samedi 26 octobre 2019

Un ami dans le coffre de ma voiture.







Un vrai ami.


Cette histoire horrible  est presque vraie.

Fayence (Var), novembre 2016.

Ahmed est caché dans le coffre de ma vieille Clio. J'espère qu'il se tiendra tranquille et restera silencieux, son enfermement volontaire ne devrait pas durer très longtemps.
 Complètement défoncé il dort à poings fermés et son téléphone est actuellement placé en mode avion pour éviter toute sonnerie intempestive
Samantha s'assied sur le siège passager, comme il est trop tard pour aller à l’hôtel nous partons vers notre coin tranquille habituel. On ne peut pas s'éclater chez elle, sa vieille mère ne veut pas me voir.
- Pas d'arabes chez moi, dit-elle.
Il y a bien longtemps que je ne me vexe plus des méchancetés imbéciles et racistes des " français de souche". Cette expression m'amuse beaucoup, plus français de souche que moi cela n'existe pas, je suis né à Fayence (Var) et n'ai jamais mis les pieds dans un pays du Maghreb ou de la péninsule arabique, mais glissons.
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Mon frère aîné Rachid et moi-même habitons encore chez nos parents dans la plaine. Mon prénom est Samih ce qui signifie " le bienveillant ". J'ai 19 ans.
Ce samedi, Ahmed qui réside au village près du château a insisté pour que je l'emmène à une soirée Drink and Drug chez des potes à lui, ils organisent une pendaison de crémaillère à l'occasion de leur installation dans une petite maison sur la route de Saint Paul en Forêt.
Une précision, n'ayant pas tout à fait 18 ans Ahmed ne peut pas conduire, il compte sur moi pour le véhiculer.
 Information mineure me direz-vous, détrompez-vous. Il se trouve que par suite d'une vitesse vraiment excessive mon permis m'a été retiré pour quinze jours depuis une semaine, alors pour lui faire plaisir j'ai pris le risque de conduire illégalement en prenant les petites routes. Je ne sais rien lui refuser, c'est mon meilleur ami depuis notre plus tendre enfance.     
   Pour le taquiner, je lui dis souvent : au nom du père, du fils et du simple d'esprit, Ahmed ! Heureusement il a le sens de l'humour.
Ordinairement je ne bois pas beaucoup d'alcool mais ce soir-là nous avions envie de faire la fête. Après de nombreux verres et quelques chichons, nous étions tous bien chauds.
Peu avant minuit Samantha, belle couguar de quarante-cinq ans, friande de jeunes hommes harmonieusement musclés m'a transmis ce texto tentateur :
- Viens vite, j'ai envie de toi !
Enfin une femme qui sait parler aux hommes, c’est assez rare pour être signalé. Son vrai prénom est Suzanne mais elle croit que se faire appeler Samantha est plus érotique, cela m'est égal je ne sors pas avec elle pour disserter sur la beauté comparative des prénoms.
Ahmed dormait dans un coin, inerte. Je l'ai pris sous les bras, l'ai déposé dans le coffre de ma vieille Clio et prévenu l'Impatiente :
- J'arrive
La réponse fut immédiate :
- Je t'attends.
Elle est toujours prête pour moi, c'est bien pratique.  Elle n'aime pas Ahmed, dieu sait pourquoi, peut-être parce qu'il a un look de faux islamiste : cheveux longs volant à tous les vents et barbe hirsute, alors j'ai caché mon ami dans le coffre. N'ayant pas le cœur à faire un détour et des kilomètres inutiles je le déposerai chez lui après !
 Dans l'état où il était je ne suis pas sûr qu'il ait vraiment compris ni réalisé où il se trouvait.
La Gourmande étant récupérée à Montauroux, nous avons pris la direction de Mons puis bifurqué sur Saint Cézaire. Cette route, souvent déserte la nuit, est dangereuse. Très étroite elle suit un ravin au fond duquel coule une rivière, la Sagniole.
Arrivés dans notre coin tranquille, un renfoncement taillé dans le rocher pour un stationnement d'urgence, nous avons fait nos affaires. J'aime bien Samantha, elle n'est pas compliquée et me donne toujours l'impression d'être un étalon extraordinaire, elle a tout compris des hommes. Ensuite nous avons fumé quelques chichons et j'ai voulu faire demi-tour pour la ramener chez elle.
En temps normal la manœuvre est déjà délicate, là mon esprit étant un peu obscurci par l'alcool, les étreintes brûlantes répétées et le shit j'ai trop reculé. L'arrière de la voiture a glissé doucement et nous nous sommes retrouvés dans le fossé, heureusement un petit arbuste nous a arrêté, la bouche noire du ravin était tout près, prête à nous avaler.
J'ai appelé mon grand frère avec mon portable, dix minutes plus tard il était là, très en colère contre moi :
- Tu es complètement fou de conduire sans permis.
Il a raison mais " vivre sans folie n'est pas très sage " dit le proverbe.
 Nous avons raccordé l'avant de ma voiture à l'arrière de son 4 x 4 au moyen d'une grosse corde et il a tiré. La Clio était quasiment sortie du fossé quand la corde a lâché, l'arbuste n'a pas résisté cette fois et la voiture a dévalé la pente sur une vingtaine de mètres, se fracassant sur un rocher.
Mon estomac était nauséeux et mes idées avaient sombré dans un brouillard épais. Nous sommes repartis en 4 x 4, par une nuit si noire que pouvions nous faire de plus ?
Mon frère a dit qu'il préviendrait les secours dès demain puis il a mis sa main sur la cuisse de Samantha qui ne l'a pas repoussé. Ayant le sens de la famille je ne serais pas opposé à un plan à trois mais pour aujourd'hui nous avons eu assez d'émotions.
Arrivé à la maison je me suis jeté sur mon lit tout habillé, un terrible mal de tête serrait mes tempes et m'interdisait toute pensée cohérente.
Vers les quatre heures du matin un horrible sentiment m'a réveillé, celui d'avoir oublié quelque chose d'important mais quoi ?
Ce n'était pas quoi mais QUI.
Nous avions oublié Ahmed dans le coffre de la Clio !
J'ai secoué mon frère
- Rachid, viens il faut retourner vers la Clio.
Il s’est tourné dans l'autre sens en me maudissant.
- Rachid réveille-toi !
Il a enfin ouvert un œil.
- On a oublié Ahmed, il est dans le coffre de la Clio
 Jaillissant du lit il a enfilé son jean :
- Ahmed est dans le coffre, qu'est-ce qu'il fait là ?
- Il s'était caché pour ne pas me gêner le temps que je baise Samantha, il faut lui porter secours, vite !
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Les ténèbres étaient encore très épaisses. A la lueur des lampes de nos portables nous avons vu le coffre ouvert et vide, Ahmed n'était plus là !
Après quelques minutes nous l'avons retrouvé inanimé à une dizaine de mètres de la voiture, sans doute éjecté par le choc, son I phone intact près de lui.
Rachid a tenté de tâter son pouls.
- Rien, il est mort !
J'étais affolé et horrifié, ma vie était foutue.
Mon frère a confirmé mes craintes :
- Conduite illégale en période de retrait de permis sous l'emprise d'alcool et de stupéfiants, homicide involontaire, ça va être cher, de plus la famille d'Ahmed va te couper en morceaux.
  Pour me sortir de cette galère il a pris la direction des opérations, lucide et efficace :
- Ni vu ni connu on va l'emmener loin d'ici et le mettre dans le lac de Saint Cassien pour brouiller les pistes. Mettons-nous d'accord sur une version officielle : tu l'as ramené près de chez lui, il t'a dit qu'il repartait avec des copains. Ta meuf Samantha pourra témoigner qu'il n'était pas avec toi, après je te couvre !
Nous avons remonté son corps avec difficulté et l'avons chargé dans le 4 x 4 enveloppé dans une couverture.
 Après une dizaine de kilomètres nous nous sommes garés juste après le pont qui enjambe le lac, il était presque cinq heures du matin. Après avoir remis l'I phone dans sa poche nous avons tiré le corps dans les bois avant de le déposer dans l'eau sous des branches.
Un portable en mode avion n'est pas détecté par les antennes, nul ne pourra donc retracer son itinéraire.
A huit heures sa mère inquiète m'a appelé.
- Samih, Ahmed n'est pas rentré, il est avec toi ?
Mon frère m'a arraché le téléphone des mains.
- Samih a déposé Ahmed à minuit et demi sur la place. Il devait repartir avec des copains.
Ahmed fut retrouvé flottant entre deux eaux vers dix heures.
Une autopsie fut réalisée : il avait de l'alcool et des stupéfiants en grande quantité dans le sang, un traumatisme crânien et de l'eau dans les poumons. L'heure de sa mort fut estimée à cinq heures du matin à une demi-heure près. Ses parents étaient effondrés.
Samantha témoigna en toute bonne foi : vers une heure moins le quart nous étions ensemble, seuls dans l'auto, ce qui accrédita ma thèse par laquelle j'assurais avoir déposé Ahmed près de chez lui un peu plus tôt. Mon frère et mes parents affirmèrent que nous étions rentrés at home après l'accident vers deux heures et n'avions plus bougé.
Mes alibis étaient tout simplement inattaquables.
L'épave de la Clio fut vendue cent € symboliques au propriétaire d'une casse automobile, à charge pour lui de la sortir du ravin.
Les policiers abandonnèrent l'enquête après quelques semaines, personne ne comprit jamais ce qui était arrivé à Ahmed.
Les adeptes de la théorie du complot imaginèrent un règlement de comptes plus ou moins mafieux lié à un hypothétique trafic de drogue.
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" L'autopsie est formelle - nous a confirmé son père - il avait de l'eau dans les poumons."
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Ce qui signifie qu'il est mort noyé et non des suites d'un choc dû à l’accident.  
 Il respirait donc et était encore vivant lorsque Rachid et moi l'avons jeté dans le lac !
Prions le ciel que personne ne sache jamais la vérité.
Pauvre Ahmed, je passe régulièrement chez ses parents pour les consoler, c'est quand même le moins que je puisse faire, non ? On parle de lui, cela leur fait du bien, souvent on regarde des photos ensemble.
- C'était un bon fils, dit sa mère.
Ils m'ont fait promettre de chercher à comprendre ce qui avait bien pu lui arriver, j'ai promis.
Chaque fois ils me remercient chaleureusement d'être venu.
Chaque fois je leur réponds :
- C'est bien naturel, c'était un vrai ami.
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Sans ses cheveux qui volent 
j'aurai dorénavant 
des difficultés folles 
à voir d'où vient le vent...


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mercredi 16 octobre 2019

Une Catastrophe sans précédent dans l'histoire.


La semaine  dernière, nous avons assisté à un cataclysme sans équivalent dans l'histoire, j'ose à peine l'écrire : 
Une femme accompagnait quelques enfants en portant un voile ou peut-être un foulard sur la tête !

Pour éclairer les quelques réflexions que m'inspire  cette catastrophe, sachez que je suis né à Morestel ( Isère ) d'une mère isèroise et d'un père picard.
 Ma famille habitait près du presbytère qui touchait à l'église, 100 m plus loin se trouvait un couvent de religieuses franciscaines puis une mission où dans les années 50 venaient se ressourcer des "pères blancs" fatigués d'expliquer à la population africaine que leurs ancêtres étaient des gaulois et qu'un certain Jésus était mort sur la croix en rémission de leurs péchés, ce qui laissait parait-il les pauvres noirs pantois, ils n'en demandaient pas tant, juste qu'on leur foute la paix et qu'ils puissent bouffer à leur faim.

Comme tout ce qui est excessif finit par devenir insignifiant, lassé des messes, vêpres, saluts, confessions et autres joyeusetés, un beau jour je décidai d'envoyer tout ce beau monde voir ailleurs si j'y étais et me suis converti à l' agnosticisme, ( Athée celui qui ne croit pas, agnostique celui qui ne sait pas ) ne me sentant pas responsable d'un péché originel incompréhensible qui m'aurait obligé à vivre en regrettant mes fautes comptabilisées par un être suprême particulièrement sadique qui me proposait des plaisirs de l'existence pour ensuite me les  reprocher.
 Comme disait un poète arabe : Une vie sans péché quel goût a t'elle ? si tu réponds au mal que je fais par le mal quelle est la différence entre toi et moi ?

Bref vous avez compris, pour moi toutes les religions sont devenus synonymes d'abrutissement et ennui profond, mais cela n'engage que moi et me donne la distance nécessaire pour exposer ma pensée.

Le voile ou le foulard ( je ne parle pas de la burqa, illégale à juste titre sur la voie publique ) mettrait donc en danger la société française, deviendrait le symbole de l'asservissement de la femme et le cheval de Troie qui allait permettre aux aimables barbus fondamentalistes de couvrir le joli corps de nos compagnes occidentales et le soustraire à notre vue réjouie et néanmoins raisonnable, l'immense majorité de nos contemporains étant capable d'admirer la plastique féminine sans se croire obligé de lui sauter dessus pour lui faire subir les derniers outrages.

Comme tout le monde mon premier réflexe a été de foncer tête baissée contre ce voile, nouvelle  muleta ainsi agitée devant mes yeux indignés, puis je me suis avisé que n'étant pas un taureau ( enfin ça dépend des circonstances, j' m' comprends) il était urgent de réfléchir.

Au cours de ma longue carrière j'ai côtoyer de très près des familles maghrébines musulmanes.
Nourri des à priori liés à cette religion je m'attendais à voir des femmes malheureuses et soumises à leur tortionnaire de mari, que nenni !

 Comme partout, les épouses étaient le pilier de la famille, n'hésitant pas à donner de la voix contre un mari qui rentrait en retard ou qui regardait un peu trop la femme du voisin, comme partout elles se pliaient à la mode ou à la coutume, respectaient les interdits et obligations alimentaires, sexuels ou vestimentaires, ni plus ni moins que les autres.
Je m'inscris donc en faux, moi l'Agnostique farouche contre l'argument selon lequel le voile serait un instrument d'asservissement et une incitation au terrorisme, d'autant que cette pièce d'habillement reste terriblement indécente  pour les fondamentalistes qui le trouve beaucoup trop impudique.
 La vertu devient rigide quand le reste s'amollit.

Je comprends bien la crainte, justifiée, que quelques agité(e)s du bocal nous inspirent, ne nous trompons pas, les terroristes sont autant féminines que masculins, la méchanceté humaine n'a pas de sexe. Les traîtres à l'humanité qui tente d'installer l'enfer sur terre tout en s'auto proclamant investis d'une mission divine sont des deux genres. 

 Chaque religion, de tous temps, a été le prétexte à toutes les ignominies et a accouché de forcenés qui, considérant que leur manière de rendre grâce à l'être suprême nommé Dieu, Allah, Jéhovah, Quetzalcóatl ou Grand Manitou était excellente et celle des autres exécrable, ne pensaient qu'à s’entre tuer au nom de celui que leurs livres sacrés décrivent comme bon et miséricordieux et donne comme premier commandement tu ne tueras point. 

 Bien sûr, compte tenu du contexte meurtrier  lié à des prétextes religieux, il aurait peut-être été souhaitable et raisonnable que l'on évite provisoirement d'agiter ces chiffons que certains voient rouges ce qui est leur droit, mais  devraient également, ce qui serait leur devoir, relativiser pour ce qu'ils sont. 

Moi, modeste français moyen, j'en ai un peu marre de passer pour un imbécile aux yeux du monde entier avec cette histoire de voile qui occupe premier ministre, ministres, députés, commentateurs, experts, télés, radio, milieux autorisés, corps constitués, partis politiques, journaux, à longueur de journée sur ce sujet hautement métaphysique :  interdirons-nous ou pas le voile ?
 Tant qu'à prendre des décisions  fortes  j'aimerais aussi qu'on interdise les casquettes à carreaux.

Que nos sœurs humaines se rassurent, voilées ou non,  elles seront toujours pour nous, pauvres diables d'hommes, l'alpha et l' oméga des bonheurs de la vie.

   Evidemment il faut rester vigilant et défendre nos valeurs et notre style de vie, notre droit à croire ou ne pas croire, d 'autres batailles autrement cruciales nous attendent mais il faut aussi raison garder.

 Peut-être pourrions-nous mettre autant de vigueur à protéger les 120 femmes françaises qui succombent chaque année sous les coups de leur courageux conjoint dans l'indifférence générale, démontrant ainsi l'impuissance des mêmes gouvernants bavards. 

Chez nous les salopards de maris meurtriers ont quand même une sensibilité citoyenne et le sens de l'esthétique : on massacre sa compagne mais on le fait avec classe. Écrasées par une voiture, poignardées, éventrées, ces femmes ont été battues à mort peut-être mais sans jamais avoir été voilées, ce qui démontre quand même la supériorité de notre civilisation, on ne peut pas tout avoir !

Je me marrerais si je n'avais pas envie de pleurer !

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vendredi 11 octobre 2019

Gare au Gourou !






Gare au Gourou !

7 h du matin, je gare mon auto en bordure du chemin de L'Eouvière, descends pendant 30 mn à travers la forêt et atteins la départementale qui coupe les bois. Je la traverse et 35 minutes plus tard je rejoins une petite crique discrète du lac de Saint Cassien.
 Il y a longtemps que je n'étais venu ici, le souvenir est toujours douloureux.
 Je m'assieds sur le sable, le visage de Dorine semble flotter dans la brume qui s'élève de l'eau calme, nous n'avons pas pu la sauver, mais comment protéger quelqu'un contre lui-même?
J'ai changé les prénoms les dates et les lieux pour vous narrer cette histoire rigoureusement et malheureusement authentique.

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Année 1965,  celle de mes dix-sept ans, j'attends Dieu sait quoi sur la place du village de l'Isère où je suis né. 
Grand, maigre, je me crois très laid avec mes lunettes de grand myope et ridicule dans mes vêtements trop courts. 
Nous étions pauvres parmi les pauvres, mon père étant interné en asile psychiatrique ma mère éleva ses cinq enfants en jonglant avec les emmerdements et les privations dans un état  de stress permanent, elle en est morte prématurément pour mon plus grand désespoir. Si Dieu existait il n'aurait pas permis cela.
Il pleut, ma sœur partage un coin de parapluie avec celle qui sera mon coin de paradis pour le reste de ma vie, je l'espérais sans la connaître mais je savais au fond de moi qu'elle viendrait un jour. 

Elle est là.
 Une jolie fille brune émerge du parapluie et me sourit, jamais je n'avais vu personne si belle.  La beauté étant dans l'œil de celui qui regarde pour moi elle avait quelque chose d'un ange. Cinquante ans plus tard bien que nous n'ayons rien en commun et soyons très différents elle est encore là près de moi. Elle n'a pas changé, sa jeunesse semble éternelle, elle représente mon impérissable adolescence.

Par un miracle inexplicable ( pléonasme) elle me trouva gentil. Sans doute très indulgente, au-delà des apparences peu flatteuses elle discerna en moi des qualités que je ne me connaissais pas, elle accepta même  de " sortir " avec moi  ce fut un des rares moments de ma vie où je crus en une divinité bienveillante.
 La difficulté de la chose fut le choc des cultures. Ses parents rapatriés d'Algérie n'acceptant pas qu'une de leurs quatre filles se retrouve en tête en tête avec un garçon, sa sœur aînée Dorine nous servit de chaperon, énorme chance nous aurions pu hériter d'un de ses trois frères.

 Laid mais rusé comme un singe je  présentai à notre surveillante mon ami Pierre, beau célibataire blond aux yeux bleus dont elle tomba amoureuse, oubliant ainsi de nous surveiller. 

Deux ans plus tard ils se marièrent, six mois après leur mariage j'épousai mon bel ange brun.
La blondeur des cheveux de mon ami et le bleuté de ses yeux ne cachèrent pas longtemps son manque d'ambition, Dorine avait rêvé d'un prince charmant  qui lui aurait apporté aisance financière, fringues de luxe, belle voiture, orgasmes à répétition malheureusement elle se  retrouva, d'après ses dires, épouse d'un courant d'air aux érections incertaines et au budget serré.
Ils n'eurent pas d'enfants, nous en eûmes trois qui surnommèrent affectueusement tante Dorine  " Tata Dodo." Je l'aimais profondément, comme une sœur.
La beauté étant la chose dont on se lasse le plus vite si elle n'est pas relayée par des qualités plus solides elle ne tarda pas à se fatiguer de ce mari inconsistant.
Ils rencontrèrent un jour un vendeur de voitures d'occasion, nous l'appellerons Félix.
Il était l'exact contraire de Pierre. Brun, moustachu, beau parleur, ambitieux et travailleur, charismatique et détenteur d'après lui d'un don miraculeux de rebouteux-guérisseur, vous imaginez bien qu'il avait tout pour lui plaire, il lui plut.

Félix était très malin il avait rapidement repéré la crédulité de Dorine, nourrie depuis sa tendre enfance de superstitions issues du folklore espagnol mélangées de traditions arabes. Dans son milieu les envoûtements transmis par les crapauds ou les queues de lézard se guérissent par les prières à la vierge et le mauvais œil par le jet de sel derrière l'épaule. Les pays dont ils sont originaires ne reconnaissent pas la maladie ou la mort naturelle, avant de se soigner du moindre bobo il convient de rechercher qui a jeté ce sort pour vous rendre malade ou vous tuer. 

En cas de problème de santé on va voir quelqu'un, formulation pudique pour désigner un guérisseur magnétiseur qui vous désenvoûtera avant toute visite plus médicale.
Je ne pouvais m'empêcher de me moquer gentiment de ces croyances pour moi moyenâgeuses et m'attirais en retour un cinglant " si tu avais vu ce que l'on a vu là-bas tu parlerais autrement ".

Pour Dorine, dans un tel contexte Félix le guérisseur venait directement après Dieu le père, juste avant le fils, l'esprit saint n'étant pas convié dans cette nouvelle trinité où soufflait un vent mauvais.
Félix était un type extraordinaire qui me fascina. Il avait eu une enfance malheureuse et de ce fait en voulait au monde entier, j'aurais aimé l'aimer mais c'était impossible  car il ne connaissait que les rapports de force, pour lui l'humanité se divisait en deux catégories : ceux qu'ils pouvaient dominer et les autres dont je faisais partie, les cons qui ne comprenaient rien.

D'emblée il nous raconta cette histoire expliquant l'origine de son don
" Lorsque j'étais jeune j'arrivai un jour sur les lieux d'un accident de voiture, il y avait un mort. Je m'approchai, le cadavre me parla pendant une heure, le temps de m'initier à ses secrets, il m'a transmis des pouvoirs de guérisseur. Depuis, chaque soir à 8 heures je me branche, c'est-à-dire je me mets en contact avec mon maître et il renouvelle ma force et mes pouvoirs.
Je lui demandai :
- Les gendarmes n'étaient pas présents sur les lieux de l'accident?
- les gendarmes ont toujours prétendu qu'il n'y avait pas eu d'accident ce jour là.

Pour preuve de ses facultés surhumaines il expliqua sans rire :
- Ma première femme ( il avait été marié déjà deux fois), est tombée enceinte de moi dès notre première rencontre, sans pénétration j'ai éjaculé entre ses cuisses et les" spermatoïdes" (il ne connaissait pas vraiment ce mot ) sont montés dans son vagin.
 Moi mécréant dans l'âme soupçonnais  plutôt qu'on lui avait fait endossé la paternité d'un enfant adultère là où il voyait un signe surnaturel.

 Vous imaginez l'amusement que me procurèrent ses discours mais je vis que tout le monde n'était pas sur le même registre, Dorine et son mari succombèrent au charme du récit, avec certains plus c'est gros mieux ça passe. Peu de temps après ils vinrent habiter chez lui dans une grande ferme qu'il avait entrepris de rénover avec sa seconde ou troisième femme je ne sais plus, Anaïs. Il prit rapidement l'ascendant sur eux, décidant de tout pour eux puisqu'en plus il connaissait l'avenir.

 Ce qui devait arriver arriva, un beau matin il expliqua à Anaïs qu'elle était priée d'aller voir ailleurs et à mon pote Pierre qu'il devait lui donner Dorine.  En remerciements il lui céda son affaire de véhicules d'occasion, juste au moment ou la loi introduisait de telles contraintes aux vendeurs professionnels que Pierre déposa son bilan quelques mois plus tard. Quand on n'a pas de chance !

A partir de ce jour, le couple Félix - Dorine connut une grande prospérité. Coaché, assisté, pris en main par sa nouvelle partenaire ambitieuse et sujette à voir du paranormal partout il passa du statut de petit rebouteux à celui de guérisseur renommé. Il faut reconnaître que les gens venaient de loin pour se faire soigner par eux. Bien sûr quelques patientes trouvèrent curieux que leurs petites indispositions féminines soient dues, selon lui, à une défaillance organique de leur époux, défaillance qu'il se proposait de combler pour rendre service mais l'un dans l'autre tout allait bien.

   Picasso avait sa période rose, sa période bleue, Félix eut son " moment Whisky ", chaque affection se soignant par une dose plus ou moins forte de ce médicament souverain contre toutes les affections, "l'ère Borostyrol" qui guérissait tout également des aphtes au cancer du foie, "l'époque pamplemousse " puis les plaques en cuivre. Appliquées à même la peau elles faisaient des miracles.
 Pour les cas récalcitrants il préconisait de cueillir par une nuit de nouvelle lune sept fois sept fleurs et les appliquer sur la partie malade. Il était doté d'un culot phénoménal, les impertinents qui osaient ne pas guérir se voyaient dûment chapitrés pour ne pas avoir respecté le protocole préconisé. Un flacon en verre contenant une masse sanguinolente, tumeur cancéreuse extraite d'un patient sauvé in-extremis disait-il, trônait en bonne place, témoignant de ses pouvoirs quasi divins.

Les médiums, diseurs de bonne aventure ou marabouts tombent forcément juste de temps en temps dans leurs prédictions, respectant en cela la loi des grands nombres. Conformément à cette jurisprudence certains malades se trouvèrent mieux et répandirent ses louanges Urbi et Orbi, le bouche à oreille, nom du réseau social du moment, lui conféra  une grande réputation.
Les patients prétendument impécunieux rechignaient à payer  90 F à cette époque   ( 13.72 €) à leur médecin généraliste, consultation pourtant remboursée en grande partie par la  "sécu"  mais n'hésitaient pas à laisser un billet de 200 F dans le carton posé dans l'entrée portant la mention : " on donne ce qu'on veut. "
Gagnant beaucoup d'argent, ils vécurent plusieurs années d'une vie agréable et confortable : camping car; belle auto, moto, bateau, petit avion.
Comme le prétend tout guérisseur qui se respecte, les professeurs en médecine et chirurgiens du coin venaient régulièrement, sans qu'on ne les voit jamais, lui demander conseil sur des cas difficiles.
La famille se divisa dès lors en deux camps, ceux qui allaient voir Félix dès le moindre bobo et les autres mécréants dont je faisais partie, gens de peu de foi qui disparaîtraient de ce fait un jour ou l'autre dans d'atroces souffrances.

Dorine semblait très heureuse malgré un petit mal de ventre récurrent  que son gourou traitait par apposition de ses mains chaudes, on n'est jamais mieux soigné que par soi-même.
- Il ferait beau voir qu'elle porte mon argent à un médecin, disait-il logiquement.
 Une nièce adolescente prétendit que Félix lui avait tenu des propos ambigus et suggéré de l'initier à la vie, pour rendre service, mais personne ne la crut, les ados racontent n'importe quoi s'indigna-t-il.
Les années passèrent, la belle façade commença à se fissurer, tout en nous recommandant de nous méfier de ses pouvoirs Dorine  se plaignit discrètement du  tyran domestique qui lui pourrissait la vie et exigeait qu'elle lui fournisse des femmes de préférence très jeunes.

 Elle restait malgré tout très attachée à son Félix, prisonnière d'une relation sado-maso où les périodes heureuses alternaient avec les orages, peu à peu il prit l'habitude de la traiter comme son chien qui recevait plus d'humiliations que de caresses.
 Ses maux de ventre avaient empiré.
Ils firent dans notre humble demeure quelques séjours qui furent très récréatifs et riches en anecdotes, en voici une fameuse :
 La femme d'un grand professeur ( les professeurs sont toujours grands) ayant une tumeur à la jambe rendez-vous était pris pour lui la couper, grâce à Dieu quelqu'un lui indiqua l'adresse de notre Félix qui trouva la solution à son problème : ne plus manger de fromage de chèvre. La jambe fut sauvée . Alléluia !

Dorine vint un jour se reposer seule chez nous, fatiguée des psychodrames et de son ventre douloureux mais d'autant plus persuadée de la réalité des pouvoirs paranormaux de son homme qu'elle en était la révélatrice et la principale bénéficiaire.
Elle voulut m'accompagner jusqu'au lac, arrivée à la crique elle mangea une pomme  but un peu d'eau et s'allongea sur le sable en se tordant de douleur. Elle ne put pas remonter seule, je la soutins jusqu'à la départementale, la déposai là et revins la chercher en voiture pour l'emmener à l'hôpital malgré son opposition farouche. Elle ne voulut pas rester près des médecins malgré mes exhortations et appela son gourou qui se brancha à 20 h sur la voix de son maître, je pris alors conscience que l'on ne pouvait pas sauver quelqu'un de lui-même.

 La grande aiguille de l'horloge des jours tourna rapidement. Plusieurs mois se passèrent, une crise ayant faillit l'emporter notre tata Dodo fut enfin opérée d'un cancer de l'intestin. Le chirurgien fut effaré des tumeurs malines grosses comme des œufs qu'il retira de son côlon.
- Pourquoi a-t-elle autant attendu ? nous demanda-t-il. Un cancer colorectal pris à temps a de bonnes chances de guérison.
  Que pouvions nous répondre ?

Elle en mourut quelques années plus tard, trop jeune, des métastases ayant envahi son organisme. Les tous derniers jours, désespérée, ayant perdu foi en son gourou elle cessa de lutter et abandonna la vie.
Beaucoup de gens jetèrent la pierre à Félix, pas moi. Il avait été créé, soutenu, fortifié dans la certitude de l'existence de ses pouvoirs par celle qui voulait voir du paranormal là ou il n'y avait que de la crédulité ordinaire, éternelle histoire de la créature tuant son créateur. Derrière la réussite de chaque homme il y a une femme.
  Il aurait fallu que Félix soit un saint pour ne pas succomber à la tentation d'être un dieu pour tant de gens.

Mon fils aîné un jour m'a transmis un poème d'un auteur inconnu, vous le connaissez sûrement ( le poème pas mon fils )

J'ai écrit ton nom dans le sable
mais la vague l'a effacé,
j'ai gravé ton nom sur un arbre,
mais l'écorce en est tombée,
j'ai incrusté ton nom dans le marbre
mais cette pierre a cassé,
alors j'ai enfoui ton nom dans mon cœur
et là enfin il est resté.

Je suis triste d'avoir perdu tata Dodo, je l'aimais profondément, comme une sœur. Le sable de la crique n'a pas conservé sa trace mais son empreinte est enfouie au plus profond de notre cœur et n'est pas prête de s'effacer, la vie éternelle c'est survivre dans la mémoire de ceux que l'on aime....






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mardi 8 octobre 2019

Serge BOUDOUX. Livre n° 6. Nouveau roman : EXTRAIT







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Serge BOUDOUX







Méfiez-vous du vieux qui porte
une casquette à carreaux sur la tête




Avertissement


Ce livre ne plaira sans doute pas aux cerveaux trop rationnels ou aux esprits dénués de toute curiosité et imagination !
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Son accès est interdit :

- aux méchants,
- aux imbéciles qui croient la terre plate. Elle est cubique comme chacun sait.
- à ceux qui polluent la planète, endettent les générations futures et disent sans honte ni regrets : « c’était mieux avant »,
- à celles qui croient que tous les cochons sont des porcs,
- aux racistes de toutes couleurs,
- aux homophobes de tous sexes,
- aux lâches assassins de femmes et d’enfants,
- aux complotistes qui voudraient nous faire partager leur bêtise,
- à ceux qui s’imaginent pouvoir gagner plus vite le paradis en égorgeant les passants,

et
 de manière générale

-  aux traîtres à l’humanité qui tentent d’installer l’enfer sur terre tout en s’auto-proclamant investis d’une mission divine. Satan les remercie beaucoup…

Ce qui réduit quand même considérablement le nombre de mes lecteurs potentiels !

Tant pis, je mangerai des pâtes, c’est bon les pâtes !







Quelques pensées préliminaires réjouissantes avant l’immersion.
(Les préliminaires sont les allumettes qui mettent le feu à nos désirs)

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Si vous êtes mariés vous savez désormais que la monstruosité
 peut revêtir de multiples formes.
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Ne sachant pas qu’il était impossible de le faire je l’ai fait.
 Ce qui démontre chez moi une grande bêtise.
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Pourquoi dit-on : la lune est pleine,
Est-elle vide aussi parfois ?
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 mais quel besoin la terre a-t-elle de voir se prolonger notre existence ?
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Vivre sans folie n’est pas très sage !
Alors soyons sages…
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Les philosophes sont morts, tués par les réseaux sociaux,
 Dieu agonise, trahi par les religions,
Et moi, blessé par le temps qui passe, je ne me sens pas très bien !
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La pornographie étant à l’érotisme ce que le fast-food est à la gastronomie,
vous prendrez bien un petit hamburger ?
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Si Adam avait été homosexuel vous ne seriez pas là pour lire ce livre
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On dit : un bon steak de bœuf, un succulent rôti de bœuf
mais
 quand le bestiau est malade c’est la vache qui est folle.
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Epitaphe lue sur une tombe :
« ci-gît ma femme qui aima beaucoup le sexe
 mais ce n’était pas le mien. »
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La bêtise humaine et l’univers sont infinis
Pour l’univers je n’en n’ai pas encore acquis la certitude absolue
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L'Homme est l'espèce la plus insensée, il vénère un dieu invisible et massacre une nature visible, sans savoir que cette nature qu'il massacre est ce dieu invisible qu'il vénère
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Certains attrapent la grippe ou une Infection sexuellement transmissible.
 La Terre a attrapé l’Humanité, elle tousse et ça lui brûle quand elle fait pipi.
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La vie est la première maladie sexuellement transmissible
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Pourquoi chercher le bonheur partout alors que le malheur est à portée de main ?
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Vous trouverez sur internet les auteurs de certaines citations volées, vous ne pensiez tout de même pas que j’eusse pu tout inventer ?
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Introduction.


Jean-Paul.

« Certains croient que le destin de chaque être humain est déjà écrit à la naissance. Dans cette hypothèse chacun d’entre vous, même celui dont l’existence parait insignifiante, serait aussi indispensable à la construction et à l’avenir de votre monde que l’est un pion dans une partie d’échec, une ligne dans un programme informatique, la plus petite partie du code source d’un algorithme.
Sans toi l’univers n’existerait pas tel qu’il est ce serait une autre version du présent, c’est pourquoi ton destin devrait se réaliser comme prévu sinon le bug qui en résulterait peut-être aurait des conséquences inimaginables.
Maintenant tu fais comme tu veux ! »

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Emma.

Le vieux Charles–Henri souleva sa casquette, sans doute pour aérer son crâne, et me dit :
-       Tu as déjà entendu parler du paradoxe de Fermi ?
-      Ce nom m’évoque quelque chose, Fermi est une marque de voiture non ?
Il a ri pendant une longue minute le corps secoué de soubresauts, comme riait Philippe Bouvard dans « les grosses têtes », émission fétiche de mon père pour qui les contrepèteries et les grimaces du vieux clown Sim déguisé en « baronne de la tronche en biais » représentaient l’alpha et l’oméga du comique français de bon goût :
-      Non, Fermi est un physicien nucléaire qui a participé au projet Manhattan, nom de code du projet de recherche qui produisit la première bombe atomique pendant la seconde guerre mondiale. Lors d’un repas avec des amis, Fermi en vint à demander pourquoi l'humanité n'a jusqu'à présent trouvé aucune trace de civilisations extraterrestres alors que le Soleil est plus jeune que beaucoup d'étoiles situées dans la galaxie.
Selon lui, des civilisations plus avancées auraient dû apparaître parmi ces systèmes planétaires plus anciens et laisser des traces visibles depuis la Terre, par exemple des ondes radio. Il n’avait pas tort, quand on pense que vous êtes passés en cent ans de la traction hippomobile à la conquête de l’espace, imagine à quel niveau de technologie pourrait être une civilisation plus âgée de mille, dix mille ans ou cent mille ans, ce qui n’est rien dans un univers vieux de près de quatorze milliards d’années. Elle aurait sans doute appris à utiliser toute l’énergie de son étoile ou de sa galaxie et découvert le moyen de voyager plus vite que la lumière.

-      Et alors ?

-      Alors sa conclusion fut : les extraterrestres devraient être là, pourquoi ne sont-ils pas là ?

Pour me venger d’avoir ri de moi je répétai en me moquant ostensiblement :

-      Oui c’est vrai, pourquoi ne sont-ils pas là ? Je regarde tous les soirs sous mon lit et il n’y a personne.

Il me fusilla du regard.


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Serge.

Vous ne croirez jamais à ce qui est arrivé.
Vous ne me croirez jamais puisque ce qui s’est produit ne peut pas se produire. C’est impossible, absolument impossible, tous les gens équilibrés et rationnels vous le diront !
Pourtant c’est arrivé. A cause de lui !

 On ne se méfie pas assez des vieux qui ont une casquette à carreaux sur la tête…

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Première partie

La Maison du malheur






I


 Montauroux, Pays de Fayence (Var). Septembre 2019.

Emma.


Depuis l’adolescence je tiens un journal dans lequel mes petites misères et mes grandes joies sont consignées.
 Mon ambition suprême était d’écrire un roman à succès, mais faute de talent et d’inspiration je me résignais à ne rédiger que des banalités quand il m’est tombé sous les yeux, tout à fait par hasard, un récit qui m’emporta au-delà de ce que vous pouvez imaginer.
Ce fut sans doute l’histoire la plus folle que j’ai pu vivre, la plus hallucinante qu’il vous sera donné de lire et la plus difficile à raconter. Une seule chose est certaine, même dotée d’une imagination prodigieuse aucune romancière n’aurait osé concevoir un tel scénario. Malheureusement il n’était pas possible pour moi d’en sortir intacte car jusqu’à la dernière phrase, l’ultime seconde, j’eus la sensation, à tort, d’être manipulée.

 Lorsque vous découvrirez la nature de celui que je soupçonnais d’être l’âme de cette manipulation il est fort probable que vous tomberez de votre chaise .

Restez assis c’est une image.



Mon prénom est Emma.


Emma serait, parait-il, un diminutif d’Emmanuelle qui signifie « Dieu est avec nous » en Hébreu et « maison » pour les Germains. Prénom mal adapté en la circonstance, Dieu ayant les homosexuels en horreur et les tenant en abomination d’après les religieux, Sa Divinité a constamment boudé notre maison.

 Le Saigneur (version sanguinaire et schizophrène de Seigneur) est volontiers grognon envers ses créatures sortant des sentiers battus et n’hésite pas à inspirer à certains radicaux libres déséquilibrés l’idée saugrenue d’égorger leurs frères et sœurs pour lui être agréable.
 De plus généralement ses représentants terrestres n’ont aucune sympathie officielle pour les vices qu’ils sont censés ne pas avoir. Heureusement en privé ils sont plus cools, moins tatillons avec le règlement et souvent d’humeur caressante avec les petits garçons.



Ma vie affective avait démarré comme celle de beaucoup de femmes de mon âge :
 Petits-amis - flirts plus ou moins appuyés - bel amoureux - passion vraie ou idéalisée – mariage avec un homme se révélant plus intéressé par sa console de jeux que par le corps de sa femme - ennui conjugal …
Et arriva ce qui devait arriver mais à la puissance dix :

Entrée en scène d’Isabelle, 42 ans, fille unique d’une grande famille de soyeux Lyonnais - révélation de ce que je crus être ma vraie nature - dévastation sentimentale- premier divorce suivi d’un second mariage.

 Le 16 mars 2019 jour de mes 33 ans, Isabelle la nouvelle passion de ma vie a donc répondu « oui » à cette question posée par un maire d’arrondissement lyonnais très mal à l’aise :
-          Voulez-vous prendre pour épouse Madame Emma M… ici présente ?

S’aimer entre femmes à la vue et au su de tous dérange encore beaucoup de personnes, on se demande bien pourquoi, malgré cela nous étions fermement disposées à vivre notre amour au grand jour comme tout le monde.


En août, grâce à une part de l’héritage venu de sa grand-mère maternelle richissime, notre rêve put enfin se réaliser : quitter Lyon et vivre en Provence… ou presque et nous consacrer uniquement à nos passions : Isabelle avait un vrai talent de peintre et j’allais pouvoir me consacrer à l’écriture de mon roman pour peu que l’inspiration veuille bien me visiter.

Par chance, ravi de se séparer à bon compte d'une collaboratrice dont les mœurs le révulsaient et lui ôtaient tout espoir de la voir rejoindre le cheptel de son harem, le beau patron de l'agence de pub dont j'étais salariée signa sans trop discuter une rupture conventionnelle qui me permit de percevoir une petite indemnité de départ et de bénéficier de droits à chômage pendant 24 mois.
 Les cochons ne sont pas tous des porcs !


J’ai précisé « vivre en Provence ou presque » car le pays de Fayence est une « singularité » comme diraient les astronomes, situé trop au sud pour se croire encore en Provence et 30 kms trop au nord pour prétendre faire partie de la snobissime côte d’Azur.

 On nous avait mises en garde sur le niveau élevé des prix de l’immobilier de cette belle région du Var, heureusement cette inquiétude budgétaire fut rapidement dissipée, l’élégante maison provençale que nous avons achetée, ou plus exactement qu’Isabelle a achetée grâce à son héritage, n’était vraiment pas chère. Son prix plus que raisonnable s’expliquait très simplement : les acheteurs ne se bousculaient pas pour acquérir celle que les gens du village nommaient « la maison du malheur » et les héritiers que nous n’avons jamais rencontrés, la transaction se faisant par l’intermédiaire de leur notaire, étaient pressés de tourner la page.


 Ne pas être superstitieux permet parfois de réaliser de belles affaires. C’était vraiment une très belle affaire et le fait que les anciens propriétaires, sans doute devenus fous, se soient suicidés par le poison l’an dernier ne nous inspirait aucune crainte ni angoisse métaphysique, notre couple fusionnel de femmes soudées par les épreuves n’avait plus peur de rien. Nous ne savions pas à cette époque que la région présentait un taux anormalement élevé de suicides depuis quelque temps.

Le véritable amour se révèle dans l’adversité comme les étoiles dans la nuit dit-on. Depuis cette rencontre coup de foudre qui nous conduisit à tout quitter de notre ancienne vie « normale » nous avions connu maintes vicissitudes et surmonté bien des écueils : débarquements intempestifs de mon ex-mari à toute heure accompagnés d’insultes et menaces, regards hostiles des honnêtes gens de notre immeuble de la Presqu’ile, rires gras et agressivité de la  racaille macho de la « rue de la Ré », comportement méprisant de certains commerçants ou artisans du quartier de la Guillotière, second mariage, homosexuel celui-là, célébré à regret par un maire d’arrondissement offusqué et réprobateur pour qui le concept d’union entre gens du même sexe était manifestement scandaleux.   Tout cela nous avait forgé une solide carapace, résilience 110 sur une échelle de 1 à 100.

 Il serait néanmoins malséant de nous plaindre de ces désagréments mineurs, dans plusieurs pays les LGBT (lesbiennes, gays, bis, transsexuels) sont poursuivis et condamnés comme de dangereux criminels ou considérés comme des sous-humains. Pourtant ils ne font que s’aimer…différemment, chacun devrait être libre de faire ce qu’il veut avec son cœur et ses fesses.

Génial troubadour adulé par mon père, Brassens, face à l’intolérance de nos contemporains, aurait sans doute chanté :

                                                             Je me demande pourquoi bon dieu                                                                   Ça vous dérange qu’elles vivent un peu…

Le lendemain de la signature de l’acte définitif de vente le camion de déménagement est arrivé. Installées sommairement nous avons commencé à ouvrir les cartons, émerveillées par le charme de cette magnifique demeure :  murs et cheminée ronde en pierres, vue sur l’Estérel, aperçu de la baie de Saint Raphaël, piscine, grand jardin arboré de vieux oliviers, arbousiers et mimosas, petit mas indépendant pouvant servir de remise ou de maison d’amis, les anciens propriétaires étaient vraiment de grands malades mentaux, comment peut-on habiter un tel endroit et finir par s’empoisonner ? J’allais bientôt apprendre à ne jamais porter de jugement sommaire.

 C’est en nettoyant la cave pour y déposer quelques bouteilles précieuses de vin de bourgogne et de champagne rescapées de la noce qu’Isabelle, mon épouse, (ou dois-je dire mon mari ?) a découvert sous une « dame-jeanne » entourée de paille posée sur la terre, une petite boite en plastique transparente dans laquelle se trouvait une clé USB entourée d’un morceau d’essuie-tout, sans doute en protection contre l’humidité.


Chez les hétéros une sorte d’équilibre comportemental s’établit naturellement, l’homme et la femme ayant des qualités et des défauts différents ils se complètent et se régulent souvent réciproquement, à contrario un couple homosexuel étant une entité très particulière qui exacerbe les caractères et les capacités propres à chaque sexe, je crois bien que nous étions excessives en tout, surtout en curiosité.
C’est sans doute pour cela que, laissant tout tomber, nous nous sommes précipitées pour lire la clé USB en la connectant à l’ordinateur.

Ce qui y était écrit est sans conteste l’histoire la plus hallucinante qu’il m’ait été donné de connaître.

 Malheureusement je n’en suis pas sortie intacte.

Mais qui aurait pu voir ce que j'ai vu, apprendre ce que j'ai appris et continuer sa vie comme avant  ?


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Ce texte est tiré de mon prochain roman intitulé vous l'avez compris :


Méfiez-vous du vieux qui porte

 une casquette à carreaux sur la tête.