge l'écrivain dont je t'ai déjà parlé, Serge voici Emmanuelle, l'amour de ma vie.

Un silence embarrassé s'installa, je ne comprenais pas ce qui se passait, j'ai pourtant l'habitude des situations ambigües mais imaginez que vous découvriez que le Pape a une maîtresse.
 Dans l'histoire, de nombreux souverains pontifes en eurent plusieurs, mais c'était il y a longtemps on en a perdu l'habitude et maintenant souvent  les religieux préfèrent les jeunes garçons.
Les femmes sont moins harcelées par les curés de nos jours, peut-être un Evêque ou un Cardinal de temps à autre taquine -t-il encore un peu quelque bourgeoise, mais cela reste très marginal…

 

Emmanuelle me regardait, des larmes coulaient lentement de ses yeux.

 D'une petite voix douce elle a prononcé ces mots qui sont restés gravés dans mon esprit :

- Je suis trop heureuse, depuis toutes ces années c'est la première fois que je sors de l'ombre.

 Mon ami agacé  a demandé sèchement:

- Pourquoi pleures-tu? C'est bien ce que tu voulais, non ? tu n'es jamais contente !

 

Gêné, je suis resté muet. Vous savez que je ne suis pas le dernier à me moquer de mes contemporains et de moi-même, mais là je ne savais que penser.
 J'avais envie de la serrer dans mes bras pour la consoler du mal que cet homme lui faisait, manifestement sans s'en rendre compte.

Nous avons bu un café corsé accompagné de navettes provençales, biscuits oblongs à l'anis, parlé de tout et de rien, Emmanuelle jetait de petits regards inquiets vers mon ami.

 

Lorsque nous sommes repartis Paul m'a expliqué:

 

- " Emmanuelle et moi sommes amants depuis une dizaine d'années, j'ai toujours fait très attention à ce que personne ne se doute de cette liaison. Depuis le premier jour j'ai été clair avec elle, elle savait que j'étais marié et que je ne quitterai jamais Thérèse, cela lui ferait trop de peine.
 Je la vois chaque jour, je lui apporte une rose, j'ai organisé ma vie en conséquence.
 Tu es le seul à la connaître, elle avait envie d'exister un tout petit peu aux yeux du monde, alors comme je n'ai confiance qu'en toi je te l'ai présentée, ça va la calmer pour quelque temps, tu sais comment sont les femmes."

 

Il a réfléchi puis prononcé cette phrase dévastatrice:

- En fait, passés les premiers mois de grande passion une maîtresse pose plus de problèmes qu'elle n'en résout, aussi maintenant je me sers de l'une pour supporter l'autre, et vice-versa.

 

Je ne lui ai posé aucune question et fait aucun commentaire, je ressentais une grande culpabilité, toute l'hypocrisie, la lâcheté et l'égoïsme des hommes m'explosaient au visage. Cette femme  vivait ainsi ignorée de tous, recluse volontaire, combien de Noëls solitaires, de vacances désespérantes, d'attentes angoissées d'un appel qui n'arrive pas, d'anniversaires sans joie a-t-elle supportés ?

 

Ne vous trompez pas, je ne voudrais pas donner de leçon à qui que ce soit mais croyez- le ou non, j'ai espacé mes rencontres avec Paul, je l'aime moins parce que je m'aime moins. Pourquoi ai-je éprouvé une telle humiliation ? Il n'y avait aucune misère, s'il y en avait une elle n'aurait pas dépendu de moi, et Paul semblait se satisfaire de cette situation.

 C'est sûrement la faute à Saint-Exupéry, ne manquant par ailleurs pas une occasion de faire dire des conneries à son sale gosse de petit prince insupportable qui m'a toujours gonflé, il pontifiait :

- être homme c'est sentir la honte en face d'une misère qui ne semblait pas dépendre de soi.

 C'est sans doute ça, je suis un homme donc je sens bien la honte.

 

 Je pense souvent à Emmanuelle, à tous ceux et celles dont nous piétinons la vie, nous braves gens sûrs de notre bonne foi et en paix avec notre conscience assurant que nous n'avons rien à nous reprocher .
 
 
Quand revient le temps de l'automne
je pense à tout ce temps perdu
je n'ai fait de mal à personne
je n'ai pas fait de bien non plus
et j'ai ...le cœur gros.

 
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Et je vais me faire encore des copains:

 


- Mesdames méfiez- vous des maris trop parfaits! En particulier ceux qui vous offrent des roses sans raison…

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Cette histoire est extraite du livre :


 
 

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jeudi 28 juin 2018

Les Tribulations d'un Lyonnais en Provence. Histoire n°14


 
 
 

 

La fourmi de L'Estérel

 
En ballade dans l'Esterel, je fus pris d'un besoin pressant que j'allai soulager contre un arbre. Après quelques secondes, je me rendis compte que j'arrosais par hasard une grosse fourmi  passant là malencontreusement, elle s'empressa de se soustraire à ma douche involontaire pour retourner au labeur.

La fourmi n'est pas joueuse.
                                                

   Lors de sa venue au monde la probabilité qu'avait ce petit hyménoptère de croiser un jour ma route et de subir par ma faute ce léger désagrément était sans doute proche de zéro mais pas nulle puisque ceci s'est réalisé.
 Il me vient un vertige à l'idée de penser que les quelques secondes passées à observer ce fait suffiront à modifier irrémédiablement mon existence en m'évitant peut-être d'être percuté par un véhicule fou dans l'avenir ou au contraire causeront mon anéantissement, minuscule cause énorme effet, parfois un dixième de seconde fait toute la différence entre la vie et la mort.

Je me suis alors demandé si notre rencontre était fortuite où si elle relevait d'une fatalité que l'on pourrait appeler : La Destinée.
 Vous allez penser que j'ai du temps à perdre, mais un peu de réflexion philosophique par les temps qui courent nous changera des flatulences verbales des intellectuels de la télé réalité.

 Voici les résultats de mes cogitations, plus profondes qu'elles n'en n'ont l'air.
 
 
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Dans la mythologie grecque (les Grecs ont tout inventé avant de faire faillite) les Moires, appelées Parques chez les Latins qui ne se gênaient pas pour copier, étaient les trois divinités chargées de mesurer la vie des hommes écrite par avance. La première fabriquait le fil de la vie, la seconde déroulait ce fil et la troisième le tranchait avec ses ciseaux.

   On peut concevoir et admettre le fait suivant : les mêmes raisons produisant les mêmes résultats la vie d'un individu suit à peu près une voie libre que sa génétique, son inné, ses acquis, ses qualités, ses défauts, son environnement et ses choix lui tracent si aucun évènement extérieur grave ne se met en travers de sa route.

   Par contre, de nos jours mais rejoignant ainsi nos antiques ancêtres, beaucoup de gens croient encore dur comme fer au destin préconçu c'est à dire à une existence déjà organisée, manipulée par une entité supérieure et cheminant de façon inéluctable.

   Essayons de comprendre si ce concept de prédestination forgée par les anges gardiens très à la mode, les saints, les dieux ou tout autre esprit dominateur pourrait fonctionner et comment.

   Pour vous donner un ordre de grandeur de l'unité de mesure que nous allons employer, sachez qu'il faut à peu près 31 ans pour compter de 0 à un milliard à raison d'un chiffre par seconde, sans dormir, sans manger, sans boire.

   Des supers amas de galaxies s'éloignant les unes des autres à plus de 200 kms/seconde entraînées par l'expansion croissante de l'univers, comptant chacune des milliards d'étoiles promenant dans leur sillage des milliards de planètes abritant vraisemblablement un nombre incommensurable d'êtres vivants peuplent l'univers et parmi ce nombre hallucinant d'existences VOUS ETES UNIQUE, il n'y a jamais eu et il n'y aura plus jamais d'être totalement similaire à vous, c'est dingue non ?

   Revenons sur terre. Comme chacun des sept milliards d'humains vivants sur notre minuscule planète, vous êtes l'aboutissement d'une chaîne ininterrompue de millions d'aïeux et d'un nombre inimaginable et astronomique de circonstances qui font que vous êtes aujourd'hui cet être irremplaçable en train de lire mes élucubrations.

 La moindre divergence dans un seul évènement du passé aurait pu entraîner votre inexistence, ou la mienne, prenons quelques exemples :

 

 - Ponce Pilate libère Jésus arrêté par le Sanhedrin, le Romain nargue ainsi Caïphe le grand prêtre et montre qui est le Boss. Le Nazaréen n'est pas crucifié.
 Echaudé par l'aventure il rentre dans son village, épouse Marie Madeleine, s'associe avec Judas le plus intelligent et le plus affairiste de ses disciples ( on dit du mal de Judas pourtant il avait d'excellentes fréquentations) reprend l'entreprise de son père, devient un charpentier prospère, ne rencontre pas Paul sur le chemin de Damas.
 Que serait le monde aujourd'hui sans le formidable apport intellectuel et humaniste du christianisme ?
A contrario il faut reconnaître aussi qu'on n'aurait pas eu les guerres de religion ni les croisades qui nous sont encore reprochées de nos jours par nos amis arabes mais on ne peut pas gagner sur tous les tableaux et nous aurions sûrement trouvé d'autres bonnes raisons de nous entretuer !

 
 - Waterloo. Si Grouchy était arrivé avant Blücher Napoléon gagnait la bataille, le monde serait peut-être aujourd'hui totalement différent, quoique, seul contre toute l'Europe coalisée il aurait perdu un jour ou l'autre.

 

 - Le 14 mai 1610 François Ravaillac, de sa propre initiative ou manœuvré  par de hauts personnages, poignarde Henri IV qui s'apprête à partir en guerre contre l'Espagne. Imaginons le régicide arrêté in-extremis par un garde, où se trompant de cible dans le carrosse immobilisé par un embouteillage rue de la Ferronnerie à Paris, le Roi ne meurt pas, déclenche le conflit dans lequel un de vos ancêtres est tué, vous ne naissez jamais, vous ne lisez pas cette œuvre magistrale ( ah, la modestie de l'auteur !)  ce qui est dommage.

 
 Il faudrait donc que quelqu'un, peut être un Dieu particulièrement cynique et manipulateur, ait conçu une machinerie extraordinairement complexe organisant à chaque seconde des myriades d'interactions entre tous les êtres pour aboutir à vous.

  Dans notre dernier exemple ce grand manitou machiavélique aurait mis sciemment en relation au cours des millénaires précédents les aïeux successifs maternels et paternels qui donnèrent naissance au père et la mère de Ravaillac pour que celui-ci existe un jour, tue le roi et évite à votre ancêtre de mourir à la guerre pour que vous puissiez naître et que le monde soit exactement ce qu'il est parmi la multitude des possibles, vous imaginez le boulot ?

   Les lois de la physique quantique et de la conservation de l'énergie sont alors incontournables, pourquoi une telle débauche de moyens alors que le hasard fait aussi bien le travail et gratuitement, sans dépense thermodynamique ? Qu'importe à l'univers que vous viviez ou non, que vous rencontriez ou non telle personne ou une autre, que vous soyez riche ou pauvre, face au Cosmos nous ne sommes pas plus importants que la fourmi de l'Estérel.

   Les dinosaures dominent la terre pendant des millions d'années puis disparaissent en ne laissant que quelques ossements, des civilisations se développent et meurent en abandonnant quelques pierres entassées les unes sur les autres, les humains naissent, aiment, souffrent, persécutent leurs contemporains, font trois petits tours puis s'en vont pendant que les planètes orbitent inlassablement autour du soleil qui brille indifférent jusqu'à l'anéantissement final.

   Notre vie paraissant être plus dépendante de nos choix que d'hypothétiques maîtres de notre destinée, un autre débat consisterait à montrer que si nous avons la liberté de prendre telle ou telle décision  celle-ci est singulièrement réduite par le poids de notre éducation, entourage, culture, religion, peut-être n'avons-nous que l'illusion de cette liberté ?

   Pour l'instant, force est de constater que, sauf à penser que la mécanique implacable et follement complexe de la fatalité s'applique à chaque être vivant de l'univers il existe des rencontres aléatoires donc non programmées qui sont un carrefour où se télescopent inopinément des existences qui n'étaient pas destinées à se connaître telles que la mienne et celle de la petite fourmi !
 

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Je parlais de cela à mon voisin après le repas. En buvant son café à l'ombre de sa glycine, il a soulevé sa casquette à carreaux, s'est gratté la tête et m'a dit :

- Et si  Hasard était le mot derrière lequel Dieu se cache pour intervenir incognito ?

Il a rajouté:

- C'est bien beau tout ça mais tu ne te rends pas compte des problèmes que tu me causes avec ta philosophie de comptoir .
 Déjà la difficulté pour un retraité c'est avoir une bonne synchronisation tu le sais bien, quand on se lève trop tard on se met en retard pour se coucher l'après-midi, si en plus tu m'embrouilles les idées tu fais obstacle à l'accomplissement de mon destin, écrit sans doute pour moi depuis l'aube des temps… ma sieste.         

Un peu fâché de la légèreté avec laquelle il traitait mes pensées profondes, avant de lui tourner le dos je lui assénai méchamment :

- Bientôt ta sieste sera éternelle, tu n'auras même plus besoin de te réveiller, voilà ton destin de vieux débris en cours de liquéfaction !

Depuis deux jours on ne se parle plus.
 La philosophie, mot signifiant pourtant " amour de la sagesse ", mène à tout même à la déraison. Quand je vous disais que cette rencontre avec la petite fourmi changerait ma vie !

 Lorsqu'on sera réconciliés j'éviterai la philo  je lui parlerai macro-économie, par exemple de l'augmentation de la CSG sur nos retraites.

C'est notre destinée commune et c'était écrit !


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Cette histoire est extraite du livre :


 
 

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