vendredi 28 septembre 2018

Les tribulations d'un Lyonnais en Provence. Histoire n° 21









 Les femmes les plus chères ...

Une fois n'est pas coutume nous allons voyager loin de chez nous sans quitter notre chaise et vivre une petite aventure qui aurait pu très  mal se terminer.





Un beau matin un de mes amis a  reçu un message sur son ordinateur et il s'est fait méchamment arnaqué, pourtant nous l'avions prévenu mais il n'écoute personne. Pour sa défense sachez que cela c'est produit il y a une douzaine d'années, à cette époque ce piège était relativement mal connu. 

Les textes sont authentiques, je n’ai absolument pas changé un mot, même les fautes d'orthographe ont été conservées et si vous trouvez cette arnaque trop simple pour être crédible, sachez que plus d’un malin s’y est fait prendre.


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 - Bonjour  Joseph,

Je suis Camille Moreau et je souhaiterais vous connaitre pour une amitié sincère. Si cela vous dit, j’attends de vous lire.

Cordialement. Melle Camille


Il a répondu mettant ainsi le petit doigt dans l'engrenage, erreur grave.

 -  Bonjour Camille, comment me connaissez-vous ?      


  - Bonsoir Joseph.

Très contente de recevoir votre réponse, c'est vrai que nous ne nous connaissons pas vraiment, mais je suis très ravie que vous m'accordiez un temps de réponse. J’ai 29 ans, je mesure 169 cm pour 56 kg. J'habite à Colmar , France. Je suis transitaire de formation (import-export). Je souhaiterais vous avoir comme ami si possible, raison pour laquelle, je vous fais parvenir une photo de moi, au moins, vous saurez avec qui vous échangez. J'ai eu votre adresse en effectuant des recherches sur le web et je voudrais m'excuser pour la manière de vous contacter.

Amicalement, Mlle Camille


   En pièce jointe, la photo d'une ravissante jeune femme blonde aux yeux bleus fait battre son cœur un peu plus vite.


  - Bonjour Camille. Vous êtes très jolie. Pouvez-vous me dire ce que vous attendez de moi. Excusez-moi d'être un peu en retrait, le temps de comprendre qui vous êtes et ce que vous souhaitez.

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   Joseph nous a pourtant avoué avoir entendu parler à la télé de certaines escroqueries provenant de pays d'Afrique, mais les reportages insistaient toujours sur la conception grossière des textes et les nombreuses fautes. Ici la syntaxe et l'orthographe sont presque parfaites et il a tellement envie d'y croire. Le chasseur piège le gibier lorsque celui-ci veut bien participer un minimum à la capture…

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 - Bonjour Joseph,

je vous remercie pour le compliment. Vous n'avez pas à vous excuser, je vous comprends. Je souhaite juste entretenir une correspondance amicale et sympa avec vous. Je reste donc dans l'attente de vous lire pour vous en dire plus sur moi si vous le souhaitez bien sûr.


 - Bonjour jolie Camille. Puisque vous me proposez de me parlez de vous je fais les premiers pas pour me dévoiler. Je vous parle donc un peu de moi. J'habite dans une belle maison au centre d'un village proche de Cannes. Je suis retraité de la marine, sportif, j'aime la course à pied le cinéma et la lecture. Je suis ravi d'entretenir cette correspondance avec vous. amicalement Joseph.


   Bonsoir Joseph.

- Je te remercie pour ta réponse dont je viens à peine de prendre connaissance et ta volonté à vouloir continuer cette correspondance. Je m’excuse si je te tutoie, mais je me dis que ce ne serait pas exagéré si on se tutoyait. Je vais donc essayer de me présenter un peu plus. Tu le sais maintenant, j’habite Colmar, c’est une belle ville dans une belle région, l’Alsace, connu pour le bon vin, les cigognes, les beaux paysages et le bon accueil de ses habitants. Je suis dans l'import-export (je m’occupe de l’affrètement de marchandise sur le secteur national et international) et je travaille à mon compte ce qui me donne parfois une petite liberté. Je m'investis dans les cultures agricoles servant de matières premières dans certains pays.

 Concernant mes Hobbies, je commencerai par les voyages, les sorties entre amies, resto, plage, cinéma, lecture et regarder des matches de foot, tennis que j'aime bien. J'adore faire le jogging pour maintenir ma forme. Mes couleurs préférées, le Rose, le Blanc aussi le bleu. J'aime beaucoup cuisiner, faire des pâtisseries.

 Je suis douce, calme de nature mais pas vraiment timide quand je connais bien la personne. Sensible aux problèmes des autres et accessible. J'ai horreur des hypocrites, des menteurs et des imposteurs.

 Je suis célibataire sans enfant. J’ai perdu mon père très jeune et ma mère, elle vit à Troyes avec ma petite sœur qui n'a que 15 ans. Et toi, Marié, en couple ou célibataire ? Je voudrais que tu sois toujours sincère avec moi. Je suis dans l’attente d’une photo de toi. Je t’embrasse

Amicalement, Camille.


  - Bonsoir belle Camille. Je suis veuf et sans enfant, ne connaissant pas tes critères de sélection je me permets de te signaler que j'ai 63 ans. Bien qu'étant très en forme et actif je ne voudrais pas que notre différence d'âge soit un obstacle entre nous, peut-être souhaites-tu avoir un correspondant plus en adéquation avec toi. Si cette différence ne te chagrine pas je te transmets une photo (tu peux déjà me voir sur Facebook). Je t'embrasse.


 -  Bonjour Joseph,

Je te remercie pour ton message que j’ai bien reçu et ta photo que j’ai beaucoup appréciée. Je pense que l’âge ne doit pas être un obstacle à une quelconque relation. A mon humble avis, côtoyer une personne d’un âge avancé est un atout majeur, dans la mesure où on apprend beaucoup de cette personne. Donc ton âge ne me dérange pas. Je suis en préparation d’un voyage professionnel sur l’Afrique et cela me prends beaucoup de temps actuellement. Dans l’attente de te lire.

Bisous, Camille

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   La formulation "personne d'un âge avancé" lui a procuré, a-t-il reconnu, un petit pincement de désagrément, mais bon  pensa-t-il, elle n'a que 29 ans il faut la comprendre.

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 Il répond :


 -  Bonjour. J'espère que ta profession ne t'entraîne pas dans des pays dangereux, où dois-tu aller?


   Mon cher Joseph,

- Je pars demain pour l'Afrique de l'ouest, plus précisément en côte d'ivoire, je tiens absolument à rester en contact avec toi par internet, quand je reviendrai, dans quinze jours je souhaiterais te rencontrer. Voilà je te laisse et même arrivée sur place je ferai en sorte d'échanger avec toi car je m'y plais vraiment !! je te souhaite une bonne nuit, je vais rêver à toi.


- Chère Camille, je te souhaite un agréable voyage, prends garde à toi et reviens moi vite, moi aussi je vais rêver à toi, ce sera comme rêver à un ange.


   Trois jours de silence insupportable, puis miracle.


- Mon cher Joseph,

j’ai bien reçu ton message et je t’en remercie. Je suis bien arrivée. Soit rassuré, je serai aussi prudente que possible. Je vais très bien et je pense très fort à toi en ce moment. Excuses-moi si je ne t'ai pas vite donné des nouvelles de moi, c'est que j'ai été épuisée par le voyage. Ici le climat est un peu chaud et on se retrouve à près de 30 degrés et surtout que je me rends en Côte d’Ivoire pour la toute première fois. Je suis un peu dépaysée, mais les choses se déroulent bien. Je suis un peu fatiguée par mon voyage mais j'ai eu une folle envie de t'écrire après ces jours de répits. Donne-moi de tes nouvelles mon Joseph, car étant seule ici j'ai besoin d'échanger régulièrement avec toi. J’ai encore faim de te lire.

Bisous, Camille


- Belle Camille. Tu me manques beaucoup j'ai fait quelques randonnées dans un endroit magique j'aurais aimé que tu sois là. Parle moi de ton voyage et de ton travail. Baisers Joseph.


   Cinq jours sans mail, il n'y tient plus. Le sixième jour le message espéré arrive :


  - Coucou  Joseph, 

Je te remercie de me donner des nouvelles de toi. Je vais très bien. Excuses-moi si je ne t'ai pas vite donné de mes nouvelles. J’ai été un peu bousculée avec les courses et la fatigue du voyage. Mais à présent je pourrai t’écrire plus souvent. Après 06 heures de vol avec la compagnie Air France, nous avons atterris à l’aéroport d’Abidjan. Abidjan est la capitale économique de la Côte d’Ivoire. J’y ai passée des jours. Ensuite, direction le sud-ouest du pays. Je suis descendue dans la deuxième ville portuaire (San Pedro). C'est une ville forestière avec de belles plages. Je ne vais pas te mentir je profite du soleil quand je suis un peu libre. La région est propice à la culture du cacao (tu connais ? on se sert du cacao pour faire du chocolat). J’y suis pour l'achat et l’acheminement de cette matière première. J’apprécie nos échanges et saches que cela met vraiment fin à la monotonie qui caractérisait ma vie jusque-là. Je ne sais combien te faire savoir que je suis très contente de toi compte tenu de nos rapports par courrier électronique. Tous tes messages me vont droit au cœur, me permettent de me sentir moins seule. Je te remercie pour cela. Je te souhaite de passer une bonne journée. Bisous, Camille depuis l'Afrique.


 - Jolie Camille, cette nuit j’ai encore rêvé à toi. Je n’ose pas te raconter, j’aurai voulu ne jamais me réveiller, depuis je t’espère nuit et jour, reviens moi vite. Tendres baisers, ton Joseph.


   Huit jours sans mail, Joseph est en état de manque.


-  Méchante Camille, m'as-tu déjà oublié?


   Coucou Joseph,

je viens tout juste de prendre connaissance de ton message, comment pourrais- je t'oublier. C'est drôle, je t'ai contacté sans doute parce que j'avais au plus profond de moi le secret désir de faire une rencontre improbable. Aujourd'hui, je suis heureuse d'avoir fait le pas et surtout très heureuse que toi tu m'es permis de mieux te connaitre. Pour te raconter un peu ce que je fais depuis mon arrivée. J'ai déjà rencontré des représentants de coopératives pour des séances de travail dans une salle de l'hôtel suivi d'un dîner que je leur ai offert hier soir. Il y a beaucoup de soleil et hier dans la journée je suis restée en chambre et planifier mon emploi du temps qui sera très chargé les jours à venir. La journée d'aujourd'hui marquera le début d'une longue série de démarche pour acquérir le maximum de marchandise. Voilà un peu ce à quoi se résume mes jours en Afrique. Et toi raconte-moi. Je te laisse sur ces quelques lignes en espérant te lire bientôt.  Penses-tu pouvoir me recevoir d’ici deux semaines ?  Je te joins deux photos de moi. 

Je t'embrasse très fort, Camille.

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  Sur les deux photos la très belle Camille se tient près d'un buffet à côté de deux serveurs noirs.

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  - Camille, je te remercie pour les photos, j'ai rarement vu une aussi belle personne. Je serais ravi de te recevoir dans mon humble demeure aussi longtemps que tu voudras, tu me manques terriblement, je compte les jours.


 -  Coucou Joseph,

je te remercie pour ton message et les compliments. J’ai un service à te demander. Je voudrais savoir si tu pouvais te rendre chez un buraliste, me prendre un coupon recharge PCS MasterCard de 50 euros et me communiquer le code recharge. Je reste dans l’attente de ta réponse.

Bises, Camille.


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 Joseph envoya 50 € puis 100, le piège se referma. La semaine suivante Camille, s'étant faite voler disait - "elle" dans un mail désespéré, tout son argent et sa carte de crédit, fut obligée et confuse de lui emprunter 500€, il dut insister pour lui faire accepter un mandat. Quelques jours plus tard, elle eut besoin de 2 000€ puis d'autres sommes de plus en plus importantes..                                                                                                                                             Elle lui déclara qu'elle ne comptait plus que sur lui en ce monde et elle l'aimait tellement, elle adorait sa gentillesse et sa générosité et avait hâte de rentrer en France pour se jeter dans ses bras. Quand il prit conscience que le total des emprunts dépassait 10 000 € il commença à s'inquiéter, demanda des explications. Les mails de Camille cessèrent du jour au lendemain, Joseph délesté d'une grande partie des économies de toute une vie et brutalement sevré de sa drogue virtuelle sombra dans une profonde dépression.


   On ne prend pas suffisamment conscience de la puissance hypnotique des écrans. Combien d'entre nous, intellectuellement et culturellement normalement constitués sont victimes sur le Web de manipulations grossières qu'ils auraient déjouées immédiatement dans la vie réelle. On connaissait déjà l'abrutissement par écrans de télévision, un nouveau pas a été franchi avec internet, le cerveau est manipulé par le virtuel, les connections cérébrales se modifient selon les expériences vécues, réelles ou imaginaires avec faux souvenirs, modification du comportement, envie puis sensation d'être un autre, les psychiatres appellent cela l'effet Proteus, de Protée dieu de la métamorphose. Nous avons échappé à la planète des singes mais vivons désormais sur la planète des songes.

  J'ai suivi avec intérêt les films de la saga Terminator décrivant un avenir où les machines prenaient le pouvoir par la violence. Pourquoi tant se fatiguer, elles n'ont pas besoin de se servir de la force pour cela, les humains se soumettent spontanément et en douceur à leurs nouvelles maîtresses numériques.

 Pas de contrainte pas de délit, Joseph avait fait des dons en toute liberté, il n'eut aucun recours.


Le pire fut qu'il attendait encore sa Camille, alors je suis intervenu. Devant lui j'ai transmis :

- Bonjour Camille ou toute autre personne fille ou garçon se cachant derrière ce pseudonyme. J'espère que vous avez beau temps dans cette côte d'Ivoire riche en brouteurs et arnaqueurs de tous poils. Je ne vous en veux pas de faire votre boulot consistant à détrousser les européens naïfs, après tout ils n'ont qu'à se méfier. Je suis ami de Joseph et écrivain, pour mes bouquins j'aurais aimé connaître quelques unes de vos manips.

NB - vos coordonnées figurent sur toutes les listes internet conseillant aux surfeurs du web de se méfier. Cordialement.


Elle a répondu :

 - Je suis une fille. Prenez-moi des recharges PCS dans votre bureau de tabac et ensuite je vous expliquerai le mécanisme de quelques arnaques, surtout que je veux arrêter celle-ci qui devient vraiment  plus compliquée de jour en jour. 

Elle ne manque pas d'air !


Joseph désespéré voulait se pendre alors pour lui remettre les idées en place on lui a payé les services d'une des jeunes demoiselles qui se promènent sur les bords du lac Saint Cassien, celles qu'on appelle des filles de joie bien qu'elles ne s'amusent pas tous les jours.
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Plaisirs monnayés  sans doute mais à la réflexion je me suis dit qu'en terme de retour sur investissement, en amour les femmes les plus chères sont celles qu'on ne paie pas.
Cette histoire est extraite du livre :
 

Pour un exemplaire dédicacé ou accéder aux liens marchands visitez mon site Web
http://serge.boudoux.fr


Ne manquez pas la sortie de mon prochain livre prévue en Novembre :

Monstres ordinaires 
et 
Histoires extraordinaires


  De nombreux récits de ce livre relatent des faits véritables, seuls les noms, les dates et les lieux ont été modifiés selon la formule consacrée.

D’autres narrations vous paraîtront extravagantes :
- Une jeune femme revenant du futur pour mystifier et manipuler son grand-père au temps de son adolescence,
- un écrivain cherchant à imaginer ce qui se cache derrière la mort,
- un homme ordinaire cliquant sur un lien démoniaque lui promettant la richesse en échange d’abominations.
- Une soirée bien arrosée se terminant en drame glaçant,
- Un gentil cancer bien malheureux …

Celui qui ne dit que des vérités n’est pas digne de raconter des histoires

Vous risquez de vous régaler...





jeudi 13 septembre 2018

Les tribulations d'un Lyonnais en Provence. Histoire n°20

            
Les bons comptes font les bons époux ( lisez toutes les histoires depuis la n°1 pour vraiment apprécier celle-ci )


 


 Un jour de l'an dernier, rentrant de randonnée sans méfiance je fus accueilli froidement  par ma femme qui avait la tête des grands jours, le visage caractéristique d'une épouse s'apprêtant  à révéler à un mari vraiment trop nul qu'elle projette de partir avec son meilleur ami ou, pire dans l'échelle de ses valeurs, qu'il a utilisé le torchon des mains pour essuyer la vaisselle.
  Au sol gisaient des ciseaux et les morceaux découpés de ma chemise noire effrangée avec un scorpion blanc.

 

Je fis un rapide examen de conscience:

- Je ne lorgnais pas plus que d'habitude sur les jolies filles de passage dans notre beau sud.

- J'avais fait les courses de la semaine sans oublier "la couleur" pour ses cheveux.

- Je l'avais bien embrassée avant de partir.

- J'avais quitté mes chaussures de marche avant d'entrer.

- Aucun sms compromettant n'occupait la boite de réception de mon Samsung qui n'avait de toutes façons pas quitté ma poche.

- J'avais ramené le pain sans succomber à la tentation de manger le quignon, gourmandise qui lui était réservée depuis toujours.

 Je ne voyais donc pas ce qui justifiait une telle hostilité muette et soudain la lumière se fit dans mon esprit :

Mon ordinateur était allumé sur mon bureau et ouvert à la dernière page de ce recueil d'histoires courtes qui fait votre bonheur.

 

L'animosité ne resta pas longtemps sans voix.

- Viens un peu là, parle-moi de cette Pocahontas, qu'est ce que c'est que cette histoire ( ce qui faisait beaucoup de "que" dans une seule phrase).

Je plaidai non coupable, s'agissant d'un roman je jurai ne pas avoir poussé le mari dans le ravin.

- Ne cherche pas à noyer le poisson, je discute de choses sérieuses,(l'infidélité supposée étant manifestement bien plus grave que le crime) qui est cette salope de belle métisse blottit contre toi?

- Un personnage fictif.

- Ne me prends pas pour une idiote, il y a longtemps que je te soupçonne d'avoir une maîtresse. Et la fille de la chapelle, ne me dis pas que c'est une invention, j'en ai marre d'être trompée, salaud, dommage qu'elle t'ait loupé ! Je vais t'en raconter des histoires de princesse moi !

Je tentai de la rassurer tout en essuyant les larmes rageuses coulant de ses yeux. Je risquai d'abord la mauvaise foi :

- Si tu n'as pas confiance tu n'as qu'à venir en randonnée avec moi.

La pauvrette avait bien essayé au début mais renoncé rapidement, je marchais trop vite et trop longtemps.

 

Face à son indignation persistante j'hasardai une explication, plus convaincante me sembla-t-il :

- N'oublie pas mon état d' écrivain, ce sont des histoires imaginaires, la femme de Victor Hugo ne le traitait pas de salaud lorsqu'il écrivait Les Misérables.

Excuse bancale et exemple mal choisi, le Victor en question écrivait d'une main et caressait Juliette Drouet de l'autre, c'est de là que provient peut-être l'expression" taquiner la  muse ". Il lui faisait également la cuisine, un jour où elle n'avait pas honoré une invitation à déjeuner il lui écrivit :

Si vous étiez venue ô belle que j'admire
Je vous aurais offert un repas sans rival
J'aurais tué Pégase et je l'aurais fait cuire
Afin de vous servir des ailes de cheval.
 
Abandonnons le cheval, revenons à nos moutons et à leur bergère qui ne les avaient pas rentrés bien qu'il  pleuve de grosses gouttes d'incompréhension. Une sortie de gueule propre à satisfaire les deux parties fut négociée sur une base raisonnable, l'accord fut unilatéral elle décida :

- Tu vas m'effacer toutes ces histoires et vite !

Je m'exécutai hypocritement sur le champ, ayant eu soin depuis plusieurs jours de sauvegarder mes textes sur une clé USB, grâce à cette précaution ce livre put tout de même exister.
Il eut été dommage que j'en fusse le seul lecteur, pour que mon plaisir soit plus grand il faut que je le partage.( Attention n'essayez pas de faire cela avec vos revenus, le coup du partage qui accroit la valeur des choses ne marche qu'avec la joie et le plaisir, quant à la multiplication des pains, pratiquée par une élite, elle n'est pas à la portée du premier lecteur venu.)

 

Je pris finalement le parti d'être flatté par ses accusations, quand on est jeune la jalousie de l'autre nous excède, plus âgé on s'en trouve ravi puisqu'elle nous croit encore capable de séduire.
Je tentai de la prendre dans mes bras, ses yeux projetaient des éclairs, elle me lança:

- Pour ça maintenant c'est deux cents euros et pour les perversités ce sera cinq cents euros.

Malheur, elle avait tout lu et retenu ce qui lui paraissait essentiel ! Je crois que mes vœux vont être exaucés au-delà de mes espérances, je vais désormais être aimé pour mon argent mais finalement cette option me rassure, c'est tout de même plus enviable qu'être atteint d'une maladie  dégénérative se terminant par un " suicide " comme le fut le pauvre Christopher.

 Après quelques mois elle s'était fait une jolie cagnotte…

 Je n'aurais pas dû me moquer  du copain dont la femme se trouva flattée d'être prise pour une prostituée de luxe, elles en rêvent toutes je crois.

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Cette histoire est extraite du livre :





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vendredi 24 août 2018

Les Tribulations d'un Lyonnais en Provence. Histoire n°19

 

 

 

 


 

 

 

 

Montauroux est un village provençal qui fut détruit en partie par le Duc d'Epernon pendant les guerres de religion.

Chaque année au mois d'Août la population se réunit sur la place de la mairie pour juger par contumace le Duc meurtrier, le verdict est toujours le même: coupable.

 La sentence est exécutée sur le champ, d'Epernon est précipité sur un bûcher où  son corps de paille est réduit en cendres, supplice bien mérité, de son vivant il fut soupçonné d'avoir commandité l'assassinat du bon roi Henri.

 

Bizarrement les fêtes d'Août culminent le 24, jour de la Saint Barthélémy, journée abominable s'il en fut :
Le 24 août 1572 les catholiques massacrèrent les protestants venus à Paris assister au premier mariage du futur Henri IV avec la reine Margot. Sous prétexte de religion les crimes les plus atroces se perpétrèrent, les exécutions sommaires se propagèrent au pays tout entier, il y eut des dizaines de milliers de morts, vieillards, hommes femmes et enfants, chacun ayant un voisin, un parent ou un créancier rebaptisé huguenot hérétique  dont il voulait se débarrasser.

Tout cela est loin, revenons au temps présent où aucun individu ne songerait à tuer son prochain parce qu'il n'aurait pas les mêmes croyances que lui.
 

 Que dites-vous? Si ! C'est possible, vous croyez ?

 

 Au mois d'Août a lieu également le festival de guitare. Des concerts gratuits sont organisés sur la place des Estérêts du lac, celle du vieux village et dans la chapelle St Barthélemy restaurée grâce à Christian Dior, habitant illustre du village.

 Je n'aime pas l'intérieur de cette chapelle, les panneaux recouvrant les murs sont revêtus, à mon humble avis mais j'ai sûrement tort puisque tout le monde s'extasie devant, de peintures médiocres  et il y fait une chaleur infernale pendant  les concerts, conséquence du fait que les panneaux sont en bois.

Tous les cinq ans les médias mettent en lumière un intelligent qui croit avoir inventer une nouvelle technique de construction pour les habitations en utilisant ce matériau forestier. Un conseil, s'il vous vient l'idée saugrenue de construire une maison avec cette matière pourtant noble, naturelle, renouvelable donc écologique préparez-vous à souffrir chaque été ou prévoyez une bonne climatisation, le bois est un excellent isolant contre le froid mais déplorable contre la chaleur.

 

Un jour d'août donc, assis sur une chaise pliante dans la fournaise j'attendais l'arrivée des musiciens en transpirant et en m'éventant comme tout le monde avec un programme plié.

Une femme et un homme discutaient devant moi.

Elle :

- Tu as pensé à brancher l'alarme et à fermer les volets ?

Lui :

- Oui.

- J'en ai marre qu'on entre chez nous dès que je tourne le dos.

- Personne n'entre chez nous.

- Je te dis que quelqu'un entre dès que je tourne le dos.

- On ne peut pas entrer sans la clé.

- Il a une clé, je ne sais pas comment il l'a eue.

- On ne peut pas entrer sans déclencher l'alarme

- Je laisse des repères en partant, quand je rentre je constate à certains petits détails que quelqu'un est entré chez nous.

- C'est impossible, si quelqu'un entre il déclenche l'alarme et le centre de surveillance nous appelle.

- Il coupe l'alarme.

- Il faudrait qu'il ait la télécommande ou le code du clavier.

- Il est plus malin que toi.

- Pourtant il ne nous manque jamais rien.

- Il fait ça pour me faire chier.

- Depuis si longtemps? Il doit être vieux maintenant ce gars qui rentre chez nous sans qu'on ne le voit jamais. Vingt cinq ans qu'il te guette sans manger sans boire sans dormir, profitant du moindre moment de distraction pour déplacer tes affaires.

- Un autre homme que toi aurait réglé ce problème depuis longtemps.

 

Je ne me suis évidemment pas mêlé de la dispute mais la femme avait raison, un autre homme aurait réglé le problème depuis longtemps. En la faisant enfermer !

Je ne sais pas s'ils me faisaient de la peine ou suscitaient mon admiration. Finalement je me suis dit :
 Cet homme doit être un grand pêcheur pour mériter un tel boulet, lui et cette femme ont sans doute vécu le meilleur pour supporter ce pire mais je me trompe peut-être, quelquefois dans une relation sado-maso le pire cimente un couple mieux que le meilleur.
Oui je sais, ce que je viens d'écrire est un peu compliqué mais la vie n'est pas simple.

 

Les musiciens sont arrivés, deux guitaristes italiens exceptionnels manifestement homosexuels. Ils se faisaient l'amour en jouant, se frôlant et se regardant tendrement, le concert fut fabuleux je n'avais jamais entendu de telles merveilles.
 Ces garçons me firent oublier la chaleur et me convertirent  à la musique pour tous plutôt qu'à la manif pour tous où des hétéros veulent se mêler de nier le droit de vivre en pleine lumière à des gens d'inclinaison sexuelle différente, un peu comme si les bruns défilaient pour interdire aux blonds d'exister. Il me semble pourtant que chacun devrait pouvoir vivre en paix et faire ce qu'il veut avec son cœur et ses fesses.

 

Quelques jours plus tard lorsque je rentrai at home ma femme discutait avec une voisine qui se plaignait.

 On ( pronom imbécile qui qualifie celui qui l'emploie) entrait chez elle lorsqu'elle tournait le dos, la meilleure preuve, disait-elle, étant qu'ayant perdu une chaussette le matin la dite chaussette réapparut l'après-midi et qu'un vêtement qu'elle rangeait toujours à gauche était à droite.

 

Une semaine plus tard devant faire visiter à un futur acquéreur un appartement dont j'étais propriétaire, j'appelai la locataire sur le départ et en plein déménagement pour convenir d'un rendez-vous.

- Je ne peux pas être là  mais je vais vous donner le numéro du code de la serrure pour ouvrir ma porte.

- Le code ?

- Oui, j'ai fait poser une serrure magnétique codée, il faut composer un chiffre qui ouvre la porte.

- Je ne savais pas que cela existait.

- J'ai bien été obligée de me protéger, quelqu'un entrait chez moi dès que je tournais le dos.

 

Une nièce parisienne vient régulièrement passer quelques jours sur notre belle côte d'Azur, l'occasion nous est ainsi donnée de sortir certains soirs l'étonnant barbecue artisanal acheté dans un vide grenier.
Fabriqué à partir d'un demi-bidon métallique monté sur piètement et surmonté d'une grille, les saucisses, merguez, bacon et autres charcuteries cochonnes rissolent joyeusement au-dessus des braises, laissant échapper une graisse colorée se transformant en une fumée odorante qui vous fait couler la salive de la bouche.
 Malgré les avertissements sans cesse renouveler du corps médical prévenant du danger de cette cuisson libérant des substances cancérigènes ( pourquoi faut-il toujours que ce soient les bonnes choses qui nous détraquent la santé ) nous nous en  faisons péter le ventre, avec un rosé bien frais sous un olivier près de la piscine éclairée c'est du bonheur.

 

Après les agapes les épouses allèrent faire la vaisselle pendant que je parlai de choses sérieuses avec le neveu Grégory :
 le réchauffement de la planète, la lutte contre le terrorisme, la montée du FN, la composition de notre prochaine équipe nationale de foot, toutes questions importantes pour lesquelles seuls les maris sont compétents.

 Ayant solutionné la plupart de ces problèmes masculins graves avec les formules magiques ya qu'à et faut qu'on, je rentrai dans la cuisine prêt à offrir mon aide, avec un peu de retard j'en conviens mais proposée plus tôt elle risquait d'être acceptée, les femmes sont capables de tout.
Pourtant elles n'assument de leur côté que les tâches mineures peu fatigantes : éducation des enfants, gestion du budget, courses, repas, lavage et repassage du linge, nettoyage maison, devoir conjugal ( important le devoir conjugal ) etc…, il est indispensable de les occuper un peu sinon elles pensent et font des bêtises.

Bref elles  finissaient de nettoyer les couverts à l'ancienne avec des éponges et du liquide vaisselle dans l'évier en pierre, elles me tournaient le dos, j'entendis ce qui suit.

 

 

Ma nièce:

- Grégory ne veut pas me croire, quelqu'un entre chez nous lorsque j'ai le dos tourné, mes affaires disparaissent et réapparaissent, je n'en peux plus. Je mets parfois de la farine dans le hall d'entrée quand je pars, régulièrement à mon retour je trouve des traces de pas, mais je n'en parle plus à Grégory il se moque de moi. Si un jour je trouve celui  ou celle qui entre je fais un massacre.

Elle a murmuré :

- Je soupçonne la voisine de se servir de mes affaires et de les remettre en place après usage, je l'ai déjà vue avec le même sweet que le mien.

Ma nièce pèse 50 kgs, sa voisine que j'ai déjà rencontrée en accuse au moins 80 sur la balance et je la vois mal sauter par-dessus leur mur de 2 m de haut.

 

Je suis ressorti sans bruit, dubitatif. Vous n'allez pas me croire mais cette histoire courte est authentique, je crois que nous avons affaire à une épidémie en plein développement, les nombreuses malades se reconnaîtront.

 A moins qu'il ne s'agisse d'un problème plus profond, les femmes voient sans doute des choses que nous, mâles frustres et grossiers, n'imaginons même pas, peut-être sont-elles visitées à notre insu par quelques malins lutins farceurs ou lapins crétins ?

 

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C'est décidé, dès demain je vais installer des pièges à loup dans le hall d'entrée et le salon, chez nous les lutins ne passeront pas. Je n'aimerais pas qu'une chaussette rangée à droite se retrouve à gauche !


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Cette histoire est extraite du livre :





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lundi 13 août 2018

Les Tribulations d'un Lyonnais en Provence. Histoire n°18







 LE HUITIEME MEDECIN !

Après avoir lu cette histoire vous ne verrez plus jamais le monde médical du même œil.




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Il se trouve que je suis né avec une petite anomalie cardiaque, trois fois rien, mon cœur s'arrête parfois.

Revenons un peu en arrière.
Une nuit de novembre 1958, j'avais dix ans, mon cœur fit l'impertinent et décréta subitement, tel un syndicaliste français de base, un mouvement de grève sans concertation ni négociations préalables. (Que les syndicats se rassurent je me gausse uniquement des gens que j'aime bien.)
Après quelques secondes angoissantes, en syncope je fus projeté dans un lieu inconnu et enchanteur, un champ couvert de fleurs colorées et odorantes.
 Lorsque les pulsations reprirent spontanément, arraché contre mon gré à ce lieu paradisiaque je me retrouvai bêtement dans mon lit, désespéré et me répétant en boucle :
- Je viens de vivre un moment d'éternité.

A ce moment de l'histoire la narration parait bien banale, il s'agit d'un beau rêve pensez-vous.
Un beau rêve à quelques détails près : le lendemain j'avais acquis une mémoire monstrueuse, la capacité de lire une page complète en une fraction de seconde et d'autres particularités qui me valurent bien des déboires.
Cette mémoire était insupportable, je ne pouvais rien oublier. Toutes les plaques minéralogiques des voitures aperçues, tous les numéros de téléphone composés ou d'appels reçus depuis des mois, chaque mot lu, étaient définitivement gravés dans ma mémoire, faisant de moi une vraie bête de foire.

 Je ne parlai jamais à personne de cet incident qui se reproduisit régulièrement, c'était mon secret.


Lyon, an de grâce 1974.

Âgé de  26 ans, mon cœur, cet impertinent qui ne bat que pour vous jolie lectrice, se met toujours en grève quelques secondes de temps à autre, me procurant ainsi de très belles syncopes qui me sont maintenant habituelles.
Ayant frôlé un accident de voiture je consultai enfin.
Après moults examens le corps médical unanime décida de me faire bénéficier d'une toute nouvelle découverte, le pacemaker.
 L'opération étant réputée bénigne un cardiologue implanta donc sous la peau de mon pectoral droit, reliée à mon cœur par une sonde intraveineuse se terminant en une électrode métallique, une pile au lithium de la dimension d'un paquet de gitanes dite pile sentinelle , ce qualificatif étant dû à sa capacité à  ne se déclencher qu'au-dessous d'une certaine fréquence pour relancer " la pompe". 
Au début l'intervention d'une force étrangère forçant le cœur à taper plus vite est très désagréable, puis on s'habitue et finalement on est rassuré, même ravi d'être devenu " bionique". Une carte d'invalidité définitive me fut délivrée par un organisme officiel nommé la Cotorep.

Huit ans plus tard le cardiologue changea la pile qui s'usait puisqu'on s'en servait (clin d'œil à tous ceux qui se crurent obligés de m'asséner inlassablement la plaisanterie d'usage que les moins de trente ans ne peuvent pas apprécier à sa juste valeur: la pile Wonder ne s'use que si l'on s'en sert, les cons !)

Dix ans plus tard nouveau changement par le même médecin. L'implant magique était plus discret maintenant grâce aux progrès technologiques et me valait un joli succès et une fouille au corps à chaque voyage en avion, interdiction m'étant faite de passer sous les portiques de détection.

En pleine forme, très sportif et dans la force de l'âge : course à pied, haltères, aérobic, musculation j'avais oublié mon pacemaker.

Lors d'une visite de contrôle mon fidèle cardiologue qui vieillissait plus mal que moi m'annonça qu'il convenait de prévoir d'urgence un remplacement, l'objet miraculeux censé soutenir mon cœur étant vide de son énergie, sans doute depuis plusieurs semaines.

Vous allez me trouver soupçonneux mais il me sembla voir briller dans ses yeux des lueurs peu médicales : supplément d'honoraires, marge sur implant etc…

Je demandai donc à une équipe médicale indépendante une nouvelle évaluation de mon système cardio-vasculaire.
Le résultat fut sans ambiguïté mais pas sans surprise :
- Pourquoi vous a-t-on implanté ce pacemaker dont vous n'avez pas besoin ?
Mes syncopes avaient totalement disparues malgré la pile hors d'usage, d'après ces jeunes médecins elles étaient vraisemblablement causées par, je cite :
- une altération du faisceau de His congénitale bien stabilisée maintenant, considérée comme mineure, ne nécessitant aucun appareillage particulier.


Mon cardiologue, chagrin de la remise en cause de son bisness me retira l'objet litigieux mais grognon laissa dans mon corps la sonde, fin câble métallique recouvert de plastique de 30 cms de long.
Il ne savait comment extraire ce fil intégré au muscle cardiaque depuis si longtemps.

Je l'oubliai et la vie continua.

Ne vous impatientez pas, le drame couve, il ne saurait tarder. Vous avez vraiment pris de mauvaises habitudes.


Début 2008.

Depuis plusieurs jours je ne me sens pas bien, quelque chose cloche dans la belle mécanique de mon beau corps ( si on ne fait pas sa pub soi-même…).
Je traite cette indisposition par le mépris, avec un cousin nous entreprenons de faire le parcours de santé dans le bois contiguë au stade du défens. Mens sana in corpore sano. Ce parcours est parsemé d'agrès de toutes natures. Arrivés aux barres asymétriques je tente un rétablissement osé et cogne violemment mon torse à une poutre.

Dans la nuit une douleur thoracique atroce déchire ma poitrine avec une sensation d'étouffement qui s'amplifie à chaque respiration.

Vous voilà rassurés ? la tragédie est là, ouf !


Tout ce qui suit est une pure réalité.


Premier médecin :

Le lendemain je pars à pied, 800 m, chez mon généraliste à qui je raconte mon histoire, il m'ausculte sommairement et conclut à une petite déchirure musculaire, je repars avec un tube de doliprane.

Trois jours après, je ne vais pas mieux, il écoute mes poumons " qui crépitent joyeusement"  annonce-t-il, " rien de grave, un peu d'emphysème. "


Second médecin.

Je vais mal, rendez-vous est pris chez un pneumologue de Fréjus. La côte d'Azur n'étant pas vraiment un désert médical l'accès aux divers spécialistes n'est ni long ni compliqué.
 Je lui raconte mon histoire et signale que je suis porteur d'une sonde, information sans intérêt pour lui, il la balaie d'un revers de main. Le brave homme pense que j'ai une côte cassée.

 Quelques jours plus tard sur ma demande il se décide à me faire passer une IRM qui révèle des séquelles d'embolie bilatérale, en clair des caillots ont bouché mes deux poumons, ce qui entraîne la mort immédiate dans 50% des cas. Affolé il me prescrit des anticoagulants et m'adresse à une cardiologue pour un second avis.


Troisième médecin.

La cardiologue me reçoit en urgence quatre heures plus tard. Auréolée du titre d'ex chef de clinique du CHU d'une grande ville du sud-ouest, elle écoute mon histoire d'une oreille distraite et me fait une piqûre intramusculaire d'anticoagulant censée parer au plus pressé en attendant l'effet des cachets.


Je vais de plus en plus mal, chaque après-midi sur le coup des 16 heures une grande fièvre me fait claquer des dents.


Quatrième médecin.

Des analyses faites par un laboratoire spécialisé montrent que les caillots responsables probables du problème se forment spontanément suite à une anomalie génétique. Le médecin du labo m'explique gravement qu'il convient d'alerter mes frères et sœurs vraisemblablement nés avec la même tare.

Ma première règle de vie étant : ne jamais croire une information sans l'avoir vérifiée par moi-même, je lis les conclusions jusqu'au bout, lecture édifiante. Une petite ligne signale que les résultats sont totalement faux si le sujet est traité par anticoagulants.

- Vous auriez pu me dire que vous étiez sous traitement, ronchonne le médecin privé de ce patient anormal, déçu comme un enfant à qui on retire un jouet.

J'ose suggérer :

- Vous auriez pu me le demander.


J'absorbe scrupuleusement les cachets d'anticoagulant prescrits mais je vais de plus en plus mal, je m'essouffle à chaque pas, je me sens mourir, j'ai pris vingt ans en trois mois.


Cinquième médecin.

Sur la recommandation d'un voisin anesthésiste un grand pneumologue Lyonnais me reçoit en priorité. Il me garde dix minutes en consultation : cinq pour tenter désespérément de soigner son ordinateur défaillant, deux pour écouter mes poumons avec un antique stéthoscope, deux pour me conseiller de poursuivre mon traitement anticoagulant et deux pour demander à sa secrétaire de me présenter ses honoraires, cent euros.
 Oui je sais le total fait onze minutes, je voulais voir si vous suiviez et vous prouver que la médecine n'est pas une science exacte.


Je ne peux plus monter mes escaliers.

Sixième médecin

Un autre voisin m'a conseillé son généraliste qu'il considère comme génial.  C'est une remplaçante qui me reçoit, pour faire baisser ma fièvre j'ai droit à huit jours d'antibiotiques, miracle je me sens mieux. Quinze jours après la fin des antibiotiques la fièvre revient.

Dix jours plus tard je ne peux plus lever mes bras pour me doucher, je suis trop fatigué, je ne peux plus porter mes petits-enfants sur mon dos, chaque soir je me prépare  à mourir dans la nuit. J'ai noté sur un registre mes instructions et mes dernières volontés.


Septième médecin.

Le généraliste génial est là. Il m'écoute attentivement, (on rencontre parfois des médecins qui écoutent leurs patients, certains même les entendent  mais l'espèce est en en voie de disparition)  décroche son téléphone et appelle Monsieur M.. pneumologue à Draguignan, ce gars-là va me sauver la vie.


Huitième médecin.

Monsieur M.. pose les bonnes questions et comprend immédiatement ce qui se passe. Il ne prend pas de précautions oratoires:

- Trois sortes d'embolie peuvent vous tuer : les caillots circulants, les embolies médicamenteuses et les emboles dus à une infection.
 La sonde de votre pacemaker étant un corps étranger les bactéries trouvent là un refuge idéal pour se développer et former des colonies.
 Le choc dû au coup dans votre poitrine a vraisemblablement libéré des sacs bactériens qui sont partis dans votre circulation sanguine et sont restés bloqués dans vos poumons, heureusement. Ils auraient très bien pu déclencher un infarctus ou un AVC. Le problème maintenant est que cela peut recommencer d'un instant à l'autre
. Risque supplémentaire un choc septique dû à l'infection peut vous tuer à tout moment et dernier impératif absolu, stoppez immédiatement les anticoagulants, ils peuvent être à l'origine d'une hémorragie incontrôlable. 


J'arrête là cette histoire, sachez seulement que je fus opéré en extrême urgence à La Timone ( Marseille ) par une des rares équipes françaises capable d'extraire d'un corps humain vivant un câble d'acier présent là depuis près de 35 ans.

Ils me le retirèrent difficilement mais ne purent accéder à l'électrode de 4 mm2 enkystée dans mon cœur.

 Il s'avéra que cette sonde était  infectée par quatre races différentes de bactéries, j'hébergeais un vrai zoo, je restai donc six semaines sous perfusion de Vancomycine, antibiotique de dernier recours.

Le chirurgien me confia que près d'un pacemaker sur deux était implanté inutilement. 

Si votre garagiste répare mal votre voiture vous changez de garagiste ? si votre médecin  n'améliore pas votre état consultez-en un autre, conseil d'un vieux patient impatient et si on veut vous implanter un pacemaker ou vous enlever la prostate en un tour de main demandez un second, voire un troisième avis avant d'être mutilé.


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A cette époque j'avais créé avec un ami Cannois une société de marchand de biens qui achetait des petits appartements pour les revendre après rénovation. J'en assurais toute la partie administrative.

Mon associé, les yeux humides, me confia un jour qu'il s'était fait beaucoup de soucis. J'étais très ému de constater l'intérêt et l'affection qu'il me portait. Je me faisais des illusions, il me répéta:

- je me suis fait un de ces soucis, en cas de malheur qui aurait fait les papiers ?

Quelle leçon d'humilité ! " Vanité des vanités, tout est vanité " dit l'Ecclésiaste

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Aujourd'hui je vais merveilleusement bien, merci. On vit très bien avec une électrode fichée dans le cœur, et contrairement à ce que prophétisait le pneumologue, grâce à mes randonnées  j'ai retrouvé l'intégralité de mes capacités respiratoires réduites par les embolies.

Je ne sais pas comment vous auriez réagi, moi j'ai appelé les six premiers médecins pour les traiter d'incompétents, leurs excuses embarrassées m'ont fait du bien et peut-être vont-ils enfin apprendre à écouter …On peut toujours rêver ! En tous cas il me semble que la santé est un bien trop précieux pour être confié à ceux qui ne sont pas sourds mais ne veulent rien entendre. 


Hier chez ma coiffeuse je suis tombé sur un petit bouquin expliquant que nous avons tous un ange gardien guérisseur. Notre environnement paranormal doit être très encombré car beaucoup de médecins emplumés circulent continuellement et invisiblement autour de nous parait-il.
L'auteur du livre a l'air de bien connaître le fonctionnement de nos Séraphins thaumaturges,  manifestement il discute souvent avec eux grâce à une ligne directe avec le ciel. Il convient, prévient-il, de les prier trois fois pour espérer leur intervention.

 Je me demande ce qu'ils peuvent bien faire pendant les deux premières prières, ils dorment, jouent aux cartes avec les copains ou savourent notre soumission? et si on ne les prie pas, ils s'en foutent ? Alors là-haut c'est comme ici-bas il faut supplier pour être entendu ?

Bon dans ce cas je vais rester encore un peu dans notre vallée de larmes.

Août 2018.

Transféré par les pompiers à l'hôpital de Grasse pour douleurs dans la poitrine je suis rentré chez moi de ma propre initiative après quatre jours sans diagnostic ni traitement.. Ma cardio a réglé le problème.
Croyez-le ou non, la situation hospitalière s'est encore dégradée.  Il n'y a même plus de médecins pour se tromper. Ce n'est pas plus mal, au moins ils ne pourront pas me tuer...

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Cette histoire est extraite du livre :





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