vendredi 24 août 2018

Les Tribulations d'un Lyonnais en Provence. Histoire n°19

 

 

 

 


 

 

 

 

Montauroux est un village provençal qui fut détruit en partie par le Duc d'Epernon pendant les guerres de religion.

Chaque année au mois d'Août la population se réunit sur la place de la mairie pour juger par contumace le Duc meurtrier, le verdict est toujours le même: coupable.

 La sentence est exécutée sur le champ, d'Epernon est précipité sur un bûcher où  son corps de paille est réduit en cendres, supplice bien mérité, de son vivant il fut soupçonné d'avoir commandité l'assassinat du bon roi Henri.

 

Bizarrement les fêtes d'Août culminent le 24, jour de la Saint Barthélémy, journée abominable s'il en fut :
Le 24 août 1572 les catholiques massacrèrent les protestants venus à Paris assister au premier mariage du futur Henri IV avec la reine Margot. Sous prétexte de religion les crimes les plus atroces se perpétrèrent, les exécutions sommaires se propagèrent au pays tout entier, il y eut des dizaines de milliers de morts, vieillards, hommes femmes et enfants, chacun ayant un voisin, un parent ou un créancier rebaptisé huguenot hérétique  dont il voulait se débarrasser.

Tout cela est loin, revenons au temps présent où aucun individu ne songerait à tuer son prochain parce qu'il n'aurait pas les mêmes croyances que lui.
 

 Que dites-vous? Si ! C'est possible, vous croyez ?

 

 Au mois d'Août a lieu également le festival de guitare. Des concerts gratuits sont organisés sur la place des Estérêts du lac, celle du vieux village et dans la chapelle St Barthélemy restaurée grâce à Christian Dior, habitant illustre du village.

 Je n'aime pas l'intérieur de cette chapelle, les panneaux recouvrant les murs sont revêtus, à mon humble avis mais j'ai sûrement tort puisque tout le monde s'extasie devant, de peintures médiocres  et il y fait une chaleur infernale pendant  les concerts, conséquence du fait que les panneaux sont en bois.

Tous les cinq ans les médias mettent en lumière un intelligent qui croit avoir inventer une nouvelle technique de construction pour les habitations en utilisant ce matériau forestier. Un conseil, s'il vous vient l'idée saugrenue de construire une maison avec cette matière pourtant noble, naturelle, renouvelable donc écologique préparez-vous à souffrir chaque été ou prévoyez une bonne climatisation, le bois est un excellent isolant contre le froid mais déplorable contre la chaleur.

 

Un jour d'août donc, assis sur une chaise pliante dans la fournaise j'attendais l'arrivée des musiciens en transpirant et en m'éventant comme tout le monde avec un programme plié.

Une femme et un homme discutaient devant moi.

Elle :

- Tu as pensé à brancher l'alarme et à fermer les volets ?

Lui :

- Oui.

- J'en ai marre qu'on entre chez nous dès que je tourne le dos.

- Personne n'entre chez nous.

- Je te dis que quelqu'un entre dès que je tourne le dos.

- On ne peut pas entrer sans la clé.

- Il a une clé, je ne sais pas comment il l'a eue.

- On ne peut pas entrer sans déclencher l'alarme

- Je laisse des repères en partant, quand je rentre je constate à certains petits détails que quelqu'un est entré chez nous.

- C'est impossible, si quelqu'un entre il déclenche l'alarme et le centre de surveillance nous appelle.

- Il coupe l'alarme.

- Il faudrait qu'il ait la télécommande ou le code du clavier.

- Il est plus malin que toi.

- Pourtant il ne nous manque jamais rien.

- Il fait ça pour me faire chier.

- Depuis si longtemps? Il doit être vieux maintenant ce gars qui rentre chez nous sans qu'on ne le voit jamais. Vingt cinq ans qu'il te guette sans manger sans boire sans dormir, profitant du moindre moment de distraction pour déplacer tes affaires.

- Un autre homme que toi aurait réglé ce problème depuis longtemps.

 

Je ne me suis évidemment pas mêlé de la dispute mais la femme avait raison, un autre homme aurait réglé le problème depuis longtemps. En la faisant enfermer !

Je ne sais pas s'ils me faisaient de la peine ou suscitaient mon admiration. Finalement je me suis dit :
 Cet homme doit être un grand pêcheur pour mériter un tel boulet, lui et cette femme ont sans doute vécu le meilleur pour supporter ce pire mais je me trompe peut-être, quelquefois dans une relation sado-maso le pire cimente un couple mieux que le meilleur.
Oui je sais, ce que je viens d'écrire est un peu compliqué mais la vie n'est pas simple.

 

Les musiciens sont arrivés, deux guitaristes italiens exceptionnels manifestement homosexuels. Ils se faisaient l'amour en jouant, se frôlant et se regardant tendrement, le concert fut fabuleux je n'avais jamais entendu de telles merveilles.
 Ces garçons me firent oublier la chaleur et me convertirent  à la musique pour tous plutôt qu'à la manif pour tous où des hétéros veulent se mêler de nier le droit de vivre en pleine lumière à des gens d'inclinaison sexuelle différente, un peu comme si les bruns défilaient pour interdire aux blonds d'exister. Il me semble pourtant que chacun devrait pouvoir vivre en paix et faire ce qu'il veut avec son cœur et ses fesses.

 

Quelques jours plus tard lorsque je rentrai at home ma femme discutait avec une voisine qui se plaignait.

 On ( pronom imbécile qui qualifie celui qui l'emploie) entrait chez elle lorsqu'elle tournait le dos, la meilleure preuve, disait-elle, étant qu'ayant perdu une chaussette le matin la dite chaussette réapparut l'après-midi et qu'un vêtement qu'elle rangeait toujours à gauche était à droite.

 

Une semaine plus tard devant faire visiter à un futur acquéreur un appartement dont j'étais propriétaire, j'appelai la locataire sur le départ et en plein déménagement pour convenir d'un rendez-vous.

- Je ne peux pas être là  mais je vais vous donner le numéro du code de la serrure pour ouvrir ma porte.

- Le code ?

- Oui, j'ai fait poser une serrure magnétique codée, il faut composer un chiffre qui ouvre la porte.

- Je ne savais pas que cela existait.

- J'ai bien été obligée de me protéger, quelqu'un entrait chez moi dès que je tournais le dos.

 

Une nièce parisienne vient régulièrement passer quelques jours sur notre belle côte d'Azur, l'occasion nous est ainsi donnée de sortir certains soirs l'étonnant barbecue artisanal acheté dans un vide grenier.
Fabriqué à partir d'un demi-bidon métallique monté sur piètement et surmonté d'une grille, les saucisses, merguez, bacon et autres charcuteries cochonnes rissolent joyeusement au-dessus des braises, laissant échapper une graisse colorée se transformant en une fumée odorante qui vous fait couler la salive de la bouche.
 Malgré les avertissements sans cesse renouveler du corps médical prévenant du danger de cette cuisson libérant des substances cancérigènes ( pourquoi faut-il toujours que ce soient les bonnes choses qui nous détraquent la santé ) nous nous en  faisons péter le ventre, avec un rosé bien frais sous un olivier près de la piscine éclairée c'est du bonheur.

 

Après les agapes les épouses allèrent faire la vaisselle pendant que je parlai de choses sérieuses avec le neveu Grégory :
 le réchauffement de la planète, la lutte contre le terrorisme, la montée du FN, la composition de notre prochaine équipe nationale de foot, toutes questions importantes pour lesquelles seuls les maris sont compétents.

 Ayant solutionné la plupart de ces problèmes masculins graves avec les formules magiques ya qu'à et faut qu'on, je rentrai dans la cuisine prêt à offrir mon aide, avec un peu de retard j'en conviens mais proposée plus tôt elle risquait d'être acceptée, les femmes sont capables de tout.
Pourtant elles n'assument de leur côté que les tâches mineures peu fatigantes : éducation des enfants, gestion du budget, courses, repas, lavage et repassage du linge, nettoyage maison, devoir conjugal ( important le devoir conjugal ) etc…, il est indispensable de les occuper un peu sinon elles pensent et font des bêtises.

Bref elles  finissaient de nettoyer les couverts à l'ancienne avec des éponges et du liquide vaisselle dans l'évier en pierre, elles me tournaient le dos, j'entendis ce qui suit.

 

 

Ma nièce:

- Grégory ne veut pas me croire, quelqu'un entre chez nous lorsque j'ai le dos tourné, mes affaires disparaissent et réapparaissent, je n'en peux plus. Je mets parfois de la farine dans le hall d'entrée quand je pars, régulièrement à mon retour je trouve des traces de pas, mais je n'en parle plus à Grégory il se moque de moi. Si un jour je trouve celui  ou celle qui entre je fais un massacre.

Elle a murmuré :

- Je soupçonne la voisine de se servir de mes affaires et de les remettre en place après usage, je l'ai déjà vue avec le même sweet que le mien.

Ma nièce pèse 50 kgs, sa voisine que j'ai déjà rencontrée en accuse au moins 80 sur la balance et je la vois mal sauter par-dessus leur mur de 2 m de haut.

 

Je suis ressorti sans bruit, dubitatif. Vous n'allez pas me croire mais cette histoire courte est authentique, je crois que nous avons affaire à une épidémie en plein développement, les nombreuses malades se reconnaîtront.

 A moins qu'il ne s'agisse d'un problème plus profond, les femmes voient sans doute des choses que nous, mâles frustres et grossiers, n'imaginons même pas, peut-être sont-elles visitées à notre insu par quelques malins lutins farceurs ou lapins crétins ?

 

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C'est décidé, dès demain je vais installer des pièges à loup dans le hall d'entrée et le salon, chez nous les lutins ne passeront pas. Je n'aimerais pas qu'une chaussette rangée à droite se retrouve à gauche !


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Cette histoire est extraite du livre :





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lundi 13 août 2018

Les Tribulations d'un Lyonnais en Provence. Histoire n°18







 LE HUITIEME MEDECIN !

Après avoir lu cette histoire vous ne verrez plus jamais le monde médical du même œil.




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Il se trouve que je suis né avec une petite anomalie cardiaque, trois fois rien, mon cœur s'arrête parfois.

Revenons un peu en arrière.
Une nuit de novembre 1958, j'avais dix ans, mon cœur fit l'impertinent et décréta subitement, tel un syndicaliste français de base, un mouvement de grève sans concertation ni négociations préalables. (Que les syndicats se rassurent je me gausse uniquement des gens que j'aime bien.)
Après quelques secondes angoissantes, en syncope je fus projeté dans un lieu inconnu et enchanteur, un champ couvert de fleurs colorées et odorantes.
 Lorsque les pulsations reprirent spontanément, arraché contre mon gré à ce lieu paradisiaque je me retrouvai bêtement dans mon lit, désespéré et me répétant en boucle :
- Je viens de vivre un moment d'éternité.

A ce moment de l'histoire la narration parait bien banale, il s'agit d'un beau rêve pensez-vous.
Un beau rêve à quelques détails près : le lendemain j'avais acquis une mémoire monstrueuse, la capacité de lire une page complète en une fraction de seconde et d'autres particularités qui me valurent bien des déboires.
Cette mémoire était insupportable, je ne pouvais rien oublier. Toutes les plaques minéralogiques des voitures aperçues, tous les numéros de téléphone composés ou d'appels reçus depuis des mois, chaque mot lu, étaient définitivement gravés dans ma mémoire, faisant de moi une vraie bête de foire.

 Je ne parlai jamais à personne de cet incident qui se reproduisit régulièrement, c'était mon secret.


Lyon, an de grâce 1974.

Âgé de  26 ans, mon cœur, cet impertinent qui ne bat que pour vous jolie lectrice, se met toujours en grève quelques secondes de temps à autre, me procurant ainsi de très belles syncopes qui me sont maintenant habituelles.
Ayant frôlé un accident de voiture je consultai enfin.
Après moults examens le corps médical unanime décida de me faire bénéficier d'une toute nouvelle découverte, le pacemaker.
 L'opération étant réputée bénigne un cardiologue implanta donc sous la peau de mon pectoral droit, reliée à mon cœur par une sonde intraveineuse se terminant en une électrode métallique, une pile au lithium de la dimension d'un paquet de gitanes dite pile sentinelle , ce qualificatif étant dû à sa capacité à  ne se déclencher qu'au-dessous d'une certaine fréquence pour relancer " la pompe". 
Au début l'intervention d'une force étrangère forçant le cœur à taper plus vite est très désagréable, puis on s'habitue et finalement on est rassuré, même ravi d'être devenu " bionique". Une carte d'invalidité définitive me fut délivrée par un organisme officiel nommé la Cotorep.

Huit ans plus tard le cardiologue changea la pile qui s'usait puisqu'on s'en servait (clin d'œil à tous ceux qui se crurent obligés de m'asséner inlassablement la plaisanterie d'usage que les moins de trente ans ne peuvent pas apprécier à sa juste valeur: la pile Wonder ne s'use que si l'on s'en sert, les cons !)

Dix ans plus tard nouveau changement par le même médecin. L'implant magique était plus discret maintenant grâce aux progrès technologiques et me valait un joli succès et une fouille au corps à chaque voyage en avion, interdiction m'étant faite de passer sous les portiques de détection.

En pleine forme, très sportif et dans la force de l'âge : course à pied, haltères, aérobic, musculation j'avais oublié mon pacemaker.

Lors d'une visite de contrôle mon fidèle cardiologue qui vieillissait plus mal que moi m'annonça qu'il convenait de prévoir d'urgence un remplacement, l'objet miraculeux censé soutenir mon cœur étant vide de son énergie, sans doute depuis plusieurs semaines.

Vous allez me trouver soupçonneux mais il me sembla voir briller dans ses yeux des lueurs peu médicales : supplément d'honoraires, marge sur implant etc…

Je demandai donc à une équipe médicale indépendante une nouvelle évaluation de mon système cardio-vasculaire.
Le résultat fut sans ambiguïté mais pas sans surprise :
- Pourquoi vous a-t-on implanté ce pacemaker dont vous n'avez pas besoin ?
Mes syncopes avaient totalement disparues malgré la pile hors d'usage, d'après ces jeunes médecins elles étaient vraisemblablement causées par, je cite :
- une altération du faisceau de His congénitale bien stabilisée maintenant, considérée comme mineure, ne nécessitant aucun appareillage particulier.


Mon cardiologue, chagrin de la remise en cause de son bisness me retira l'objet litigieux mais grognon laissa dans mon corps la sonde, fin câble métallique recouvert de plastique de 30 cms de long.
Il ne savait comment extraire ce fil intégré au muscle cardiaque depuis si longtemps.

Je l'oubliai et la vie continua.

Ne vous impatientez pas, le drame couve, il ne saurait tarder. Vous avez vraiment pris de mauvaises habitudes.


Début 2008.

Depuis plusieurs jours je ne me sens pas bien, quelque chose cloche dans la belle mécanique de mon beau corps ( si on ne fait pas sa pub soi-même…).
Je traite cette indisposition par le mépris, avec un cousin nous entreprenons de faire le parcours de santé dans le bois contiguë au stade du défens. Mens sana in corpore sano. Ce parcours est parsemé d'agrès de toutes natures. Arrivés aux barres asymétriques je tente un rétablissement osé et cogne violemment mon torse à une poutre.

Dans la nuit une douleur thoracique atroce déchire ma poitrine avec une sensation d'étouffement qui s'amplifie à chaque respiration.

Vous voilà rassurés ? la tragédie est là, ouf !


Tout ce qui suit est une pure réalité.


Premier médecin :

Le lendemain je pars à pied, 800 m, chez mon généraliste à qui je raconte mon histoire, il m'ausculte sommairement et conclut à une petite déchirure musculaire, je repars avec un tube de doliprane.

Trois jours après, je ne vais pas mieux, il écoute mes poumons " qui crépitent joyeusement"  annonce-t-il, " rien de grave, un peu d'emphysème. "


Second médecin.

Je vais mal, rendez-vous est pris chez un pneumologue de Fréjus. La côte d'Azur n'étant pas vraiment un désert médical l'accès aux divers spécialistes n'est ni long ni compliqué.
 Je lui raconte mon histoire et signale que je suis porteur d'une sonde, information sans intérêt pour lui, il la balaie d'un revers de main. Le brave homme pense que j'ai une côte cassée.

 Quelques jours plus tard sur ma demande il se décide à me faire passer une IRM qui révèle des séquelles d'embolie bilatérale, en clair des caillots ont bouché mes deux poumons, ce qui entraîne la mort immédiate dans 50% des cas. Affolé il me prescrit des anticoagulants et m'adresse à une cardiologue pour un second avis.


Troisième médecin.

La cardiologue me reçoit en urgence quatre heures plus tard. Auréolée du titre d'ex chef de clinique du CHU d'une grande ville du sud-ouest, elle écoute mon histoire d'une oreille distraite et me fait une piqûre intramusculaire d'anticoagulant censée parer au plus pressé en attendant l'effet des cachets.


Je vais de plus en plus mal, chaque après-midi sur le coup des 16 heures une grande fièvre me fait claquer des dents.


Quatrième médecin.

Des analyses faites par un laboratoire spécialisé montrent que les caillots responsables probables du problème se forment spontanément suite à une anomalie génétique. Le médecin du labo m'explique gravement qu'il convient d'alerter mes frères et sœurs vraisemblablement nés avec la même tare.

Ma première règle de vie étant : ne jamais croire une information sans l'avoir vérifiée par moi-même, je lis les conclusions jusqu'au bout, lecture édifiante. Une petite ligne signale que les résultats sont totalement faux si le sujet est traité par anticoagulants.

- Vous auriez pu me dire que vous étiez sous traitement, ronchonne le médecin privé de ce patient anormal, déçu comme un enfant à qui on retire un jouet.

J'ose suggérer :

- Vous auriez pu me le demander.


J'absorbe scrupuleusement les cachets d'anticoagulant prescrits mais je vais de plus en plus mal, je m'essouffle à chaque pas, je me sens mourir, j'ai pris vingt ans en trois mois.


Cinquième médecin.

Sur la recommandation d'un voisin anesthésiste un grand pneumologue Lyonnais me reçoit en priorité. Il me garde dix minutes en consultation : cinq pour tenter désespérément de soigner son ordinateur défaillant, deux pour écouter mes poumons avec un antique stéthoscope, deux pour me conseiller de poursuivre mon traitement anticoagulant et deux pour demander à sa secrétaire de me présenter ses honoraires, cent euros.
 Oui je sais le total fait onze minutes, je voulais voir si vous suiviez et vous prouver que la médecine n'est pas une science exacte.


Je ne peux plus monter mes escaliers.

Sixième médecin

Un autre voisin m'a conseillé son généraliste qu'il considère comme génial.  C'est une remplaçante qui me reçoit, pour faire baisser ma fièvre j'ai droit à huit jours d'antibiotiques, miracle je me sens mieux. Quinze jours après la fin des antibiotiques la fièvre revient.

Dix jours plus tard je ne peux plus lever mes bras pour me doucher, je suis trop fatigué, je ne peux plus porter mes petits-enfants sur mon dos, chaque soir je me prépare  à mourir dans la nuit. J'ai noté sur un registre mes instructions et mes dernières volontés.


Septième médecin.

Le généraliste génial est là. Il m'écoute attentivement, (on rencontre parfois des médecins qui écoutent leurs patients, certains même les entendent  mais l'espèce est en en voie de disparition)  décroche son téléphone et appelle Monsieur M.. pneumologue à Draguignan, ce gars-là va me sauver la vie.


Huitième médecin.

Monsieur M.. pose les bonnes questions et comprend immédiatement ce qui se passe. Il ne prend pas de précautions oratoires:

- Trois sortes d'embolie peuvent vous tuer : les caillots circulants, les embolies médicamenteuses et les emboles dus à une infection.
 La sonde de votre pacemaker étant un corps étranger les bactéries trouvent là un refuge idéal pour se développer et former des colonies.
 Le choc dû au coup dans votre poitrine a vraisemblablement libéré des sacs bactériens qui sont partis dans votre circulation sanguine et sont restés bloqués dans vos poumons, heureusement. Ils auraient très bien pu déclencher un infarctus ou un AVC. Le problème maintenant est que cela peut recommencer d'un instant à l'autre
. Risque supplémentaire un choc septique dû à l'infection peut vous tuer à tout moment et dernier impératif absolu, stoppez immédiatement les anticoagulants, ils peuvent être à l'origine d'une hémorragie incontrôlable. 


J'arrête là cette histoire, sachez seulement que je fus opéré en extrême urgence à La Timone ( Marseille ) par une des rares équipes françaises capable d'extraire d'un corps humain vivant un câble d'acier présent là depuis près de 35 ans.

Ils me le retirèrent difficilement mais ne purent accéder à l'électrode de 4 mm2 enkystée dans mon cœur.

 Il s'avéra que cette sonde était  infectée par quatre races différentes de bactéries, j'hébergeais un vrai zoo, je restai donc six semaines sous perfusion de Vancomycine, antibiotique de dernier recours.

Le chirurgien me confia que près d'un pacemaker sur deux était implanté inutilement. 

Si votre garagiste répare mal votre voiture vous changez de garagiste ? si votre médecin  n'améliore pas votre état consultez-en un autre, conseil d'un vieux patient impatient et si on veut vous implanter un pacemaker ou vous enlever la prostate en un tour de main demandez un second, voire un troisième avis avant d'être mutilé.


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A cette époque j'avais créé avec un ami Cannois une société de marchand de biens qui achetait des petits appartements pour les revendre après rénovation. J'en assurais toute la partie administrative.

Mon associé, les yeux humides, me confia un jour qu'il s'était fait beaucoup de soucis. J'étais très ému de constater l'intérêt et l'affection qu'il me portait. Je me faisais des illusions, il me répéta:

- je me suis fait un de ces soucis, en cas de malheur qui aurait fait les papiers ?

Quelle leçon d'humilité ! " Vanité des vanités, tout est vanité " dit l'Ecclésiaste

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Aujourd'hui je vais merveilleusement bien, merci. On vit très bien avec une électrode fichée dans le cœur, et contrairement à ce que prophétisait le pneumologue, grâce à mes randonnées  j'ai retrouvé l'intégralité de mes capacités respiratoires réduites par les embolies.

Je ne sais pas comment vous auriez réagi, moi j'ai appelé les six premiers médecins pour les traiter d'incompétents, leurs excuses embarrassées m'ont fait du bien et peut-être vont-ils enfin apprendre à écouter …On peut toujours rêver ! En tous cas il me semble que la santé est un bien trop précieux pour être confié à ceux qui ne sont pas sourds mais ne veulent rien entendre. 


Hier chez ma coiffeuse je suis tombé sur un petit bouquin expliquant que nous avons tous un ange gardien guérisseur. Notre environnement paranormal doit être très encombré car beaucoup de médecins emplumés circulent continuellement et invisiblement autour de nous parait-il.
L'auteur du livre a l'air de bien connaître le fonctionnement de nos Séraphins thaumaturges,  manifestement il discute souvent avec eux grâce à une ligne directe avec le ciel. Il convient, prévient-il, de les prier trois fois pour espérer leur intervention.

 Je me demande ce qu'ils peuvent bien faire pendant les deux premières prières, ils dorment, jouent aux cartes avec les copains ou savourent notre soumission? et si on ne les prie pas, ils s'en foutent ? Alors là-haut c'est comme ici-bas il faut supplier pour être entendu ?

Bon dans ce cas je vais rester encore un peu dans notre vallée de larmes.

Août 2018.

Transféré par les pompiers à l'hôpital de Grasse pour douleurs dans la poitrine je suis rentré chez moi de ma propre initiative après quatre jours sans diagnostic ni traitement.. Ma cardio a réglé le problème.
Croyez-le ou non, la situation hospitalière s'est encore dégradée.  Il n'y a même plus de médecins pour se tromper. Ce n'est pas plus mal, au moins ils ne pourront pas me tuer...

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Cette histoire est extraite du livre :





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jeudi 19 juillet 2018

Les Tribulations d'un Lyonnais en Provence. Histoire n°16


 

 
 
 
 

Le petit homme du  barrage de Malpasset

 

 Pour une fois je ne suis pas seul, mon voisin médecin a voulu m'accompagner avec un de ses amis. Discrètement il m'a demandé :

- Essaie de nous trouver un petit parcours plat, mon copain insiste pour marcher avec nous mais il n'a pas fait de sport depuis bien longtemps et comme c'est un bon vivant …

Effectivement l'ami présente une cinquantaine largement enrobée, il semble avoir le souffle court et la jambe traînante. Exceptionnellement j'accepte de les cornaquer (un cornac étant le maître et le guide d'un éléphant).

Nous garons notre auto sur la place des Estérêts du lac, gros hameau lointain de Montauroux presqu'aussi important que le cœur du village et nous voilà partis.

Du parking il faut grimper une dizaine de mètres pour rejoindre le sentier, l'ami est déjà essoufflé, deux cents mètres plus loin  il a un point de côté, ça commence fort.

Si le but de la promenade dont je vais vous parler est spectaculaire,  le chemin qui y mène, quatre kilomètres de piste poussiéreuse plate, sans ombre et sans intérêt parait toujours très long .

L'objectif de notre randonnée est le barrage de Malpasset, enfin ce qu'il en reste, mais le sujet de l'anecdote que je veux raconter est moins dramatique.

 

Un peu d'histoire selon Wikipédia :

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Au début de l'hiver 1959, des pluies torrentielles vinrent remplir pour la première fois le nouveau barrage d'irrigation de Malpasset, en amont de Fréjus. Lorsque celui-ci céda soudainement, le 2 décembre 1959, près de 50 millions de mètres cubes d'eau déferlèrent, ravageant campagnes et villages jusqu'à la mer. C'est la plus grande catastrophe de ce genre qui ait jamais touché la France.
Le barrage est donc rempli à ras bord lorsqu'il cède, à 21 h 13 exactement. Le bruit du craquement de sa voûte alerte en premier le gardien de l'ouvrage, qui se réfugie en haut de sa maison, à 2 km et demi en aval. Bien lui en prend : une gigantesque vague de 40 m de haut déferle dans l'étroite vallée à la vitesse de 70 km/h. Balayant tout sur son passage, elle débouche sur Fréjus 20 minutes plus tard, avant de se jeter dans la mer.

Le plan ORSEC - plan d'organisation des secours - est immédiatement déclenché. Les militaires des bases locales ainsi que des hélicoptères de l'armée américaine basés dans les environs s'occupent de porter secours aux survivants, mais aussi de dégager les corps des victimes. Le général de Gaulle, président de la République, venu sur place quelques jours plus tard, découvre une zone totalement sinistrée. La catastrophe a fait 423 victimes humaines, sans compter  les voies ferrées  arrachées, les fermes soufflées, les animaux déchiquetés.

 
Selon Arte, les services secrets allemands auraient une preuve contredisant formellement les résultats de l'enquête française concluant à l'origine naturelle de  la  catastrophe de Malpasset. En 1959, en pleine guerre d'Algérie le front de libération national algérien aurait posé une bombe au pied du barrage.

Qui croire ? Mais là n'est pas le sujet de cette histoire.

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Après une bonne heure et demie de marche ponctuée de pauses et de plaintes finissant toutes par " on arrive bientôt ?"  nous voici rendus sur les lieux.

 Le site du cataclysme ayant été laissé en l'état, l'arrivée est toujours très impressionnante.
De la rive gauche du petit défilé sur lequel s'appuyait le barrage sortent des barres de fer tordues grosses comme un bras d'homme, d'énormes blocs de béton emportés par la vague meurtrière barrent la vallée en contrebas.

Seul le côté gauche a cédé, le côté droit lui est intact dominant du haut de ses 60 m les 4 ou 5 m de murs rabotés par la fureur des eaux.

 Mes compagnons commencent à mitrailler le site, tirer des selfies ( petite masturbation photographique) , prenant la pose devant les blocs.

Une jeune femme noire court sur le sommet des ruines du barrage, un petit homme dégarni et nanti d'un ventre confortable la couve d'un regard  attendri. Elle n'est pas très belle de visage mais sa peau café au lait et son joli corps presque juvénile attire le regard. Elle crie:

- Ven conmigo mi ángel,  viens avec moi mon ange!

Je tourne la tête pour contempler le destinataire de ce qualificatif, il n'y a là que moi et le petit homme donc c'est à lui qu'elle s'adresse. Elle doit être myope ou très imaginative pour conférer à ce gars un attrait un tant soit peu angélique. J'ai subitement et inexplicablement un accès de cruauté envers lui alors je l'interpelle en soulignant lourdement la différence d'âge :

- Je crois que votre fille vous appelle.

- Ce n'est pas ma fille, c'est ma femme.

Il répond fièrement à son épouse, puisqu'épouse il y a :

 - No, no es que yo estoy cansado, pero cuidar de sí mismo, es peligroso, que je traduis approximativement - Non, je ne viens pas je suis fatigué mais fais attention à toi, c'est dangereux.

Je regrette déjà la méchanceté de mon intervention consistant à insinuer que sa femme soit sa fille alors je lui tends une barre de chocolat un peu molle et engage la discussion d'un ton plus aimable.

Je dois avoir un don d'empathie pour pousser ainsi les inconnus à la confidence, voilà ce qu'il me raconte après quelques minutes d'échanges informels mais amicaux.

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" Je suis directeur général adjoint d'une multinationale qui s'occupe d' environnement. Mes fonctions m'amènent à voyager partout dans le monde. Il y a une dizaine d'années j'ai travaillé et résidé quelques mois à Cuba.
Ce pays est très pauvre mais les habitants sont chaleureux surtout les femmes. Elles sont prêtes à tout pour échapper à leur misère, en peu de temps j'étais entouré de créatures plus belles les unes que les autres, à ma grande surprise elles me trouvaient terriblement séduisant.
 J'en ai ramené une avec moi et l'ai épousée, sous le régime de la séparation des biens, pour qu'elle puisse rester officiellement en France. Elle avait vingt deux ans, moi quarante cinq.
Trois ans plus tard elle parlait parfaitement français, avec l'espagnol sa langue maternelle plus l'anglais qu'elle pratiquait à la perfection elle se retrouva ainsi trilingue comme moi. Elle a trouvé un boulot dans le tourisme et un jour elle m'a quitté pour un chat de gouttière passant là.
 Quelques mois plus tard j'ai ramené une jolie blonde aux yeux bleus de Donetsk en Ukraine. Elle m'a adoré pendant deux bonnes années, le temps d'apprendre notre langue, puis m'a quitté après trois ans de vie commune.
J'ai ensuite épousé une colombienne et le même scénario se déroula.

Ayant  bien conscience que je ne suis pas un apollon, finalement au lieu de me lamenter je me suis dit : " d'un inconvénient faisons un avantage".
 On dit que le mariage transforme les fées en sorcières alors moi je ne vis qu'avec des fées qui n'ont pas le temps de se métamorphoser.
 Maintenant j'ai pris l'habitude de changer de femme régulièrement, je me suis organisé une petite vie douillette. Je n'ai pas besoin de me casser la tête pour les distraire, je fais toujours avec elles les mêmes promenades, les emmène dans les mêmes restaurants etc…puisque pour chacune c'est la première fois.

Il jette un coup d'œil vers sa princesse noire pour vérifier qu'elle soit hors de portée de voix et  prononce cette phrase ahurissante :

- Si certains renouvellent leur voiture tous les deux ans moi j'ai une nouvelle femme jeune dans mon lit tous les trois ans, c'est quand même plus agréable d'avoir régulièrement un modèle récent, non ?
 La compagne actuelle que vous voyez sur le barrage vient de Punta Cana, pour le moment comme elle ne parle pas très bien notre langue elle m'adore,  je lui apporte ce que toutes les femmes recherchent en priorité, la sécurité. Elle me quittera dans quelque temps quand j'en aurai bien profité mais ce n'est pas grave, c'est prévu, mon scénario est bien rôdé.
Pour la prochaine j'ai envie de tâter un peu de l'asiatique, il parait que les cambodgiennes ou les thaïlandaises sont très dociles."

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J'ai abandonné la quatrième mais provisoire épouse aux bons soins et sollicitudes triennales du petit homme délicatement romantique.

 Nous sommes repartis et rentrés difficilement, l'ami de mon ami avait des ampoules aux pieds grosses comme mon pouce.

En route je me suis fait la réflexion suivante:

 Je suis marié depuis quarante huit ans avec la même femme, en imaginant avoir adopté un style de vie analogue à celui de mon éphémère copain du barrage j'en serais donc à ma seizième épouse, seize redémarrages de vie commune etc…

Se pose alors la question suivante: vaut - il mieux vivre toujours la même chose avec des femmes différentes ou vivre des choses différentes toujours avec  la même femme ? Vaste débat.

Moi j'ai choisi, mais parfois j'en ai marre qu'on m'aime pour moi-même, j'aimerais bien être aimé aussi de temps en temps pour mon argent (pour les grognons, attention plaisanterie du second degré).

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Un de mes voisins enclin à la soumission vit un enfer avec une sorcière n'ayant vraisemblablement jamais été fée et ne sachant qu'inventer pour lui pourrir la vie, demandant justification de chaque centime dépensé, reprochant chaque minute de retard, écoutant chaque communication téléphonique, confisquant bouteilles d'apéro et cigarettes.
 Lorsque je lui ai expliqué cette histoire gravement il a suggéré cette conclusion :

- Si je comprends bien ton gars de Malpasset et moi avons loupé tous les deux nos mariages, lui parce que ses femmes sont parties, moi parce que la mienne est restée.

Il disait cela très sérieusement, moi j'étais mort de rire mais finalement il n'avait pas tort.

 LOL comme on dit sur les réseaux prétendument sociaux

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Cette histoire est extraite du livre :


 
 

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